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Jour de Galop

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Ces chevaux irlandais que personne ne veut acheter

International - Élevage / 16.02.2017

Ces chevaux irlandais que personne ne veut acheter

La surproduction n’est pas une théorie. Les résultats des ventes de février en Irlande sont là pour le prouver : 336 yearlings sont passés sur le ring de Goffs, 103 ont trouvé preneur à plus de 5.000 €. Moins d’un tiers des lots présentés ont dépassé le prix de saille d’un étalon commercial, y compris pour de futurs sprinters que le marché est censé apprécier. Les ventes de février chez Arqana et Tattersalls n’offrent pas un nombre suffisant de yearlings pour proposer une statistique comparable. Mais la situation irlandaise sonne comme un signal d’alarme.

 

Deux tiers des lots sans une offre correcte. En inversant le point de vue, on trouve 233 yearlings chez Goffs n’ayant pas fait l’objet d’une offre valable. Ils auront droit à une autre chance, mais il faudrait un miracle pour toucher avec ces chevaux, en septembre ou en octobre, les 12.000 € du prix médian enregistré en 2016 à la Sportsman Sale – le deuxième marché de Goffs – ou les 19.000 € du prix médian de la première session de Tattersalls Ireland. Les chevaux ayant été vendus lors de ces deux ventes l’année dernière sont au nombre de 742, pour un chiffre d’affaires de 15,547 millions d’euros et un prix moyen de 20.952 €. Orby, la vente haut de gamme de Goffs, où 401 sujets ont changé de propriétaire, a généré à elle seule 42,918 millions d’euros. Les 1.155 autres poulains vendus en Irlande sur les marchés de deuxième et troisième choix n’ont rapporté à leurs éleveurs que 18,474 millions d’euros.

 

Plus de produits, moins de vendus. Ces statistiques ne concernent qu’un tiers des 8.780 naissances 2015 en Irlande. Dans un histogramme, nous avons noté les naissances, les chevaux présentés aux ventes et les vendus en Irlande et en Angleterre. Il s’agit de deux pays différents, mais les éleveurs irlandais cherchent souvent à placer leur production sur le marché anglais. Pour les petits, il s’agit aussi de jouer sur le taux de change entre l’euro et la livre. Depuis quelques années, l’Angleterre a stabilisé sa production autour de 4.600 poulains. L’Irlande est montée, pour la période 2010/2015, de 7.588 à 8.780 poulains. Le total des îles est donc de 13.349 foals en 2015, soit 1.096 de plus qu’en 2010. Cette différence d’un millier de chevaux (1.057 pour être précis) est la même au niveau de sujets présentés aux ventes de yearlings, mais n’est que de 802 unités si on ne compte que les vendus. L’Irlande a donc produit en 2015 plus de chevaux qu’en 2010 alors que le marché des îles ne peut pas les absorber.

 

La sagesse française. La France a été plus raisonnable. Sur la période 2010/2015, l’Hexagone a produit moins de chevaux – de 5.470 à 4.874 selon l’Ifha – alors qu’on note une augmentation des sujets présentés et vendus. Le pourcentage de yearlings vendus par rapport aux naissances, qui était du 18,53 % pour la génération 2010, est passé à 27,18 % pour les foals nés en 2015. Le chiffre d’affaires est aussi beaucoup plus équilibré dans les différents segments du marché. Les 270 poulains vendus en août ont réalisé 40,574 millions d’euros. Le cumul des autres ventes a généré un chiffre d’affaires, pour 1.055 lots, qui a dépassé les 30 millions. Notre vente boutique a encaissé à elle seule 57,31 % du total, alors qu’en Irlande Orby Sale génère 69,9 % du marché et Tattersalls October, avec 386 lots, a fait le 56,5 % du cumul des ventes anglaises (2.083 poulains adjugés).

Ou placer les invendus ? Trouver un propriétaire pour les chevaux que personne ne veut acheter n’est pas si facile. Les éleveurs d’Irlande ont déjà trouvé une bouée de sauvetage avec la crise italienne. L’élevage de la Péninsule ne produit plus assez de chevaux pour alimenter ses courses et les propriétaires doivent donc chercher ailleurs. La demande italienne se porte sur des chevaux avec quatre jambes, une tête positionnée sur la parte antérieure du corps, une queue en option derrière et un petit prix. Ce sont donc les Italiens qui vident les boxes et souvent ils trouvent des trésors…

Un engrainage diabolique. La surproduction irlandaise mérite toute notre attention parce que l’élevage n’est pas un passe-temps mais une vraie activité agricole. Beaucoup trop d’éleveurs font saillir des femelles qui ne méritent pas de devenir poulinières et qui vont à la saillie d’étalons qui à leur tour n’ont pas montré assez de qualité en piste pour avoir le droit d’exercer au haras. C’est un engrainage diabolique qui peut devenir dangereux.

LotsVendusCAPrix moyenPrix médianMoins 5.000 €%Moins 2.500 €%
Goffs3352022.132.70010.5575.5009446,536431,68
Tattersalls2719118.9006.2583.0001263,15842,1
Arqana3831267.5008.6295.0001858722,58