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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

APRÈS PLUS DE QUARANTE ANS DE CARRIÈRE - Jean-Paul Gallorini, de A à Z

Courses / 28.02.2017

APRÈS PLUS DE QUARANTE ANS DE CARRIÈRE - Jean-Paul Gallorini, de A à Z

Par Christopher Galmiche

Ce mardi, Auteuil accueille la première réunion parisienne de la saison 2017. Alors que l’hippodrome de la butte Mortemart s’apprête à ouvrir ses portes, nous sommes allés à la rencontre d’un témoin privilégié de l’évolution de l’obstacle français : Jean-Paul Gallorini. Il est l’un des piliers de l’entraînement des sauteurs en région parisienne. Depuis quatre décennies, ce Mansonnien d’adoption se démarque par sa verve, son franc-parler et son anticonformisme.Après plus de quarante ans de carrière et à l’aube de la réouverture d’Auteuil, Jean-Paul Gallorini nous a accueillis un matin à Maisons-Laffitte. Il a retracé avec nous son histoire, mais aussi sa vision de la méthode Adèle et ses premiers chevaux marquants. De ses débuts marseillais aux sommets d’Auteuil, en passant par la situation de Maisons-Laffitte et la montée en puissance de la province, Jean-Paul Gallorini nous a livré sa version de l’histoire de l’obstacle français !

 

D’apprenti maçon… C’est dans la région marseillaise que Jean-Paul Gallorini a vu le jour. Son premier contact avec les chevaux et la découverte des courses ont donc logiquement eu lieu dans la cité phocéenne : « Je vivais en banlieue marseillaise. Nous connaissions simplement le cheval de trait. Il y avait un noble, le comte de Beaumont, qui habitait un petit château à côté de chez nous. Tous les dimanches matin, nous allions voir les chevaux passer devant chez nous. Des magnifiques chevaux avec des selles et des brides d’un luxe magnifique. Un beau jour, monsieur Rivet est venu s’installer dans une propriété, La Louise, près de chez nous. Tous les mercredis, j’allais chez lui pour discuter et voir les chevaux dans son club hippique. Monsieur Rivet était le beau-père d'Étienne Modena, l’un des grands jockeys de Marseille. Dans son club, il y avait un palefrenier qui avait été jockey. C’est lui le premier qui m’a amené sur l’hippodrome du Pont de Vivaux. Je n’avais jamais vu cela… Ça m’avait impressionné ! Le temps a passé. J’ai quitté l’école à 14 ans et demi. Mon beau-frère, qui est décédé maintenant, est allé faire une maison à Bonneveine. C’était le Maisons-Laffitte de Marseille. Tous les matins, je voyais les chevaux et j’étais émerveillé. Je me levais à deux heures du matin. Je prenais le tramway de ramassage. J’arrivais au terminus et du terminus à Bonneveine, je courais. Je faisais tout à pied, je travaillais pour pas un "rond". Le matin, je me cachais dans les buissons pour suivre l’entraînement et ensuite j’allais travailler. Et un jour, j’étais sur le trottoir, un monsieur s’arrête et me demande chez qui je travaille. Je réponds que je suis maçon. Il me dit que je n’ai pas la tête d’un maçon. C’était mon patron d’apprentissage, Max Loviro. Il m’a demandé si je voulais travailler dans les chevaux, j’ai dit : "oui". »

 

