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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

De plus en plus d’Italiens vont venir en France

Courses / 03.02.2017

De plus en plus d’Italiens vont venir en France

De plus en plus d’Italiens vont venir en France

Si une hypothétique société d’entraînement entre les quatre Italiens de France voyait le jour, ils seraient en tête du classement provisoire des professionnels français. À ce jour, Alessandro Botti, Simone Brogi, Gianluca Bietolini et Maurizio Guarnieri ont remporté 13 victoires pour 114 courses disputées par 75 sujets différents. Ces performances ont généré 238.320 € de gains (314.195 avec la prime). Fabrice Vermeulen, tête de liste actuelle, a présenté 47 chevaux qui ont remporté 7 courses sur 66 participations et 147.840 € de gains (208.959 avec la prime). Notre société virtuelle est un jeu un peu acrobatique, mais le poids des Italiens sur les courses françaises est de plus en plus important. Il ne s’agit plus seulement de la bonne réussite des jockeys et de quelques brillants mais rares résultats des entraîneurs. C’est un mouvement qui implique de plus en plus les propriétaires déçus de l’Italie et à la recherche d’un refuge dans un système qui, malgré ses problèmes, fonctionne bien. Cette vague italienne est aussi bien différente des incursions allemandes et espagnoles.

Le plus riche de France. Time Shanakill (Lord Shanakill) est le cheval de plat le plus riche de France au 2 février 2017 (si on exclut la prime). Il a couru deux fois cette année et il a pris 34.320 €. Le 4ans, avant de rejoindre l’écurie d’Alessandro Botti, avait gagné trois de ses sept courses en Italie – en douze mois – pour 23.617 € de gains. Depuis son arrivée en France, fin juin 2016, il a fait monter son compte en banque de 52.720 €. Pour bien situer les gains de Time Shanakill sur l’échelle italienne, il faut savoir que seulement 15 chevaux entraînés dans la Péninsule ont gagné plus de 52.720 € en 2016. C’est donc une belle performance pour un sujet qui a gagné son Quinté + à Cagnes-sur-Mer en valeur 36 (remontée à 40 après son succès).

Des gains multipliés par dix. Le cas de Time Shanakill ne fait pas forcement loi. Alessandro Botti nous a expliqué : « C’est un cheval qui ne cesse de progresser. La clé avec lui est le changement de distance. En Italie il courait sur 1.200m. À Cagnes-sur-Mer, il a gagné sur 2.000m. Je pense qu’il va encore progresser et il a de bonnes courses à gagner. » Chez Alessandro Botti Join Us (Equiano) est autre cheval sur la montante. Il a quitté l’Italie en juin avec une victoire et 7.387 € de gains en cinq sorties. En France, il a remporté trois victoires et six places en 11 courses pour 79.758 € (prime comprise). Les chevaux entraînés en Italie qui ont gagné une somme comparable sont pris à peu près en valeur 110 dans le classement européen. Or Join Us était à 33,5 avant sa victoire de jeudi à Chantilly, c’est-à-dire 74 de rating. Alessandro Botti aime beaucoup son pensionnaire : « Il est un dur comme un roc. Il continue à s’améliorer et peut devenir un cheval de Quinté. Quand il est arrivé chez moi, c’était un poulain encore un peu tendre. Son copropriétaire Felice Villa était assez déçu et vendeur. J’avais même pensé à l’acheter. Heureusement, Monsieur Villa l’a conservé. C’est un propriétaire très important pour ma famille. »

La réussite de Botti-France. Les propriétaires italiens représentent encore une partie importante de l’écurie Botti-France : « Plus de la moitié des chevaux à l’écurie appartiennent à des Italiens et la France est un débouché important aussi pour l’entreprise Botti en Italie. Tout le long de l’année, il y a des chevaux de la famille ou de clients italiens qui viennent en France pour chercher une rentabilité. Souvent je déclasse dans les réclamer des chevaux de niveau supérieur parce que le propriétaire italien veut vendre. Parfois c’est un peu gênant. À un niveau supérieur, je pense à un cheval comme Caribbean Blue (Storm Mountain). Il a décroché deux places dans des Listed et il a trouvé preneur pour Hongkong. Quand il a quitté l’écurie, il était encore en pleine progression et il aurait pu devenir un sujet de niveau Gr3 pour cette année. C’est le jeu et il faut le jouer. »

