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TRIBUNE LIBRE - Les tests génétiques, il faut s’y préparer

Élevage / 12.01.2017

TRIBUNE LIBRE - Les tests génétiques, il faut s’y préparer

Par Hubert de Rochambeau

« La prise de position de la Fédération internationale des éleveurs de pur-sang contre les tests génétiques est dénuée de fondements rationnels.

Il faut bien comprendre que le test du gène de la vitesse développé par une société irlandaise n’est qu’un gadget sans beaucoup d’intérêt. Ce test génétique élémentaire apporte peu d’informations en plus de celle qui est contenue dans un pedigree.

Que sont ces tests génétiques ? Il est possible aujourd’hui d’établir un lien entre les marqueurs génétiques que possède un cheval et sa valeur en compétition. On peut donc prédire la valeur génétique d’un yearling à partir de la connaissance de ses marqueurs génétiques. Une simple prise de sang permet de réaliser l’analyse. Cela suppose bien sûr que le lien entre les marqueurs et la valeur des chevaux ait été établi auparavant ; ce type d’étude nécessite de passer au crible plusieurs centaines, voire des milliers de chevaux.

Federico Tesio en rêvait et les généticiens l’ont fait !

Une information supplémentaire. Mais les élèves de "l’école primaire des pedigrees" savent aussi prédire la valeur d’un cheval à partir de son pedigree. Où est la différence ? La différence est dans la précision de l’estimation. Aux ventes de Keeneland, les chevaux sont répartis entre les différents books en fonction de leur valeur estimée. Et cela fonctionne bien puisque l’on vérifie a posteriori que les yearlings du book 1 gagnent plus que ceux des autres books. Si la répartition entre les books était faite à partir des tests génétiques, les lots seraient plus homogènes et les acheteurs travailleraient plus efficacement.

Cette prédiction à partir des tests génétiques reste une estimation avec une marge d’erreur significative. Les acheteurs continueront à utiliser leur intuition pour découvrir celui qui deviendra un champion. L’introduction des tests génétiques apporte une information supplémentaire aux acheteurs.

Quel serait l’impact économique de cette innovation ? Des exemples dans d’autres espèces montrent qu’une réduction de l’incertitude sur la valeur d’un animal se traduit par une réduction de la variabilité des prix. Il y aurait donc moins de prix extrêmes. Il faudrait approfondir ce point pour étudier les conséquences sur le prix médian et sur le chiffre d’affaires global d’une vente.

Il est clair que les modifications induites par les marqueurs génétiques ne sont pas comparables à celles qui ont été induites par l’introduction de l’insémination artificielle, du transfert d’embryons et du clonage. Elles sont beaucoup moins importantes et la comparaison avec le cheval de sport n’est pas pertinente.

Une question à étudier sans a priori. Il faut ensuite se demander si la prise de position de la Fédération internationale a une valeur juridique. Peut-on interdire à un éleveur de pratiquer ces tests sur ses chevaux ? Il peut d’ailleurs le faire sans que personne ne le sache…

Il existe des organisations qui gèrent plusieurs centaines de poulinières et plusieurs dizaines d’étalons. Pour le prix de quelques yearlings, elles peuvent développer pour leur usage personnel une batterie de tests génétiques qui leur permettra de sélectionner avec plus de précision leurs chevaux, que ce soient les étalons ou les poulinières.

L’appropriation par quelques-uns de ces technologies est-il le but de la Fédération ? Ne serait-il pas préférable d’étudier plus en détail ces tests génétiques pour préciser leurs conséquences sur le fonctionnement de la filière, puis de les mettre à disposition de tous les éleveurs pour éviter d’accroître la différence entre les gros et les petits éleveurs ?

Cette question des tests génétiques est importante, comme le soulignait Jour de Galop. Il est nécessaire de l’étudier en détail et sans a priori au lieu de la rejeter au nom d’une "technophobie" simpliste. Dans son interview publiée dans La Tribune, Laurent Alexandre regrette que nous ne soyons pas prêts à affronter "le tsunami technologique" qui va nous submerger. La prise de position de la Fédération internationale ne fait que renforcer notre manque de préparation. »