… à apprenti jockey. Max Loviro prend donc Jean-Paul Gallorini comme apprenti et ce dernier va faire sa place chez les jockeys marseillais : « Il m’a emmené dans son bureau. Le premier box qui était à côté de son bureau était celui d’un cheval qui s’appelait Clinton. J’ai débuté un an et demi après avec ce cheval au Pont de Vivaux et j’ai gagné le Grand Prix des Apprentis. J’ai remporté ma deuxième course pour Étienne Modena, qui était le gendre de monsieur Rivet. Je suis passé du plat à l’obstacle à cause du poids. J’ai gagné le Grand Steeple et la Grande Course de Haies de Marseille avec Ballon Rouge qui a appartenu à madame Del Duca puis à Bechir Ben Rade lorsque je le montais. Et j’ai aussi gagné pour la casaque Sagara, pour le grand père Gabeur, avec un cheval qui s’appelait Vertigo. Il était entraîné par Gustave Couétil à Maisons-Laffitte. À Marseille, j’étais apprenti, je gagnais des courses, mais à cette époque-là on était payé de gré à gré. Il fallait payer des impôts sur ce qu’on n’avait pas encore touché. J’ai été voir le percepteur qui m’a dit de me débrouiller. J’ai donc demandé à mon patron d’être payé et il m’a dit : "En plus de monter, tu veux de l’oseille ?" Il ne m’a ensuite plus fait monter. »

 

La rencontre avec le maître Adèle. Jean-Paul Gallorini a alors fait le chemin entre Marseille et Maisons-Laffitte en 1963, et il y est installé depuis quarante ans. « J’avais un membre de ma famille qui connaissait bien André Adèle. Il m’a présenté monsieur Adèle à Cagnes-sur-Mer. Quand je suis rentré de Cagnes, je suis allé à Maisons-Laffitte en février. Messieurs Tardy et Negrel ne cessaient de me parler de ce lieu. C’est un bon souvenir parce que, quand je suis arrivé à la gare de Lyon, à Paris, la première personne sur laquelle je suis tombé, c’était Franck Fernandel. Je suis allé lui dire bonjour, il m’a répondu qu’il me souhaitait beaucoup de réussite. Je suis arrivé dans l’écurie Adèle, il y avait sept cours, deux cents chevaux, nous étions quatre-vingt-cinq à cheval. Je ne comprenais rien. Mais il fallait que je comprenne parce que cela faisait vingt-cinq ans qu’il était tête de liste. Les gains d’André Adèle étaient plus importants que ceux de Georges, Noël, René et Pierre Pelat. J’ai monté un peu, j’étais un petit jockey. Et puis je suis tombé au mur à Enghien, j’ai eu un grave accident, avec un cheval qui s’appelait Pupien, à monsieur Maurice Mercante. Plus tard, ce dernier m’a présenté à Prosper Elmoznino, lequel m’a emmené à Keeneland en Concorde. Cela me faisait un drôle de bond, moi, le petit Marseillais qui travaillait pour pas un sou et se retrouvait à voyager en Concorde. Nous avons acheté des yearlings à Keeneland et en Angleterre. »

 

Une licence obtenue grâce à Henri Gleizes. Avec Prosper Elmoznino comme propriétaire, Jean-Paul Gallorini va vite connaître la réussite comme entraîneur. Le grand entraîneur d’obstacle Henri Gleizes va l’aider à décrocher sa licence. « La première grande victoire que nous avons obtenue a été celle de Fontabal qui a remporté la Grande Course de Haies de Printemps (Gr3). Ensuite, nous avons eu droit à nos premières critiques. Fontabal était entraîné par l’ancien stagiaire d’Étienne Pollet. Daniel Wildenstein, à l’époque, avait ses chevaux chez Georges Pelat. Ce dernier est décédé. Mais avant de décéder, j’ai vu Georges Pelat à Deauville, et il m’a dit : "La famille Wildenstein, ce sont des clients importants, tu peux travailler avec eux." Je n’avais pas encore passé ma licence. Mes deux parrains étaient André Adèle, qui est toujours mon maître à penser, et Claude Deleuze. J’avais des chevaux, mais je ne pouvais pas avoir ma licence car je n’avais pas d’écurie. Ensuite, j’ai eu les chevaux, l’écurie, mais toujours pas de licence. Henri Gleizes me voyait le soir entraîner les chevaux sur le macadam. Un jour, il m’appelle et me dit : "Mais vous n’avez toujours pas votre licence ?" Je lui réponds que non. Il ajoute : "Je m’en occupe !" Le lendemain à 10 heures, je reçois un coup de fil de la Société d’encouragement, qui me dit que je peux engager mes chevaux. C’est Henri Gleizes qui m’a fait avoir ma licence. »

