Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

AUX ORIGINES DE - Bahamian ou l’importance de la diversité

Élevage / 15.02.2017

AUX ORIGINES DE - Bahamian ou l’importance de la diversité

 

Par Adrien Cugnasse

Ce dimanche, Leopardstown accueillait quatre Groupes sur les obstacles. Trois ont été remportés par des "FR", dont deux par des produits d’étalons stationnés en France : Martaline et Coastal Path. Ces deux sires sont des petits-fils de Bahamian. Quatre étalons actifs ayant des produits en âge de courir descendent de cette jument. Ils ont tous donné au moins un gagnant de Gr1 !

 

 

Dans la descendance de Bahamian (Mill Reef), on trouve six étalons en activité, tous élevés par Juddmonte. Ballylinch Stud a recruté cette année le débutant New Bay (Dubawi). L’entité dirigée par John O'Connor dispose également de son cousin Beat Hollow (Sadler's Wells). Ce dual purpose sire a donné trois lauréats de Gr1 en plat et deux sur les obstacles (son fils, Fly with Me débute au haras de Treban). Kingman (Invincible) va avoir ses premiers produits en 2017. Il officie chez Juddmonte, au côté du frère de sa mère, Oasis Dream (Green Desert). Ce dernier a donné 49 gagnants de Groupe, dont 15 au niveau Gr1. Martaline (Linamix) est un pilier du parc étalons français. Le sire du haras de Montaigu a donné six lauréats de Gr1 sur les obstacles et il a déjà un fils étalon en France (Kitkou, au haras d’Enki). Coastal Path (Halling), le frère de Martaline, est stationné au haras de Cercy. Dimanche sur les obstacles irlandais, Bacardys (Coastal Path) a offert à son père un premier succès au niveau Gr1 en remportant le Deloitte Novice Hurdle.

 

L’arrivée de Bahamian chez Juddmonte. En 1986, Khalid Abdullah achète Bahamian pour 310.000 Gns, alors qu’elle était yearling. Elle s’impose au mois de mai de ses 3ans dans une Listed sur 2.400m à Lingfield. Un mois plus tard, la pouliche se classe cinquième des Oaks d’Epsom. Pour rectifier le tir, elle est présentée sur plus long en France. Bahamian passe le poteau en tête dans le Prix de l’Espérance (Gr2, 3.000m, aujourd’hui Prix Hubert de Chaudenay) avant d’être rétrogradée à la troisième place. Elle se classe ensuite deuxième du Prix de Pomone (Gr2). Sa dernière performance notable, avant d’entrer au haras, est une troisième place dans les Park Hill Stakes (Gr2, 3.000m) en septembre, à Doncaster. Claire Curry, l’analyste en pedigree qui officie chez Juddmonte, nous a expliqué : « Bahamian était une très belle jument de taille moyenne. Elle avait beaucoup de qualité en course. Même si sa distance de prédilection était de 2.400m et au-delà, il y avait des éléments de vitesse dans son pedigree. Sa mère, Sorbus, était placée dans les 1.000 Guinées d’Irlande, mais aussi dans les Oaks d’Irlande et dans le St Leger irlandais. Deux produits utérins de Bahamian étaient lauréats de Stakes sur 1.400 et 1.600m. Sa troisième mère, Sixpence, avait gagné les Cheveley Park Stakes et elle fut sacrée meilleure 2ans de sa génération en Grande Bretagne et en Irlande. »

   Nasrullah
  Never Bend 
   Lalun
 Mill Reef  
   Princequillo
  Milan Mill 
   Virgina Water
BAHAMIAN (1985)   
   Crepello
  Busted 
   Sans le Sou
 Sorbus  
   Prince John
  Censorship 
   Sixpence

Busted, le leader devenu étalon tête de liste. L’alliance du sang de Busted sur cette souche de l’élevage McGrath a donné le lauréat du Derby d’Irlande Weavers' Hall (Busted) et Sorbus, la mère de Bahamian. Busted a connu une destinée peu commune. Il était issu d’une petite gagnante, achetée 750 Gns, qui avait saigné. Non placé à 2ans, Busted avait décroché une victoire pour six échecs à 3ans, âge auquel il fut transformé en leader. Il s’est révélé à l’âge de 4ans, en remportant de toute une classe les Coronation Stakes, les Eclipse Stakes, les King George et le Prix Foy. Favori de l’Arc 1967, il n’a pas pu y prendre part suite à un problème de tendon. Grand cheval avec des rayons, presque oreillard, il n’avait pas des dessous irréprochables. Alors que tout semblait prédire une carrière au haras de second plan, Busted fut à de multiples reprises en tête du palmarès des pères de gagnants outre-Manche au nombre de victoires. On lui doit notamment Mtoto (Eclipse Stakes, 2 fois ; King George), Opale (Irish St Leger), Romildo (Prix Ganay), Tromos (Dewhurst Stakes), Busaca (Yorkshire Oaks), Cheveley Princess (Nassau Stakes & Sun Chariot Stakes), Valuta (Prix Kergorlay, Prix Maurice de Nieuil), Weavers' Hall… et la grande poulinière de Shadwell Height of Fashion (Nayef, Nashwan, Ghanaati…)

