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French Purebred Arabian

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Julien Augé : « Al Mourtajez, le cheval d’une vie »

26.02.2017

Julien Augé : « Al Mourtajez, le cheval d’une vie »

Julien Augé : « Al Mourtajez, le cheval d’une vie »

Julien Augé et Al Mourtajez (Dahess) se sont classés troisièmes de l’Emir’s Sword (Gr1 PA), ce samedi à Doha. Vingt-quatre heures avant de se mettre en selle, le jockey nous a expliqué comment sa rencontre avec un tel cheval avait changé sa vie…

Par Adeline Gombaud

 

Mon Dalakhani à moi

« Être associé à un cheval comme Al Mourtajez, c’est une chance énorme. C’est presque inimaginable. C’est ma Zarkava et mon Dalakhani à moi. Je n’ai jamais eu de contrat avec un top propriétaire, alors la probabilité de croiser un tel cheval était plutôt réduite. Oui, c’est la chance de ma vie. Et d’autant plus beau que Thomas Fourcy est un ami de longue date, avec qui j’étais à l’école au Moulin à Vent. C’est une belle histoire, et grâce à Thomas, j’ai ce que l’on pourrait appeler un contrat moral avec Al Shaqab. Rien n’est écrit, mais je suis prioritaire sur les arabes qu’il a à l’entraînement, et je suis toujours très flatté quand je lis des interviews d’Harry Herbert où il m’associe à l’équipe. Je pense aussi que Al Mourtajez est un formidable porte-drapeau pour cette race. Une vraie star. »

 

La double accélération des champions

« Je n’ai pas spécialement de pression avant la course, car ce sont avant tout des courses de chevaux. Nous savons que nous avons le meilleur, et si je ne fais pas d’erreur, il ne devrait pas nous décevoir. Évidemment, on garde un goût un peu amer de l’Emir’s Sword l’an dernier, dans le sens où ce fut une course tactique, avec un scénario auquel on ne s’attendait pas. Quant à la course d’Abu Dhabi, sa relative contre-performance est multifactorielle. C’était un long voyage, un mois après l’Arc, et le cheval a mal vécu une quarantaine dans des conditions… disons très sommaires. Ensuite, c’était sur 1.600m, et ce n’est pas son sport. À chaque fois qu’il a été battu, il avait de vraies excuses, même si je sais qu’en France c’est un discours que l’on a du mal à entendre ! Mais Al Mourtajez, c’est un cheval à part. Il est capable de cette double accélération qui est le signe des champions, qu’ils soient pur-sang anglais ou pur-sang arabe. Il est tellement au-dessus des autres qu’il pardonne les erreurs. Quand j’en fais, il gagne de cinq longueurs au lieu de vingt… »

 

Un coup de main qui change la vie

« Quand on monte un bon pur-sang arabe, il n’y a pas de différence avec les pur-sang anglais. Ils sont sans doute un peu plus délicats, mais Thomas m’avait bien briefé, et je me suis adapté assez vite, je pense, sinon il ne m’aurait pas gardé ! En fait, notre collaboration a commencé de façon un peu spéciale. Thomas, qui venait juste de s’installer, cherchait un jockey. Jean-Bernard Eyquem et François-Xavier Bertras avaient déjà une clientèle chez les arabes, et j’étais quasiment le seul dans le vestiaire à ne jamais monter de chevaux arabes. Thomas étant un ami, au début j’ai surtout monté pour lui faire plaisir, en quelque sorte. Le premier arabe que j’ai monté pour lui, c’était Alizé, l’année où il s’est installé. J’essayais de donner le meilleur de moi-même pour qu’il réussisse, et sans prétention, grâce à son talent, et sans doute la confiance que nous avions l’un dans l’autre, nous avons réalisé deux années assez fantastiques, surtout pour quelqu’un qui venait de s’installer. En deux ans, Thomas a dû gagner cinq ou six Grs1. Nous étions quasiment inarrêtables ! Al Mourtajez, c’est lui qui l’a débuté, car il était très compliqué et il avait peur que cela se passe mal. Je montais un autre de ses chevaux dans la course. J’ai gagné, et lui a fini deuxième. Comme il a vu que le cheval était gérable en course, il me l’a confié et, depuis, c’est toujours moi qui l’ai monté. Donc, en fait, le coup de main que je donnais à un ami a en quelque sorte changé ma vie… »