 

Des premiers chevaux trouvés dans le box du boucher. Jean-Paul Gallorini n’a pas été aux ventes pour trouver ses premiers chevaux de course, mais dans un lieu beaucoup moins à la mode : « J’ai commencé par acheter des chevaux dans le box du boucher. J’arrivais en disant : "Bonjour monsieur le boucher, vous avez des chevaux ?", il me répondait : "Oui". "Des chevaux de course ?" "Oui." Je les regardais et j’en prenais certains. Je les payais 4.000 francs plus la carte de propriété, 1.000 francs. J’ai ainsi sorti des champions. Mais ça apporte des critiques. Fontabal, c’était un crack. Avec lui, j’ai donc gagné ma première grande course à Auteuil dans la Grande Course de Haies de Printemps, en devançant Ginetta II, entraînée par André Adèle. J’étais content de le battre. La majorité des chevaux que l’on trouvait dans le box du boucher étaient tordus ou fracturés. D’autres étaient là parce qu’ils étaient estimés comme n’étant pas bons. J’ai acheté ces chevaux-là pour savoir pourquoi ils n’étaient pas bons. Mais ils étaient tous bons. Il fallait les entraîner. C’étaient des chevaux qui n’étaient pas entraînés comme ils devaient l’être. Mais dans chaque cheval et dans chaque humain, il y a toujours un potentiel qui n’est pas exploité. C’est au professionnel de regarder ce qui n’a pas été exploité. Ils n’ont pas tous le potentiel, la vitesse, l’aptitude à l’obstacle. Ils peuvent avoir toutes ou une des qualités. C’est à l’entraîneur de la ou les mettre en valeur, par le travail. Tu ne peux pas faire d’une journée de vingt-quatre heures qu’elle dure quarante-huit heures, mais tu ne peux pas faire de l’économie sur le temps de travail dans l’entraînement. Un cheval, c’est un sportif. Il faut travailler en harmonie le corps, l’esprit, l’aptitude. La vitesse, c’est une chose simple, tu cours après ton équilibre. Cela peut se travailler. Quand tu travailles les chevaux contre la main, tu bloques le trapèze, ils vont moins vite. Un bon entraîneur d’obstacle est un bon entraîneur de 2ans. Car en obstacle, on travaille plus la vitesse qu’en plat. »

Les débuts avec Daniel Wildenstein. Grâce à Prosper Elmoznino, Jean-Paul Gallorini a reçu ses premiers chevaux appartenant à Daniel Wildenstein. De quoi faire monter son écurie en gamme. « Monsieur Elmoznino m’a appelé un jour. Il venait juste d’aller à une réception à New York et il avait vu Daniel Wildenstein. Ce dernier lui a dit : "Je suis très embêté, je viens de perdre Georges Pelat." Et monsieur Elmoznino lui a dit qu’il connaissait quelqu’un meilleur que Georges Pelat. Il a rétorqué : "Ce n’est pas possible ! Il s’appelle comment ?" Il a dit : "Gallorini." Le lendemain, j’étais à Saint-Cloud, un monsieur est arrivé et m’a dit que Daniel Wildenstein aimerait me voir. J’ai été le voir et il m’a dit : "Voulez-vous entraîner pour moi ? Rendez-vous demain à 10 h 15, rue de la Boétie." Je suis arrivé et Daniel Wildenstein m’a simplement dit : "Bonjour monsieur Gallorini. Je ne vous demanderai jamais de courir un cheval, mais j’ai horreur du ridicule. Demain, vous recevrez trois chevaux. Au revoir monsieur." Tout ce qui n’était pas classique venait chez moi. J’ai travaillé derrière Maurice Zilber, qui était un seigneur. Daniel Wildenstein voulait la pièce unique. Il disait : "Je n’ai pas les moyens d’avoir de mauvais chevaux." Avec les chevaux que j’achetais dans le box du boucher, je gagnais des Groupes. Quand il m’est arrivé des chevaux de Groupe, je n’allais pas remporter des réclamers. À l’époque, il y avait tellement d’argent dans les courses. »

