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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LES TROTTEURS AU GALOP  -  Le Graal de Victor Langlais

Élevage / 27.01.2017

LES TROTTEURS AU GALOP - Le Graal de Victor Langlais

LES TROTTEURS AU GALOP

 

Le Graal de Victor Langlais

Dimanche aura lieu à Vincennes le Prix d’Amérique Opodo. Un rendez-vous majeur, que ne manqueraient pour rien au monde de nombreux professionnels du galop. Les frontières entre les deux univers sont loin d’être infranchissables et nous avons donné la parole à plusieurs acteurs du trot, qui s’investissent aussi dans le galop. Voici le deuxième épisode de cette série.

 

Victor Langlais (Langlais Bloodstock), courtier initialement plus connu dans le monde du trot, est le directeur commercial et financier de l’écurie du Graal, spécialisée dans l’acquisition de reproducteurs haut de gamme, avec un groupe de soixante-dix investisseurs.

 

Jour de Galop. – Comment avez-vous découvert le galop ?

Victor Langlais. – Je suis depuis l’enfance passionné par le cheval en général. Le galop m’a toujours intéressé, mais j’ai débuté avec les trotteurs, car cela me paraissait plus accessible et j’avais plus de contacts dans ce milieu. Au galop, nous sommes concentrés sur l’élevage. Nous visons le marché de Deauville, qui est une bonne place de vente. Je ne suis pas issu du milieu des courses, ce qui a été un atout pour trouver des investisseurs extérieurs à la filière, qui m’ont suivi au trot puis au galop.

 

L’an passé, vous avez été actif sur le marché des juments chez Arqana, Goffs et Tattersalls, en association avec l’Écurie des Monceaux et Lady O’Reilly. Quel a été votre sentiment en découvrant ces ventes étrangères ?

Je suis allé en Grande-Bretagne et en Irlande pour certains de nos investissements. On assiste encore mieux là-bas au renouvellement des acheteurs et à l’arrivée de nouveaux investisseurs. C’est un marché international, avec une communauté plus éclatée. Au trot, dans un contexte plus concentré sur la France, ce renouvellement est plus difficile. Cela a beaucoup de conséquences et je pense que l’avenir est plus serein au galop.

 

Quelles sont, selon vous, les limites du marché du trot ?

Mon activité est bien installée au trot et j’aurais tort de me plaindre. Mais c’est un marché qui est difficile et qui a été encore plus impacté par les effets de la T.V.A. Les acteurs du monde du trot ont du mal à équilibrer. L’équilibre n’est pas aisé à atteindre au galop, mais c’est tout de même plus facile. Par exemple, pour des prix de saillies équivalents, la vente de yearlings est plus intéressante au galop. Le marché des saillies haut de gamme au trot s’en sort bien. Mais les juments qui constituent le haut du panier sont aujourd’hui moins nombreuses, car certains éleveurs ont arrêté. Dès lors, elles sont remplacées par des juments du milieu de gamme dans les listes de saillies des meilleurs étalons. Mécaniquement, le marché se décale et, finalement, les étalons les plus accessibles ont du mal à travailler. Il y a trop d’étalons trotteurs en France. 50 à 60 % ne travaillent pas suffisamment. C’est un problème que le galop connaît moins, car les éleveurs sont plus professionnels dans leur approche.

 

Quelle est votre stratégie pour attirer de nouveaux investisseurs ?

Avec plusieurs associés, nous avons créé Graal Event, une agence d’événementiel hippique. Nous avons par exemple récemment travaillé pour BNP Paribas Gestion de Fortune. Nous organisons des événements sur les hippodromes, dans les haras et pendant les ventes. Ces manifestations nous permettent de faire connaître notre activité et de recruter des investisseurs pour notre écurie à vocation élevage. Nous avons amorcé la pompe avec notre propre argent et les nouveaux entrants ont moins de temps d’attente avant de voir les premiers fruits de leurs investissements. Pour diminuer les risques, nous répartissons la mise de fonds sur plusieurs chevaux.

 

Est-ce un produit difficile à vendre ?

Après le stade de la découverte, il y a un taux de transformation élevé. Ce n’est pas un produit difficile à vendre, mais le principal obstacle est la méconnaissance. Sur le marché de l’art ou du vin, chaque intervenant peut plus facilement appréhender son investissement et la qualité de ce dernier. Mais c’est malgré tout un "produit" qui plaît et, à l’image des courses en général, il est certainement loin d’avoir atteint ses limites. C’est l’opportunité de prendre part à une aventure industrielle haut de gamme. Nous sommes dans une époque où il y a une forte demande pour du participatif, de l’expérience… Nous proposons un investissement plaisir et tangible. Les retours des visites des élevages où nous avons des poulinières en pension sont extrêmement positifs. Le monde des courses a besoin de poursuivre son ouverture.

 

Sur quels points le galop pourrait-il s’inspirer du trot et inversement ?

Au trot, nous avons les problèmes de disqualification. Mais, d’une manière générale, ce sont les bons chevaux qui gagnent, ce qui est important. C’est moins évident au galop où les handicaps compliquent les choses. Le système du recul utilisé au trot permet de mieux respecter la valeur des chevaux. Les galopeurs pourraient sans doute s’en inspirer. D’un autre côté, j’apprécie le professionnalisme des éleveurs de pur-sang anglais, en particulier en ce qui concerne l’analyse des modèles et l’étude des croisements.