 

Le Sud-Ouest, le bon choix au bon moment

« Il est certain que si je ne m’étais pas installé dans le Sud-Ouest, il y a six ans maintenant, je n’aurais pas croisé la route d’Al Mourtajez. Je dois avoir une bonne étoile qui veille sur moi. Même si je suis originaire du Sud-Ouest, de Toulouse plus précisément, j’ai fait mon apprentissage à Chantilly, et pour moi, pour être jockey, il fallait être à Paris. Mais même si je gagnais beaucoup de Quintés, je n’avais pas de clientèle pour monter mieux que cela. Et puis, je dois l’avouer, j’ai fait des erreurs aussi. J’ai gagné trop d’argent trop jeune et je n’ai pas su bien gérer cela. Mon grand copain, c’est Miguel Blancpain, et quand il a arrêté sa carrière de jockey et qu’il est parti vivre à Paris, j’ai perdu mes repères et je n’avais pas la maturité suffisante pour gérer cela. Je me suis mis à sortir. Sans doute trop, et j’étais moins assidu au travail. Je l’ai payé, car je n’étais pas une vedette à qui l’on pardonne ce genre de choses. Christophe Ferland, qui n’avait que dix chevaux à l’époque, m’a proposé de venir chez lui. J’ai accepté. »

 

Très excitant de travailler dans une écurie comme celle de Christophe Ferland

« Avec Christophe, nous avons eu des hauts et des bas, bien sûr, comme dans toute relation, mais je pense qu’il est satisfait de mon travail, et ses clients également. À présent, il a de grandes casaques et les jockeys qui vont avec, et il m’a toujours laissé dans les bonnes courses sur les chevaux dont les propriétaires n’avaient pas de jockey attitré. Cavale Dorée par exemple… Et puis je suis content que son effectif ait grandi à ce point. C’est une écurie dans laquelle il y a de l’ambition, des challenges à relever, et c’est très excitant de travailler dans ces conditions. On sait, chaque début d’année, qu’une récompense sera forcément au bout du chemin. »

 

Faire plaisir aux autres…

« De façon générale, je me suis rendu compte que j’étais meilleur quand je voulais faire plaisir aux autres. Alors, c’est vrai, j’ai la chance de travailler avec des amis de longue date, comme Thomas ou Christophe, ou avec des gens qui sont devenus mes amis. Je pense à Alain Chopard, Gérard Laboureau… Cela doit être dans mon caractère… »

 

Le travail en famille

« Quand je suis arrivé dans le Sud-Ouest, l’usage chez les jockeys était de ne pas avoir d’agent. Alors je me suis plié aux règles. Mais j’avais un problème d’organisation : parfois je disais oui à une monte et j’oubliais. J’ai la chance que ma femme, Madeleine, ait fait des études de communication et aime ce côté relationnel. Depuis trois ans, elle s’occupe de mes montes, mais avec une règle d’or : ne démarcher personne. En revanche, c’est elle qui organise tout pour moi. Cela rassure les entraîneurs avec qui je travaille, et moi aussi ! »

 

Pas de chemin retour !

« Dans le Sud-Ouest, et surtout sur le bassin d’Arcachon, nous avons un confort de vie assez incomparable, et je ne ferai pour rien au monde le chemin retour ! J’ai trente-quatre ans et je pense encore dix ans à monter. Pour la suite, j’ai donc encore le temps de voir. Même si j’adore travailler les chevaux le matin, je ne pense pas que je franchirai le cap de l’entraînement, car j’aurais trop de mal avec les relations humaines. »