 

Néoménie, la championne devenue matrone. L’histoire de Néoménie (Rheffic), gagnante de Groupe à Auteuil, devenue une formidable poulinière à l’origine de la non moins géniale Newness (Simply Great), ou encore de Nil Bleu (Valiyar) et Nile Palace (Crystal Palace), est savoureuse. Elle fait même partie des nombreuses belles histoires des courses. « Daniel Wildenstein m’avait appelé pour me dire qu’il avait trois chevaux entraînés par Maurice Zilber qui partaient à la boucherie le lendemain. J’ai regardé les chevaux, j’en ai pris deux, dont un mâle et une jument. Comme monsieur Wildenstein les avait élevés, je les ai essayés. La jument était laide, elle n’avançait pas et elle faisait rire tout le monde. Elle avait un garrot proéminant, elle était ensellée, elle avait un ventre de poulinière. C’était Néoménie. Elle ne suivait jamais à l’entraînement, mais je l’ai débutée à Dieppe. J’ai dit à Denis Leblond, mon jockey, de ne pas l’arrêter car je n’avais pas prévenu madame Wildenstein. Car Daniel Wildenstein m’avait avoué : "Néoménie est tellement laide que je ne veux pas qu’elle courre sous mes couleurs." C’est pour cela qu’elle a fait sa carrière sous les couleurs de sa femme. C’était la casaque de Georges Wildenstein, verte, toque vert clair. Denis Leblond a monté sa course et Néoménie est venue finir à une vitesse… En descendant, il m’a dit : "C’est une crack !" Elle a recouru à Enghien, sans Denis Leblond, qui était tombé. J’ai mis Patrice Lemaître et il a terminé deuxième en m’avouant qu’il avait perdu une course imperdable. Ensuite, elle court à Auteuil, de nouveau avec Leblond. Elle est arrivée à la dernière haie facilement et elle a mis huit longueurs dans la vue à Margello. »

 

La méthode Adèle. Beaucoup d’entraîneurs d’obstacle se sont inspirés de la méthode d’André Adèle. Méthode qu’ils ont adaptée avant de la transmettre à de nouveaux professionnels. Elle est donc encore à l’œuvre de nos jours. Jean-Paul Gallorini nous a expliqué cette méthode en ces termes : « Monsieur Wildenstein me disait à l’époque : "Mais qu’est-ce que vous avez avec la méthode Adèle ? Le meilleur c’est Georges Pelat !" Mais je lui ai répondu qu’il était un très grand entraîneur, mais que je ne pensais pas qu’il soit le meilleur. Pour moi, c’était André Adèle. Premièrement, il était très bon, car il travaillait sur la qualité, mais aussi et surtout l’aptitude. Quand il avait l’aptitude et la qualité, personne ne pouvait l’approcher. Il travaillait avec de petits chevaux, il les mécanisait bien, il leur apprenait à bien s’équilibrer et à respirer sur l’obstacle. Avec le temps et l’aptitude, il en a fait des cracks. Plus en steeple qu’en haies car l’obstacle, c’est le steeple plus que les haies. Quand il a reçu Orvilliers, bon cheval de plat, il en a fait un crack en haies. Un jour, monsieur Decrion a vendu ses chevaux. Mais monsieur Adèle a voulu que deux chevaux restent chez lui. Le lendemain, monsieur Decrion lui a demandé pourquoi ces deux chevaux qui, à 3ans, n’avaient pas couru, étaient encore là. André Adèle a dit : "Monsieur, je ne vous demande pas d’argent. Laissez ces deux chevaux-là et on verra plus tard." Ces deux chevaux étaient Yasko et Spirou… La méthode Adèle, c’est surtout respecter le cheval, ne pas aller plus vite que la musique. »

 

