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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Adrian Pratt : « Les courses, c’est une question de culture »

Courses / 09.02.2017

Adrian Pratt : « Les courses, c’est une question de culture »

Par Charlotte Rimaud

Adrian Pratt, membre du Jockey Club britannique depuis 1999 mais aussi directeur de l’hippodrome de Plumpton, est propriétaire en France. Après avoir acheté plusieurs chevaux aux ventes d’automne Arqana en 2015, il a désormais cinq chevaux en association avec Lord Clinton à l’entraînement chez Stéphane Wattel, à Deauville. Il est également propriétaire de plusieurs parts de chevaux en Angleterre. Il nous livre son regard britannique sur les courses françaises.

Jour de Galop. – Pourquoi un membre du Jockey Club britannique et ses amis ont-ils décidé d’avoir des chevaux en France ?

Adrian Pratt. – Nous adorons Deauville. Nous y allons depuis 1982 et en 2002, nous avons acheté un cheval en partenariat avec Éric Danel. Nous voulions avoir un cheval à l’entraînement à Deauville car nous vivons à seulement une heure du tunnel sous la Manche et donc pas loin du tout du cheval. Nous avons aussi décidé d’avoir des chevaux en France pour des questions d’allocations, meilleures qu’en Grande-Bretagne.

Quelle réussite avez-vous connu avec vos chevaux ?

Nous avons beaucoup de succès avec Stéphane Wattel. L'Acclamation (Acclamation) a gagné deux courses et s’était classée troisième du Grand Prix des Femmes Jockeys à Saint-Cloud, où elle était montée par Alison Massin. Elle monte vraiment très bien, et nous aimons beaucoup collaborer avec elle. Nous avons aussi Amirvann (High Chaparral) qui avait conclu quatrième du Grand Handicap des Hauts-de-France et qui compte aussi deux victoires. Quant à Prime Spot (High Chaparral), un demi-frère de Solow (Singspiel), il a terminé deuxième pour sa dernière course l’an dernier. Il est retourné à l’entraînement, nous pensons qu’il peut être un bon cheval de handicap.

Suite à ces bons résultats, j’ai décidé de réinvestir en achetant Aztec Dreams (Oasis Dream) qui s’est placé dans six courses sur sept. Stéphane Wattel pense qu’il sera meilleur avec l’âge. J’ai aussi une part dans Arcadia (Lope de Vega). Son propriétaire l’a transférée chez Stéphane Wattel et nous a vendu 50 % de la jument.

Que trouvez-vous chez nous que vous n’avez pas en Grande-Bretagne ? Qu’est-ce qui vous étonne le plus ?

Vous avez beaucoup d’hippodromes ! Je ne sais pas pourquoi vous en avez autant d’ailleurs. Ils sont tous différents mais chacun a son charme. Il y a bien une chose que je trouve dommage et qui pourrait tout à fait être réalisée en France, sur le même modèle que la Grande-Bretagne. C’est le best turned-out award. Chez nous, on offre un petit trophée, une petite récompense pour le cheval le mieux présenté. En moyenne, la personne qui remporte ce prix reçoit 50 £ en espèces. Je sais que cela existe pour certaines grandes courses en France, mais il faudrait l’étendre à d’autres courses. La présentation du cheval est très importante et cette initiative encouragera l’amélioration de l’image de notre sport ainsi que les équipes qui travaillent en coulisses le jour J.

Que nous manque-t-il pour avoir la même affluence que sur les hippodromes britanniques ?

En Grande-Bretagne, les courses sont le deuxième sport le plus populaire après le football. Je pense qu’il faut de meilleures installations et un meilleur accueil du public. C’est plus coûteux d’aller aux courses en Angleterre qu’en France : 10 £ en temps normal, 15 £ pour les premier enclosure, et par exemple à Cheltenham, cette zone spécifique est à 70 £, mais les gens font le déplacement ! C’est ancré dans la culture britannique. Si l’entrée sur un hippodrome en France est à 2 €, le prix ne peut pas être la raison du dépeuplement de vos hippodromes. Equidia est une très bonne chaîne de télévision et il est facile de rester derrière son écran. À vrai dire, je n’ai pas de solution miracle. En été, en Angleterre, beaucoup de courses se transforment en soirée à la fin de la journée, l’ambiance y est festive. Par exemple, à Windsor, de mai à septembre, les lundis soirs sont connus pour devenir de grandes fêtes. Je me rends compte que c’est un gros problème en France. Ce sera intéressant de voir comment Longchamp reviendra sur le devant de la scène.

Les jeunes jouent aussi un important rôle chez nous. Les écoles et universités se rendent de plus en plus souvent aux courses. À Plumpton, nous avons reçu un groupe d’une vingtaine d’enfants âgés de 10 à 14 ans. Nous leur avons fait visiter l’hippodrome, mais aussi rencontrer des jockeys. Le sourire sur leur visage était vraiment plaisant à voir. Oxford et Cambridge également ont déjà organisé des événements de ce type. En France, l’association Aux courses les jeunes promeut le sport auprès des jeunes, c’est un très bon début, il faut les encourager.

Comment expliquez-vous le relatif désintérêt des hommes politiques français pour les courses ?

Encore une fois, je pense que c’est une question de culture. Mais je crois que monsieur Fillon a un intérêt pour les courses, tout comme monsieur Morin et monsieur Bayrou. C’est vrai qu’historiquement, les politiques français ne semblent pas très concernés par notre filière. En Angleterre, Charles II a été à l’origine des courses à Newmarket, puis Winston Churchill était propriétaire et très investi dans les courses et l’élevage. Aujourd’hui, la reine a plus de 40 chevaux à l’entraînement et quant à sa mère, elle était passionnée de steeple-chase. C’est dans notre sang !

Comment situez-vous la France par rapport aux autres grands pays de courses ?

J’ai eu la chance de beaucoup voyager et d’aller en Australie notamment. Je trouve que les courses australiennes sont les meilleures de l’hémisphère Sud, et de loin. Je ne saurais pas trop comparer avec d’autres pays d’Europe hormis la France, l’Irlande et l’Angleterre car je n’ai pas de chevaux à l’entraînement ailleurs, comme en Allemagne ou en Espagne par exemple. J’étais à Santa Anita récemment et j’ai adoré. C’est pour moi ce qui se fait de mieux en Amérique du Nord, avec Woodbine, au Canada. En France, les hippodromes sont magnifiques et je suis très chanceux d’y avoir des chevaux ayant eu l’honneur de courir à Paris. Mais il faut réussir à créer une atmosphère particulière aux courses pour attirer du monde. De la convivialité !