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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

C’est la nouvelle patronne des éleveurs

Élevage / 25.02.2017

C’est la nouvelle patronne des éleveurs

C’est la nouvelle patronne des éleveurs

Pour la première fois depuis qu’elle a repris la direction de la Fédération des éleveurs du Galop, Constance Popineau répond à la presse. Elle a choisi Jour de Galop.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. - Dans quel contexte avez-vous découvert le galop ?

Constance Popineau. - « Je suis fille et petite-fille d’agriculteurs, mais plutôt orientés dans la production de céréales. Ma première jument était une anglo-arabe à 50 % que j’ai échangée après son débourrage contre un pur-sang par Rochesson (Garde Royale) avec lequel j’ai fait les finales de jeunes chevaux en concours de saut d’obstacles. Lorsque mon emploi du temps me le permet, je pratique actuellement le concours complet au niveau amateur, avec un cheval que j’ai vu naître. Pendant mes études, j’ai fait un stage au sein du service juridique de France Galop, avec à la clé une étude sur le droit à l’image des acteurs des courses. Ce fut mon premier contact avec la filière hippique. J’ai ensuite eu l’occasion de régulièrement travailler avec les élus des institutions du monde des courses, dans le cadre de dossiers transversaux de la filière cheval. »

 

Quel a été votre parcours dans la filière cheval ?

« Mon cursus scolaire portait sur la propriété intellectuelle et le droit des affaires. Le sujet de mon mémoire était la vente internationale de chevaux. Suite à cela, j’ai directement été recrutée par le GHN [Le syndicat des propriétaires de centres équestres, ndlr] pour le service dédié au commerce de chevaux, qui disposait par ailleurs d’un centre de médiation sur l’achat et la vente d’équidés pour les sports équestres. J’ai ensuite quitté le GHN pour faire un master de droit de l’environnement et de droit agricole qui m’a permis d’étudier la réglementation des zones humides, comme celle des marais atlantiques, afin d’essayer de faire le lien entre les utilisateurs de ces espaces, notamment les agriculteurs, et les associations de défense de l’environnement. Il y a six ans et demi, lorsque la Fédération française d’équitation a créé son service juridique, ils m’ont recrutée pour le diriger. L’équipe s’est récemment enrichie d’une éthologue pour les questions de bien-être animal. C’est un sujet sur lequel j’ai longtemps travaillé, en particulier dans le cadre de la Fédération équestre européenne qui accueille un comité responsable des relations avec l’Union européenne. »

 

Quels ont été vos dossiers phares au sein de la Fédération française d’équitation ?

« Il y a bien sûr eu la TVA. J’ai suivi ce dossier du départ jusqu’au taux réduit que les centres équestres ont pu obtenir sur l’utilisation des installations sportives. J’ai aussi récemment travaillé sur la question des certificats médicaux pour les cavaliers licenciés d’une fédération sportive, sur la responsabilité civile, qui aura certainement également un impact sur la filière hippique. J’ai par ailleurs été responsable d’un groupe de travail qui rassemblait des directeurs juridiques de fédérations sportives. Enfin, en partenariat avec le GESCA [Groupement des entreprises du secteur cheval en agriculture, ndlr], nous avions travaillé ensemble sur un guide de bonnes pratiques sur le transport. Malheureusement, il n’y a pas eu de consensus pour le publier en intégralité. L’objectif était pourtant de le rendre public, car nous nous étions rendu compte que les associations de protection animale avaient leur propre guide, selon leurs critères, et qu’elles envoyaient leur publication aux agents de contrôle. Les policiers disposaient donc d’un guide fourni des animalistes, avec des photos pour illustrer dans quel cas un cheval était transportable ou ne l’était pas, avec des critères parfois en contradiction avec le règlement en vigueur. Ils diffusaient ce document à grande échelle et proposaient même des formations aux agents de contrôle. Et ils étaient les seuls à le faire. C’est aussi pour cette raison que la Fédération française d’équitation a suivi de près, l’année dernière, la rédaction d’une publication équivalente à l’échelle européenne. »

 

Sur quels sujets avez-vous travaillé au niveau européen ?

