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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Ce qui fait battre le cœur du Sud-Est

Courses / 23.02.2017

Ce qui fait battre le cœur du Sud-Est

Samedi, c’est le grand jour de Cagnes-sur-Mer, la fête du galop du Sud-Est, une région si loin du berceau du galop mais avec un grand cœur et pleine de passion. À la veille de cette grande réunion, nous avons interrogé plusieurs des acteurs majeurs du Sud-Est, représentant les différentes strates des courses : propriétaire, entraîneur, ou encore éleveur.

Jean-Claude Seroul : « C’est la compétition, comme dans tous les domaines, qui entraîne le progrès »

Jean-Claude Seroul va vivre cette journée avec la double casquette de propriétaire et éleveur, ce qui est peut-être plus difficile qu’ailleurs, mais quand vous regardez le ciel bleu… Jean Claude Seroul, le propriétaire leader du Sud-Est, dit : « Quand on apprécie la douceur de vivre ici, c’est difficile de partir ailleurs. »

Les chiffres en gris et orange. Jean-Claude Seroul a terminé l’année 2016 comme tête de liste des propriétaires dans le Sud-Est et huitième dans le classement général, avec 1.200.931 € de gains, primes comprises. La casaque cerclée gris et orange a gagné 38 courses avec 54 chevaux qui ont disputé 240 courses. Les courses en région ont contribué au budget pour un peu plus de la moitié (652.000 €), alors que le nombre des victoires acquises sur les deux champs de courses marseillais, Cagnes-sur-Mer, Hyères, Cavaillon, Nîmes et Salon-de-Provence est de 26, avec une réussite de 17,68 %. Il a 66 chevaux à l’entraînement, dont un lot de 2ans (28 juniors) très intéressant. Une écurie avec les pieds dans le Sud-Est et le regard vers Paris.

Des meilleures pistes. Jean-Claude Seroul est idéalement placé pour juger la situation en région : « Le niveau des courses dans le Sud-Est est meilleur qu’auparavant. Les pistes étaient fatiguées après des décennies d’activité et se sont maintenant beaucoup améliorées. C’est un mérite pour tous ceux qui ont travaillé sur ce sujet. Le centre d’entraînement de Calas aussi, donnait des signes de fatigue, mais des travaux d’amélioration sont en place. C’est la compétition, comme dans tous les domaines, qui entraîne le progrès. »

Bons chevaux et bon camion… Le Sud-Est connaît les mêmes problèmes que dans le reste de la France, avec en plus le handicap de sa position géographique. Jean-Claude Seroul dit : « La stagnation des allocations, c’est un problème ici, mais tous les propriétaires sont confrontés à cela. Quand je dis que le niveau de compétition est monté, je pense au quotidien. Nos chevaux ne courent pas sur une "île". Pour les bonnes courses, les grands entraîneurs du Sud-Ouest, les Parisiens, les Lyonnais arrivent. Il faut avoir des bons chevaux pour gagner les bonnes courses alors que, pour nous, les déplacements sont plus difficiles et coûtent soit au propriétaire, soit aux chevaux. Je pense que tous les chevaux ont le droit de trouver leur catégorie, mais il faut un peu étoffer le programme pour les bons. Dans le Sud-Est il faut avoir des bons chevaux, mais aussi un bon camion et changer souvent de pneus… »

Policeman, un regret. Samedi, le Prix Policeman sera couru sans la griffe Listed. Jean-Claude Seroul sera représenté par My Valentine (Rock of Gibraltar), un des bons 3ans de l’écurie. Le propriétaire explique : « C’est assez douloureux, mais le Policeman, une des bonnes courses en région, n’avait plus le rating pour rester Listed Race. La rétrogradation comme classe 1 frappe les propriétaires et les éleveurs parce que du black type est toujours très important, même quand il est pris par un mâle, parce qu’il donne du poids à la poulinière et à la famille. Samedi, nous présentons My Valentine : c’est un poulain que nous estimons, il a une musique qui chante 2-1-2 et, s'il est de niveau Listed, il doit le démontrer ».

Frédéric Rossi : « Ne surtout pas mettre de frontières »

Qui dit Jean-Claude Seroul dit Frédéric Rossi ! L’entraîneur a soixante-quatre chevaux du propriétaire déclarés à l’entraînement dans ses boxes, dont Allons Y (Soldier of Fortune), une des révélations du meeting de Cagnes-sur-Mer.