Un jeu de simulation. En 2016, Botti-France a gagné 44 courses, établissant son record de gains avec 944.150 €. Cette somme a placé l’écurie à la 27e place du classement des entraîneurs. Avec le même chiffre, il aurait devancé son frère Endo pour la deuxième place dans le classement italien. Gianluca Bietolini (25 victoires) est 36e en France avec 810.395 €, ce qui correspondrait à la quatrième place en Italie. C’est un peu moins que la société Il Cavallo In Testa qui a remporté le Derby avec Saent (Strategic Prince), d’où 312.000 € à lui seul, et deux autres courses de Groupe pour 830.000 €. Simone Brogi, avec 40 victoires et 658.655 €, est 46e. L’écurie du jeune romano-palois a totalisé plus de gains de celle de Marco Gasparini, quatrième en Italie avec 597.000 €.

Une histoire de famille. Alessandro Botti entraîne une dizaine des chevaux pour Dioscuri, c’est-à-dire la casaque de la Famiglia Botti. Ce nombre est susceptible d’augmenter, surtout en 2018, quand une demi-douzaine de yearlings élevés en France rentreront à l’entraînement : « Maintenant j’ai surtout des chevaux qui peuvent trouver leur place en France. Par rapport à l’Italie, il y a deux choses très favorables : le niveau des allocations et le marché. Quand on déclasse un cheval dans un réclamer, vous pouvez gagner et vendre le cheval en même temps. Alors qu’en Italie le même sujet ne trouve pas preneur sauf si on le brade. »

Quand un réclamer vaut de l’or. L’exemple vient d’un autre italien, le 4ans Giogiobbo (Bahamian Bounty). En 2016, sous la férule de Ciccio Santella, il avait couru dix fois, avec deux victoires et six places à la clé, dont une quatrième dans le Premio Città di Napoli (L). Il avait décroché 21.644 €, mais pour trouver un acheteur sans tomber dans le créneau des Palios et des courses de pays, il a dû se courir à Cagnes-sur-Mer où il a gagné un réclamer. Il est parti pour un bulletin de réclamation à 33.000 €. Son propriétaire a donc reçu une allocation de 8.500 € plus 26.500 €.

Des allocations quatre fois plus élevées. Cette différence dans les allocations et le marché, surtout dans les petites catégories, pousse de plus en plus d’Italiens à regarder vers la France. Un autre exemple. Jeudi à Pise, Fly Filo Fly (Kingsfort), un 3ans de Maurizio Guarnieri, a ouvert son palmarès dans un handicap avec un prix au gagnant de 2.550 €. C’est un petit cheval, en valeur 30/31, et en France – après trois courses pour avoir le droit de courir les handicaps – il aurait pu tenter sa chance dans des courses avec des allocations quatre fois plus importantes. Il faut être fou pour le garder en Italie. Si on regarde les résultats de Maurizio Guarnieri en 2016, on voit qu’il est clairement incité à se courir dans l’Hexagone. En France, avec 19 sujets, il a gagné 9 courses sur 86 pour 163.250 € de gains. L’écurie de l’entraîneur de Sienne, dans la même année, a présenté 39 chevaux en Italie pour gagner 21 courses sur 202 et 140.506 €.

Un jeu sans frontières. Les quatre entraîneurs italiens de France ont des histoires bien différentes, mais ils partagent un point en commun, la décision de quitter un pays en crise pour trouver leur place dans un système de course qui fonctionne. Et ils ne sont qu’une petite avant-garde. D’autres sont prêts à les suivre avec leurs clients italiens. Dans le même temps, les entraîneurs de la Péninsule viendront de plus en plus souvent courir en France, dans le Sud-Est et à Lyon. Heureusement que Trump n’a pas décidé de construire un mur à Vintimille et un autre à la sortie du tunnel du Mont Blanc : le galop est un jeu sans frontières.