« J’étais chargée d’animer un groupe de travail sur la TVA pour The European Equestrian Federation [l’entité qui rassemble les fédérations équestres européennes, ndlr]. Mais j’ai aussi travaillé sur plusieurs dossiers transversaux, notamment la garantie de conformité dans le cadre de la vente d’équidés. C’est très intéressant de suivre des dossiers sur plus de dix ans. C’est une question qui est au cœur de l’actualité, car une grande réforme se trame au niveau européen. Il va falloir se battre. Un rapport a été publié en fin d’année par le Parlement européen et pourrait modifier les conditions de vente d’un professionnel à un acheteur consommateur. »

 

En quoi la singularité de votre parcours est-elle un atout pour vos fonctions actuelles ?

« Même si je ne suis pas issue du monde des courses, mon parcours dans la filière cheval, au sens large, me permet de connaître les interlocuteurs au niveau européen et français. Par exemple, dans les réunions des ministères, je vais retrouver les personnes avec lesquelles j’avais jusqu’alors l’habitude de travailler. En revanche, ma vision, qui est celle d’une personne qui n’est pas issue du monde des courses, pourrait me permettre d’avoir une sensibilité plus importante sur des notions que la filière hippique n’a pas nécessairement beaucoup explorées. Mon parcours dans le monde de l’équitation m’a appris à œuvrer dans un univers où il faut savoir dialoguer avec les consommateurs et la pression du grand public, par exemple sur les réseaux sociaux. »

 

Selon vous, votre arrivée à la Fédération des Éleveurs marque-t-elle un tournant vers une action plus politique ? Plus internationale ?

« Je ne sais pas si on peut le formuler de cette manière. Dans un premier temps, mon travail va avant tout s’inscrire dans le prolongement de celui de Camille Vercken. Elle a beaucoup œuvré au niveau européen, en particulier au sein de l’EFTBA [l’entité qui rassemble les syndicats des éleveurs de pur-sang au niveau européen, ndlr] et dans la Fédération internationale avec Hubert Honoré. Avec les élus, nous avons commencé à réfléchir à une rénovation des services rendus à nos adhérents. À terme, mon expérience devrait me permettre de prendre la suite de Patrice Renaudin sur les questions fiscales. Depuis mon arrivée, nous avons aussi évoqué la nécessité de consacrer plus de temps à la commission des jeunes éleveurs. Sur ce sujet, j’ai côtoyé plusieurs exemples très positifs, comme les Jeunes Agriculteurs ou le Bureau des jeunes élus de la Fédération suédoise d’équitation. Il faut aussi regarder ce qui se fait dans le monde des courses à l’étranger. »

 

La communication est un dossier qui a souvent été abordé par le président Malivet. Quelle est votre analyse sur ce sujet ?

« Il faut effectivement continuer à améliorer la communication de la Fédération des éleveurs du Galop. Une discussion a été lancée avec les élus et les collaborateurs. Nous avons les outils et il faut avancer sur ce sujet. Mon sentiment est qu’il ne faut pas se borner à une communication intra-filière. C’est l’occasion de s’ouvrir au grand public. Mon expérience me pousse à plaider dans cette direction. Depuis l’épisode de la TVA, la FFE a fait un véritable travail de communication auprès des élus de la République. Systématiquement, dès qu’un cavalier devient champion de France [il y a plusieurs dizaines de championnats tous les ans, ndlr], le maire de sa commune de résidence reçoit un courrier lui annonçant qu’il a un champion parmi ses administrés. Nous pourrions peut-être faire la même chose pour dire à ces mêmes élus “Un éleveur de votre commune a élevé un cheval qui vient de gagner un Groupe.” Même si l’équitation peut se baser sur un taux de pénétration plus important dans la population, la FFE a beaucoup travaillé sur ce thème et je pense que cela a porté ses fruits. L’objectif a été de présenter de manière chiffrée ce qu’était l’équitation aux élus, partout en France. Cette action s’est aussi basée sur la constitution d’un réseau d’élus et de professionnels de la filière équestre qui sont capables de porter cette bonne parole. Il faut certainement que le monde des courses, et de l’élevage en particulier, travaille à trouver plus de porte-parole. Les origines rurales de nombreux éleveurs, avec ce qu’elles véhiculent, sont un véritable atout en termes d’image. Ce travail de communication, de vulgarisation, peut être mené sur deux niveaux : pour faire connaître l’élevage des chevaux de course d’une part, et pour faire prendre conscience de l’importance des courses en général, d’autre part. Cela concerne donc la Fédération des éleveurs du Galop, mais aussi l’ensemble des institutions de la filière. Mais, au-delà d’un certain niveau, la communication est un véritable métier qui a fait appel à des compétences spécifiques. La difficulté réside aussi dans le fait que ce qui touche les gens du sérail n’est pas forcément efficace auprès du grand public, et inversement. Les campagnes de communication mises en place par la Fédération française d’équitation n’ont pas toujours été comprises par les professionnels, mais elles ont été efficaces auprès du public “autre qu’initié”. »