Du dynamisme. Frédéric Rossi analyse de façon positive la situation dans le Sud-Est, qui affiche un certain dynamisme : « Je crois que les courses dans le Sud-Est sont en bonne santé. Il y a quelques jeunes entraîneurs qui sont en train de percer, comme Cédric [Rossi, ndlr] ou encore Jérôme Reynier. Nos dirigeants font des efforts : ainsi, toutes les pistes de Calas ont été refaites. Je pense que l’avenir des courses ici est entre de bonnes mains. Nous avons une équipe dynamique, avec messieurs Camacho, Dreux, Tardy et Chehboub. En ce qui me concerne, j’ai de la chance que Jean-Claude Seroul continue d’investir beaucoup. Je crois que nous allons tous de l’avant et les résultats à Cagnes le montrent. »

On sent un certain optimisme, à pondérer cependant : « C’est peut-être le soleil qui fait cela ! Je ne suis pas certain d’être optimiste pour les courses françaises en général. Je ne suis pas très optimiste sur la réforme du programme par exemple. Je ne pense pas que l’on va régler le problème ainsi, que ce soit la bonne formule, même si je suis conscient qu’il faut agir. Mais j’ai entière confiance envers Édouard de Rothschild et son équipe pour nous sortir de là. »

Frédéric Rossi siège au Conseil du plat et nous a parlé des relations entre les entraîneurs du Sud-Est et la maison mère : « Elle est très bonne. Nous sommes très écoutés quand nous avons des revendications. J’ai confiance envers notre président qui se rend compte qu’il n’a pas repris France Galop en très bonne santé. »

De la concurrence et des Pattern. Frédéric Rossi n’hésite pas à faire le déplacement à Paris par exemple, avec ses meilleurs éléments, et c’est d’un bon œil qu’il voit débarquer sur la côte d’Azur les chevaux en provenance d’autres régions. « J’aime la concurrence. Il ne faut surtout pas mettre de frontières. Je n’aime pas l’idée de Paris et la province. Cela n’existe plus. Il faut avancer dans la vie. J’aime l’exemple de Jean-Claude Rouget… »

Sur les rétrogradations en 2016 des Prix Policeman et Georges Trabaud, l’entraîneur analyse : « Le problème vient de la qualité des Listeds. Je crois qu’il y a quelque chose à revoir du côté du Pattern qui prend en compte les valeurs des quatre premiers. Je pense que c’est une erreur pour les Listeds, qu’il faudrait prendre en compte la valeur des trois premiers. Il va être difficile peut-être de regagner des Listeds et il faut désormais ne plus en perdre. Comment ? Je fais confiance à nos dirigeants pour cela. »

Allons Y à Paris, peut-être avec My Valentine. Samedi, Frédéric Rossi aura un pensionnaire au départ du Prix Policeman, désormais au rang de classe 1, avec My Valentine. Il nous a dit : « Le Prix Policeman fait partie des premiers objectifs de My Valentine, qui en aura d’autres dans l’année. J’ai confiance en lui et je crois qu’il fait partie de mes bons sujets. Si cela se passe bien, l’idée est ensuite d’aller sur le Prix François Mathet (L). Allons Y, quant à elle, va courir le Prix Rose de Mai (L). Elle a fait de très gros progrès. »

Keven Borgel : « Pour améliorer le haut de la pyramide, il faut toujours essayer de viser très haut »

Installé à Calas, Keven Borgel fait partie de ces entraîneurs incontournables du Sud-Est. Il nous a donné son sentiment sur la région et son évolution, et sur l’importance d’une compétition la plus haute possible.

De Calas à Borély, le Sud-Est investit. Le Sud-Est bouge, avec les travaux réalisés à Calas ou à Marseille-Borély. Et on sent chez Keven Borgel un certain optimisme malgré une France des courses en crise : « Il y a une certaine inquiétude des socioprofessionnels sur la situation des courses en France et je suis d’accord avec les articles publiés dans Jour de Galop ces derniers jours. Je crois à l’homme de la situation et je ne crois pas que la situation soit désespérée. Pour le Sud-Est, je pense que les effectifs se sont bien maintenus. Cela se passe très bien depuis que monsieur Camacho a pris la présidence de la Société des courses de Marseille. Il y a eu une amélioration de notre outil de travail à Calas, et nous attendons avec impatience la réouverture de Borély. Je pense que monsieur Camacho est la personne la plus adéquate pour défendre les courses du Sud-Est. En ce qui me concerne, j’ai 75 chevaux à l’entraînement, dont une trentaine de poulains. »