Les chevaux de Grand Steeple

Chinco, son premier lauréat de Grand Steeple. Chinco a été le premier vainqueur de Jean-Paul Gallorini dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Un cheval qui avait débuté sous l’entraînement d’André Adèle, comme un clin d’œil du destin… « Chinco avait une épaule gauche avec un trou, un pied bot, l’œil blanc… Lorsque j’ai remporté le Grand Steeple avec lui, un homme est venu à l’écurie pour savoir si j’avais des chevaux de réforme. Je lui ai montré Chinco. Il m’a dit qu’il n’en voulait pas et nous l’avons gardé… (rires) Quand il a débuté dans le Prix Wild Monarch (L), il est tombé à la dernière haie alors qu’il avait course gagnée. Il est resté au sol, inanimé. Puis il s’est relevé. Il a bien gagné sa vie en haies. Il sautait très, très vite. Quand André Adèle l’a mis sur le rail-ditch, il le sautait de la même façon. Mais le juge de paix, il faut le respecter ! Suite au décès d'André Adèle, les chevaux ont été vendus à l’amiable. J’étais au restaurant panoramique. Patrick Barbe est arrivé et m'a dit qu’il avait Chinco à vendre 15.000 francs. Un monsieur s'est levé derrière et m'a dit qu’il l’achèterait si nous nous associons ensemble. Il s’agissait de monsieur de Lannurien. Chinco restait sur quatre ou cinq chutes sur le rail-ditch. À chaque fois, il faisait la culbute sur cet obstacle. À l’époque, tout le monde disait que monsieur Adèle commençait à être vieux, qu’il perdait la tête… Là-dessus, il m’a dit : "Vous savez, Jean-Paul, pourquoi Chinco ne passe pas le rail-ditch ? C’est parce qu’il n’a pas compris ! Le jour où il va comprendre, il va gagner le Grand Steeple-Chase de Paris." Et puis un jour, il a compris, et avec lui, j’ai gagné le Prix Millionnaire II. Je l’ai engagé ensuite dans le Grand Steeple. Une semaine avant la course, mon jockey, Patrice Brame, arrive dans mon bureau pour me demander si je peux lui prêter de l’argent pour acheter une maison à Sartrouville. Je lui ai dit que ce n’était pas la peine car il pourrait payer sa maison avec ses gains du Grand Steeple qu’il allait gagner. Le jour de la course, quand il est arrivé aux ordres, je lui ai dit : "Tu pars en tête et je ne permets pas que l’on t’approche !" Il est parti en tête et il a gagné de bout en bout. Et quand Mon Filleul est venu l’attaquer, il est reparti. Quand Chinco a remporté le Grand Steeple, j’ai reçu la médaille de la course. Je l’ai dédiée à monsieur Adèle. Sa femme était présente et m’a remercié de poursuivre l’œuvre du maître. Le colonel Granel a fait faire une deuxième médaille ensuite. »

Kotkijet, la machine à galoper. Immense cheval noir, très puissant, que son entraîneur surnommait Tyson, Kotkijet a enlevé deux Grands Steeple-Chases de Paris (Gr1), en 2001 et 2004. Il a laissé un grand souvenir à son mentor : « Kotkijet, c’était une machine à galoper, je l’appelais Tyson. C’était un cheval lourd. Il sortait trois fois par jour. L’après-midi, je le montais une heure et demie en forêt, au pas. Mais il avait des problèmes de tendons. »

Remember Rose savait tout faire. Remember Rose a gagné le Grand Steeple-Chase de Paris, deux Prix La Haye Jousselin, le Prix Ferdinand Dufaure (Grs1) et le Prix Congress (Gr2). « Remember Rose savait sauter et galoper. Si la dernière haie avait été le rail-ditch, il aurait gagné le Grand Steeple plusieurs fois. Mais il avait un ennemi dramatique, c’était le starter. Monsieur Iten a tellement été vexé après l’affaire du Grand Steeple 2010 qu’il a fait cadeau du cheval et a renvoyé ses couleurs à France Galop… »

