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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Il y a un peu de Tchéquie dans Disco d’Authie

International / 06.02.2017

Il y a un peu de Tchéquie dans Disco d’Authie

Il y a un peu de Tchéquie dans Disco d’Authie

Ce dimanche, Disco d’Authie (Discover d’Auteuil) s’est imposé dans le Grand Cross de Pau Reverdy (L).  Sur le si difficile parcours de l’hippodrome du Pont-Long, le représentant de Magalen Bryant a réalisé la meilleure performance de sa carrière. En se penchant sur son ascendance maternelle, on remarque que sa mère, Kadaline (Kadalko), a débuté par deux sorties en République tchèque. Ce qui semblait hier improbable est à présent courant. À défaut d’être une réalité quotidienne, on voit tout de même très régulièrement en Europe de l’Ouest des chevaux qui sont passés par l’Est ou qui y sont nés.

 

De Karlovy Vary à Pau. Kadaline a débuté sur l’hippodrome de Karlovy Vary – 15 ans avant que son fils ne s’impose à Pau – sous la férule de Pavel Vitek. Ce professionnel tchèque nous a expliqué : « C’était une bonne pouliche, assez typée Kadalko. Elle était plaisante et athlétique. Guy Cherel [qui fut également l’entraîneur de son fils Disco d’Authie pendant la majorité de sa carrière, ndlr] l’a rapidement récupérée pour qu’elle coure sous ses couleurs en France. Elle a d’ailleurs couru à Auteuil dans le Prix Finot (L). Un accident a perturbé sa carrière. Cela fait 18 ans que je travaille avec Guy Cherel. J’ai d’autres clients français, comme messieurs Cottin et Quinton, et au total, en presque deux décennies, 750 chevaux sont passés ici pour le débourrage ou le préentraînement. J’ai eu la chance de m’occuper de bons sujets tels qu’Objectif Spécial (Prix du Président de la République, Gr3), Musica Bella (2e de La Haye Jousselin, Gr1), Vent Sombre (Grand Steeple-Chase d'Enghien, Gr2), Napolitain (Totesport.com Scilly Isles Novices' Chase, Gr1)… La liste n’est pas exhaustive. Je suis aussi entraîneur et de temps en temps, j’ai des partants en France. Comme Kadaline, Limaranta (Limnos) a débuté sa carrière sous mon entraînement. Chez François-Marie Cottin, elle s’est imposée dans les Prix d'Iéna et Christian de l'Hermite (Ls).» Pavel Vitek est par ailleurs l’éleveur de plusieurs gagnants à Auteuil, comme Mauriti (Until Sundown) et Wetak (Antarctique).

 

La tradition de l’entraînement tchèque. Le Velka Pardubicka est internationalement connu sous le nom de Grand National de Pardubice et cette course est en quelque sorte le porte-drapeau de la filière tchèque. Le recordman de cette épreuve n’est autre que le célèbre Josef Vana avec huit succès en selle. À Auteuil, en tant qu’entraîneur, il a décroché sa première victoire en 2015 grâce à Fafintedenient (Sakhee). Récemment, on l’a vu réclamer des chevaux à Pau, mais son terrain de jeu de prédilection n’est autre que l’Italie. Depuis 2004, il a amassé 3,6 millions d’euros d’allocations dans la péninsule (soit une moyenne de 300.000 € par an). Une véritable fortune compte tenu du coût de la vie en Tchéquie. Mais il n’est pas un cas isolé, même en plat. En France, on se souvient des performances de Trip to Rhodos (Pavel Tuma), My Old Husband (Cestmir Olehla, puis Jean-Michel Lefebvre), Shamalgan (Arslangirey Shavuyev, entres autres) et Settler’s Son (Jiri Michal), qui se sont tous montrés performants au niveau black type alors qu’ils étaient entraînés à l’Est. Le point commun de ces chevaux : ils ont été achetés en France chez Arqana. Des courtiers comme Tomas Janda ou Chris Richner sont très actifs lors des ventes françaises. D’une manière générale, les propriétaires tchèques préfèrent se fournir à l’Ouest (Angleterre, Irlande, France…) ou en Pologne. Ce dernier pays est certainement le mieux doté en termes d’élevage dans la région.

 

La réussite des chevaux polonais sur les obstacles. En ce qui concerne l’élevage de l’Europe de l’Est, Pavel Vitek nous a expliqué : « Pendant longtemps, la production tchèque a souffert d’un manque de qualité au niveau des étalons [ce qui pourrait changer avec l’arrivée au haras de Shamalgan (Footstepsinthesand) et Méandre (Slickly), ndlr]. Les Polonais ont bénéficié de reproducteurs plus sérieux, achetés par leur gouvernement, notamment en Allemagne. De plus, ils ont des souches intéressantes. Elles sont arrivées au moment de la Deuxième guerre. Les Allemands ont tenté de cacher en Pologne des juments de qualité raflées en France. L’issue du conflit ne leur a pas permis de les récupérer. Ces familles ont fait souche sur place, montrant de qualité sur les obstacles. » Les deux étalons les plus importants ces dernières années en Pologne furent Jape (Alleged), lauréat du St Leger italien et Premio Guido Beradelli (Gr2), et Belenus (Lomitas), un double gagnant de Gr1 en Allemagne. Le plus célèbre représentant de l’élevage polonais n’est autre que Galileo (Jape). Cet homonyme du chef de race de Coolmore fut deuxième du Derby local. Exporté outre-Manche, il a gagné le Royal & Sun Alliance Novices Hurdle (Gr1) à Cheltenham. La descendance de Jape a aussi très bien réussi sur les obstacles italiens, avec notamment Mega Hit (Corsa Siepi di Merano, Gr1), Demon Magic (Premio Mario Argenton, Gr2), Imprezer (Premio Ezio Vanoni, Gr2), Dellan (Corsa Siepi dei 4 Anni, Gr3), Almanzor (2e de la Corsa Siepi di Merano, Gr1) et l’étalon Age of Jape (Triple couronne tchèque en plat et Gran Corsa Siepi d’Italia en obstacle, Gr1).

Des polonais chez Guillaume Macaire. On trouve actuellement plusieurs chevaux dotés de l’affixe POL à l’entraînement en France. Trois pensionnaires de Guillaume Macaire ont réalisé des performances honorables. Hammamet (Belenus) a décroché deux places sur les obstacles français. Singapur (Belenus) est deux fois placé à Auteuil, Ejo Pritchard (Belenus) a pris quatre places sur la butte Mortemart, et Tunis (Estejo) n’a pas encore débuté. L’entraîneur tête de liste a toujours expliqué que le Derby allemand était pour lui une épreuve de référence pour sélectionner des étalons. Or Belenus l’a remporté en 1999 dans un temps record… Il est ensuite devenu étalon aux Haras nationaux polonais. Après une carrière de reproducteur fructueuse, ce fonctionnaire est mort en 2012.