De l’optimisme, malgré des moments difficiles. Le soleil brille sur le Sud-Est mais tout n’a pas été "radieux" ces dernières années pour la région, entre Marseille-Borély ou la rétrogradation de deux Listeds emblématiques de la région : le Prix Policeman déjà évoqué, mais aussi le Prix Georges Trabaud. Keven Borgel analyse : « Nous avons perdu deux Listeds car il y avait un problème de qualité moyenne en baisse. Nous essayons d’acheter de jeunes chevaux, de monter en gamme. Il est important de trouver un équilibre entre les courses de sélection et celles faisant la recette. Ce qui est important, c’est que chacun regarde l’intérêt général. Je pense que pour améliorer le haut de la pyramide, il faut toujours essayer de viser très haut. Si cela ne marche pas, il est toujours possible de redescendre : il faut viser la lune pour atteindre les étoiles. Je pense qu’il faut toujours essayer de s’améliorer. »

En ce sens, la compétition en provenance des autres régions est quelque chose d’extrêmement positif. Les chevaux de Paris ou du Sud-Ouest n’hésitent pas à se déplacer dans le Sud-Est pour les belles épreuves ou pour fourbir leurs armes dans les maidens et courses à conditions. « Je suis pour l’ouverture des courses. Quand les pensionnaires de Jean-Claude Rouget, François Rohaut ou encore d’entraîneurs parisiens viennent, cela valorise nos chevaux, surtout si on les bat ! Il faut penser à long terme, pas à court terme. Nous sommes une discipline sportive et on ne peut pas interdire à d’autres de courir. C’est ainsi, c’est la compétition. Les courses sont un sport et il est toujours possible de battre les grosses équipes. Après tout, le PSG a battu le Barca et d’autres équipes les battent en Ligue 1 ! »

Trouver des propriétaires : la responsabilité du chef d’entreprise. L’un des défis des courses hippiques est de trouver de nouveaux propriétaires, de nouveaux passionnés. Pour Keven Borgel, cela est la responsabilité de l’entraîneur : « Nous sommes des chefs d’entreprise, nous devons chercher de nouveaux clients. France Galop doit être présent pour aider dans la création des couleurs, les démarches… La France est encore un pays avec une économie qui tourne bien et il existe des gens avec le profil pour devenir propriétaire, vibrer avec les chevaux de course… Il est difficile de devenir propriétaire d’un club de football et de rugby, mais vous pouvez vivre les émotions sportives avec un cheval. »

Kamel Chehboub : « Notre stratégie est de ne pas arrêter d’investir »

La confiance et la solidarité sont les mots d’ordre des éleveurs du Sud-Est pour vaincre leur peur d’un effondrement des courses hippiques. Kamel Chehboub, président du Syndicat des éleveurs du Sud-Est Corse, nous a donné son point de vue sur la situation des courses dans la région.

Le Sud-Est reste optimiste malgré des inquiétudes qui persistent. « Notre ressenti actuel sur la situation des courses est que nous traversons une période peu rassurante. En termes d’élevage, le nôtre est assez conséquent, mais nous nous posons tout de même des questions. Nous avons peur que les courses périclitent rapidement. Nous travaillons pour garder un certain équilibre financier. Nous avons rénové notre centre d’entraînement de Calas et refait la piste de Marseille-Borély. Nous croyons en l’avenir mais conservons tout de même quelques craintes. »

Le lien qu’entretient la région Sud-Est avec les sociétés-mères à Paris reste positif. « Nos relations avec les sociétés-mères sont très bonnes, nous avons confiance en elles. Elles sont courageuses mais il faut désormais prendre les bonnes décisions. Je pense qu’il est important que nous nous investissions tous ensemble pour l’avenir des courses dans le Sud-Est, mais aussi pour l’avenir des courses de manière plus globale. »

Les éleveurs du Sud-Est n’élèvent pas directement sur leur sol mais font courir leurs chevaux dans la région. Pour eux, il faut former une seule et même équipe pour continuer à avancer. « Notre stratégie est de ne pas arrêter d’investir, qu’il s’agisse du centre d’entraînement ou de l’hippodrome. Le centre de Calas est plein. Nous rentrons régulièrement des chevaux. La confiance et la solidarité feront notre force. Nous collaborons beaucoup ensemble entre les éleveurs, les propriétaires, le comité et les sociétés hippiques. »