Gianicolo, un nouvel anglo sous l’entraînement Gallorini. Vainqueur du Prix Elseneur à Auteuil, Gianicolo (Balko) est arrivé dans les boxes de Jean-Paul Gallorini. Ce n’est pas le premier anglo-arabe sous sa responsabilité. « J’avais déjà eu une anglo grise, petite, qui était bonne. Les anglo-arabes sont très souvent doués à l’obstacle. Ils ont beaucoup de générosité. Je vais l’entraîner pour lui. C’est un bon cheval, il l’a prouvé. Vous savez, comme je le dit souvent, avec le cheval, pas d’a priori, il faut l’essayer. C’est l’entraînement, l’aptitude qui va faire un cheval. »

Les thèmes institutionnels

La défense de Maisons-Laffitte, une priorité. Le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte est certainement le meilleur du monde pour l’obstacle en termes d’infrastructure, le plat n’étant pas en reste non plus. Jean-Paul Gallorini a pris la présidence de l’association Sauvonsmaisonslaffitte. « Depuis que nous avons créé Sauvonsmaisonslaffitte, les gens se sont demandé quelle en était la raison, et ce qu'il y avait à sauver. Cela a créé une stimulation. La racine des courses françaises, c’est Maisons-Laffitte, qui vit par le cheval. Quand je suis arrivé à Maisons-Laffitte en 1963, il y avait des écuries partout. À Poissy, au Mesnil-le-Roi, à Saint-Germain-en-Laye, dans la ville de Maisons-Laffitte. Tout a été détruit au profit de l’immobilier. Quand ils ont commencé à détruire ces belles écuries, Jacques Myard en était à son premier mandat. S’il n’était pas là, ça ferait bien longtemps que nous n’aurions plus Maisons-Laffitte. Depuis plus de soixante ans, il y a une volonté de fermer Maisons-Laffitte. Le 31 mars, il y aura des start-up pour parler de l’avenir de Maisons-Laffitte. Nous avons aussi prévu de nous servir du fumier pour faire du méthane à Fromainville. »

Transfert d’Enghien vers Compiègne. L'année 2017 sera la première sans l’hippodrome d’Enghien. Le programme prévu sur ce site se déroulera à Compiègne. Une décision qui fait réagir en ces termes Jean-Paul Gallorini : « Je pense que c’est du sabotage. Le transfert nous a été imposé. Nous sommes dans l’ère de l’économie. Paraît-il que l’État aurait demandé à l’ancien président Bélinguier de fermer un hippodrome et de faire 50 millions d’euros d’économies. Ce qui me surprend, c’est qu'une personne devant partir ait la possibilité de prendre la décision de faire des investissements lourds contre l’avis de la majorité. Ils n’ont rien fermé. Ils ont simplement arrêté la discipline de l’obstacle. Mais l’État demandait de fermer un hippodrome et rien n’a été fermé. Jacques Myard s’engageait à financer le transfert de l’obstacle d’Enghien à Maisons-Laffitte. Cela ne coûtait rien et cela permettait de faire une création. Les gens auraient vu un nouvel hippodrome. Aller mettre un hippodrome à l’opposé du centre d’entraînement, alors que l’on paye les déplacements des chevaux au kilométrage… Plus l’on va loin, plus cela coûte cher. On ne peut pas faire l’économie sur le travail, sur le dressage. Mais les chevaux et le personnel payent tout cela. »

Quel futur pour l’entraînement d’obstacle à Paris ? Les chevaux d’obstacle sont de moins en moins nombreux à Chantilly et Maisons-Laffitte. Ils sont désormais plus souvent entraînés en régions. Existe-t-il dès lors un avenir pour l’entraînement des sauteurs à Paris ? « Il y a des gens sérieux. Aujourd’hui, les propriétaires vont majoritairement en province. Il y en a d’autres qui font le chemin inverse, comme l’écurie Sagara. Ils ont très bien réussi en province. Ils ont créé une écurie, un élevage. Ils méritent de réussir parce que tout est structuré. »