 

Quel est votre sentiment après quelques jours à la tête de la Fédération des éleveurs ?

« Ma première impression, en rencontrant des adhérents lors des ventes de février, a été de constater qu’ils sont professionnels et structurés. Mais au-delà de cet aspect, ils ne sont pas très différents des éleveurs que j’ai connus dans le monde équestre. Au mois de mars, je vais aller en Angleterre pour essayer de mieux comprendre le fonctionnement de la filière outre-Manche. Pour les questions techniques, la Fédération des éleveurs a de véritables compétences en interne sur lesquelles je peux m’appuyer. En allant à la rencontre de nos adhérents, j’ai aussi pu constater le dynamisme et la qualité du travail de certains jeunes professionnels français, ce qui est très encourageant pour l’avenir de la profession. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître de manière exhaustive le parcours de ces personnes jusqu’à leur installation. »

 

Quelles sont vos relations avec les équipes de France Galop ?

« Au-delà du stage pendant mon cursus scolaire, j’ai eu par le passé de nombreuses occasions de travailler avec Louis Romanet, qui était le représentant à l’international de la FFE, et avec le Docteur Gadot. »

 

Votre parcours est à cheval entre l’équestre et l’hippique. Pensez-vous que le rapprochement sur de grands dossiers entre les deux filières soit difficilement réalisable ?

« Dans le cadre du GESCA, il y a déjà eu des réalisations communes. Sur le dossier de la TVA, il y a eu un fonds d’action commun. Il s’est ensuite heurté à un texte européen qui n’a pas permis d’avoir la même analyse pour l’ensemble des activités de la filière cheval. Mais quand on voit le nombre de réunions et d’actions communes, cela me semble assez significatif. C’est d’autant plus important que le travail commun entre les différentes composantes de la filière est nécessaire. C’est important au niveau départemental, régional, national et international. À l’heure actuelle, notre grande problématique est d’illustrer la diversité de nos activités. On part d’un même produit, le cheval, qui est utilisé de manière très variée, d’où un grand nombre d’interlocuteurs différents, ce qui est une véritable problématique pour s’adresser aux pouvoirs publics, qui ne cernent pas ces particularités. Pour le bien-être animal, pour le transport… il faut faire front commun et parler d’une seule voix. »

 

Beaucoup d’éleveurs sont aussi propriétaires. Le rapprochement du syndicat des propriétaires avec la Fédération des éleveurs revient régulièrement dans le débat. Est-ce une question sur laquelle vous avez déjà eu le temps de discuter avec les élus ?

« Pour l’instant, c’est vraiment une réflexion qui appartient aux élus. Je m’en remettrai à ce qu’ils décident. De plus, je manque encore de recul sur ce sujet. En revanche, c’est une situation que j’ai déjà vécue dans la filière équestre. La Fédération française d’équitation est issue de la fusion de la Délégation nationale aux sports équestres, de la Délégation nationale au tourisme équestre et de la Délégation nationale à l’équitation sur poneys. D’une manière plus générale, je pense qu’il est important qu’une institution comme France Galop puisse être distincte d’un syndicat comme celui des éleveurs. Dans le monde de l’équitation, un syndicat agricole comme le GHN peut mettre en place des actions qu’une délégation de services publics comme la Fédération française d’équitation ne peut pas lancer. Sur le plan politique, je pense qu’il est important pour l’ensemble de la filière d’avoir un syndicat qui représente les éleveurs d’une manière forte. »