 

Bahamian au haras. Au haras, Bahamian a donné quatre produits black types, dont trois sur 2.400m et plus. Ses meilleurs produits furent Wemyss Bight (Dancing Brave), lauréate de Groupe dont les Irish Oaks (2.400m), et Trellis Bay (Sadler’s Wells), gagnante d’une Listed sur 3.200m. Claire Curry nous a expliqué : « Bahamian fut dans un premier temps croisée avec Dancing Brave et Sadler’s Wells, deux étalons qui tenaient 2.400m. Mais ils étaient aussi lauréats classiques sur le mile après avoir été des 2ans très talentueux. Lorsque Bahamian fut saillie par Dancing Brave, sa production n’avait pas encore été vue en piste. Il était alors considéré comme l’un des jeunes étalons les plus prometteurs au monde. Ce croisement fut répété deux fois pour donner la classique Wemyss Bight – la mère de Beat Hollow – et l’excellente poulinière Hope. Bahamian fut saillie par Sadler’s Wells après qu’In the Wings se fut révélé au sein d’une première production très réussie. In the Wings était issu d’une mère par Shirley Height, lui-même issu de Mill Reef, comme Bahamian. Le croisement du sang de Sadler’s Wells sur celui de Mill Reef a ensuite continué à prouver son exceptionnelle efficacité. »

 

Les grands stayers du prince Abdullah. On trouve de très bons sujets sur les longues distances dans la descendance de Bahamian, comme Glaring (2e du Prix Vicomtesse Vigier), Bellamy Cay (Prix Maurice de Nieuil) et Doha Dream (Qatar Prix Chaudenay). Ce dernier est le premier lauréat de Groupe élevé par Al Shaqab Racing et c’est aussi l’un des produits de Shamardal ayant le plus fait preuve de succès sur le créneau de la tenue (distance moyenne des victoires de sa production : 1.600m). La deuxième mère de Doha Dream, Coraline (Sadler’s Wells), une fille de Bahamian, a produit cinq black types chez les stayers – tous entraînés par André Fabre – avec Reefscape (Prix du Cadran, Hubert de Chaudenay et Gladiateur Royal, 2e de l’Ascot Gold Cup), Coastal Path (Prix Hubert de Chaudenay et Prix Vicomtesse Vigier, 3e de l’Ascot Gold Cup), Martaline (Prix Maurice de Nieuil et d'Hedouville), Clear Thinking (3e des Prix Hubert de Chaudenay et Vicomtesse Vigier) et Prankster (2e du Prix Michel Houyvet)…

 

Une famille qui préfère l’Europe. Sixpence, la troisième mère de Bahamian, avait été exportée outre-Atlantique après sa victoire dans les Cheveley Park Stakes. Elle n’a pas fait souche aux États-Unis et sur le vieux continent, c’est sa petite-fille Sorbus qui a pérennisé son sang. Quelques décennies plus tard, Zenda (Zamindar), une petite-fille de Bahamian, a elle aussi traversé l’Atlantique après avoir remporté la Poule d'Essai des Pouliches. Elle fut battue de peu dans la Queen Elizabeth II Challenge Cup à Keeneland. Ses quatre premiers produits – issus d’étalons stationnés aux États-Unis – n’ont pas fait d’étincelle. C’est avec des sires européens qu’elle a donné ses meilleurs poulains, dont Kingman (Invincible Spirit), gagnant des Irish 2.000 Guineas, des St James's Palace Stakes et des Sussex Stakes (Grs1). En utilisant sur cette souche de tenue les rapides Zamindar, Invincible Spirit et Green Desert, le prince Abdullah a réussi à obtenir des milers du calibre de Zenda et Kingman, mais aussi le sprinter Oasis Dream. Cet article a débuté avec les sauteurs à Leopardstown, les distances se sont raccourcies avec les performances de Bahamian et il se termine en évoquant le vecteur de speed Oasis Dream. Cela illustre, sur le long terme, l’importance dans la sélection de la diversité. Chez bien des milers et des chevaux de vitesse de grande classe, la distance dite classique n’est souvent pas très éloignée dans leur pedigree…