La décharge pour les femmes ? Une bonne idée ! Jean-Paul Gallorini a fait monter plusieurs femmes en course, comme Béatrice Marie et Anne-Sophie Madeleine. Il est donc bien placé pour s’exprimer sur la décharge récemment accordée aux femmes : « Je vois la décharge accordée aux femmes d’un bon œil. Les courses, c’est aussi une question de poids. Dès lors, si en plus, on a la compétence, je suis partant. »

Des meilleurs chevaux aux meilleurs jockeys

Les chevaux marquants. Jean-Paul Gallorini a eu sous sa coupe nombre de bons chevaux. Il nous a avancé quelques noms parmi ceux-ci. « J’aime tous mes chevaux. Que ce soit un réclamer ou un cheval de Gr1. Je m’occupe de chacun d'entre eux et je lui donne ce dont il a besoin, dans les soins, l’observation. Mais le premier cheval qui me vient à l’esprit, c’est Chinco. Le premier Grand Steeple-Chase de Paris, cela marque. Ma première Grande Course de Haies avec Fontabal fait aussi partie de mes meilleurs souvenirs. Tous les Grands Steeple, tu ne peux pas les enlever. Kotkijet et Remember Rose sont aussi dans la liste des meilleurs chevaux que j’aie entraînés. C’étaient des cracks ! J’ai aussi des bons souvenirs, par exemple lorsque j’ai acheté Matinée Lover à réclamer et que nous avons battu Al Capone II. »

D’Anne-Sophie Madeleine à Christophe Soumillon. Jean-Paul Gallorini a donné sa chance à de nombreux jockeys, hommes comme femmes. Il y en a bien sûr qui l’ont marqué plus que d’autres : « Anne-Sophie Madeleine a été le jockey avec lequel j’ai pris le plus de plaisir à collaborer. Elle était petite, légère, bien en position. Le cheval galopait en liberté avec elle. Elle savait tout faire. J’ai aussi savouré le doublé de Gr1 de Christophe Soumillon avec Mandali et Hippomène, la victoire de Nathalie Desoutter avec Kario de Sormain alors que toutes deux débutaient sur le rail-ditch, ma collaboration avec Béatrice Marie, qui a gagné la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1) avec un cheval qui venait des réclamers, Goodea, et j’ai encore en tête la monte de Christophe Pieux avec Remember Rose dans le Grand Steeple 2009 alors qu’il avait une fracture au pied. »

L’héritage familial

Les enfants prêts à assurer la relève. Jean-Paul Gallorini a eu quatre enfants, dont certains ont choisi d’embrasser la profession, à l’image d’Isabelle, entraîneur basé à Royan, et Hervé, masseur après avoir été jockey. « Je suis très fier de mes enfants d’une manière générale. Isabelle n’a pas été mon apprentie, elle travaille selon sa propre méthode. Hervé est masseur et il est surnommé "main d’or". J’ai également un autre fils qui est dans l’éducation et César. » Compagne du professionnel mansonnien, Alexandrine Berger est éleveur avec son père, Jean-Louis. Ils ont vingt-deux poulinières sur quatre-vingt-deux hectares. « C’est un bon éleveur ! »

Les objectifs 2017

Travailler pour réussir. Jean-Paul Gallorini ne se fixe pas d’objectifs particuliers pour la nouvelle saison qui commence. « Je n’ai jamais d’objectifs. Je travaille et c’est le travail et le temps qui te mettent sur le chemin. Il ne faut pas travailler pour l’argent. Il faut travailler pour la réussite. Lorsque je gagne une course, je connais le parcours. Mais l’allocation, je ne la connais pas. Lorsque tu fais de ton loisir un métier, c’est extraordinaire ! Le matin, je n’ai pas besoin de mettre le réveil. À partir du moment où mon capital, jockey et cheval, rentre intact, c’est une réussite. Je n’ai pas envie d’avancer et de réussir en marchant sur le cadavre de mes confrères. Mon rayon de soleil me suffit. Je n’ai pas besoin d’avoir le soleil et l’ombre… La richesse, ce n’est pas l’argent. C’est d’avoir sa conscience en paix et travailler dans une harmonie. Chacun pense à sa façon. »