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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Pour devenir plus populaire, le Report doit devenir plus accessible au commun des turfistes, par Pierre Laperdrix

Institution / Ventes / 11.02.2017

Pour devenir plus populaire, le Report doit devenir plus accessible au commun des turfistes, par Pierre Laperdrix

Pour devenir plus populaire, le Report doit devenir plus accessible au commun des turfistes

Par Pierre Laperdrix

Il est facile d’affirmer que les Français ne sont pas amateurs de jeux verticaux sur les courses. Avant d’énoncer que cette proposition est une vérité générale, il faut se demander pourquoi. Déjà, parce qu’il n’en existe qu’un seul aujourd’hui dans la gamme du PMU, le Report+. Et aussi sans doute parce que les mises peuvent trop rapidement s’envoler avec ce pari.

Son principe de base est finalement assez mécanique : les sommes gagnées sur une course sont reportées automatiquement sur les paris suivants et ainsi de suite, d’où la création d’un effet multiplicateur, comme dans les paris sur le football. C’est censé attirer les parieurs. Or, dans les faits, le Report peine toujours à percer.

Pour donner une chance au Report de toucher un maximum de turfistes — et de parieurs, notamment ceux des paris sportifs —, une solution pourrait être de le rendre plus abordable financièrement parlant.

Chemins, lignes et prix d’entrée... Le Report est un jeu plutôt destiné aux turfistes experts et il est assez complexe dans sa mécanique. Pour l’expliquer simplement (et ne pas perdre tout de suite ceux pour qui les paris hippiques sont du chinois !), il faut le voir comme la création d’un chemin constitué de différentes combinaisons de paris sur plusieurs courses d’une même réunion. Pour mieux le visualiser encore, imaginons chaque course pariée comme une ligne, à l’intérieur de laquelle le parieur choisit une ou plusieurs combinaisons de paris.

La force du Report, c’est qu’il permet de créer un effet multiplicateur. Les sommes gagnées sur la première ligne continuent leur chemin sur la deuxième ligne et ainsi de suite. Un chemin devient perdant dès qu’un pari enregistré sur une ligne n’est pas valable au poteau d’arrivée. Le chemin gagnant continue lui sa route, et poursuit son effet multiplicateur jusqu’à ce que le parieur se trompe ou bien qu’il n’y ait plus de course sur laquelle les gains se reportent. Dès que le verdict du poteau d’arrivée n’est pas en faveur du parieur, le chemin devient caduc et la somme gagnée sur ce chemin est égale à zéro. Le parieur ne touche rien sur un chemin qui n’est plus bon à la ligne quatre, même si ses paris sur les trois précédentes lignes étaient corrects.

Dès qu’un report est engagé, il est impossible d’annuler ses paris. C'est-à-dire que les sommes gagnées se reportent sur les paris suivants et le turfiste n’a pas la possibilité de retirer ses gains, tant que la dernière course qu’il a choisie n’est pas validée.

Le Report expliqué par le PMU. Sur son site Internet, dans le guide des paris, le PMU explique le Report avec les mots suivants :

« Sur la réunion 1, dans la 3e course, vous jouez en Couplé Gagnant les chevaux nº 4 et 7. Vous souhaitez reporter vos gains en totalité sur la 4e course pour jouer les nº 9 et 8 en 2 sur 4.

Vous choisissez une mise de 5 €. Le prix de votre Report+ est donc de 5 € (1 combinaison Couplé Gagnant sur la 3e course, 1 combinaison 2 sur 4 sur la 4e course × 5€).

Arrivée 3e course : 7-4, le rapport Couplé Gagnant est de 40 € pour une mise de 1 €.

Dans ce cas, 200 € sont reportés sur la course suivante (5 € × 40 €). Il n’y a pas de "chute" (gain acquis).

Arrivée 4e course : 8-3-9-1, le rapport 2 sur 4 est de 3 € pour 1 €. Donc 600 € sont gagnés au total (soit 200 € x 3 €)

En jouant un Report+ sur 2 courses, vous gagnez 600 € pour une mise initiale de 5 €. »

À l’aide d’un schéma, voici le chemin créé :

Un pari refondu en 2016

En octobre 2016, le PMU a annoncé qu’il faisait évoluer son Report qui devenait le Report+. Le principe de base est resté le même : il s’agit d’une succession de jeux sur plusieurs courses d’une même réunion. Avec le Report+, le turfiste peut utiliser cinq paris pour construire son Report+ : le simple gagnant, le simple placé, le couplé gagnant, le couplé placé et le 2/4. La mise de base a également été ramenée à 1 € (1,5 € auparavant) et il est possible de choisir une option mix (qui augmente le coût du ticket). C’est-à-dire, comme pour les paris sportifs, de cocher par exemple l’option 3 sur 4, ce qui autorise une course perdante sans casser la chaîne du report.

Avant 2016, le Report représentait 4,3 % de pénétration et 114 millions d’euros d’enjeux, soit 1,3 % de part de marché. C’est finalement assez peu.

Pourquoi le Report + peut coûter (trop) cher ? Dans son exemple développé plus haut, le PMU a proposé un chemin simple et le prix d’entrée de ce ticket de Report n’est donc que de 5 €. En effet, le parieur joue deux courses (deux lignes de paris donc) mais il n’a choisi qu’une seule combinaison par course. Il n’a donc créé qu’un seul chemin et le prix d’entrée de son ticket se calcule de la façon suivante : mise de base × le nombre de combinaison sur la première ligne × le nombre de combinaison sur la seconde ligne. Soit 5 € × 1 × 1 = 5 €.

Maintenant, imaginons un parieur qui souhaite jouer un Report un peu plus complexe, toujours en engageant 5 € de mise de base.

Voici ses jeux :

1re ligne : simple gagnant et placé sur le cheval portant le numéro 1, soit deux combinaisons.

2e ligne : couplé gagnant et placé des chevaux portant les numéros 1, 2 et 3, soit six combinaisons.

3e ligne : 2 sur 4 des chevaux portant les numéros 1, 2 et 3, soit trois combinaisons.

Avec ce chemin de paris, le prix du ticket s’envole, même avec une mise de base de 5 €. À combien se monte-t-il ? 20 €, 50 € ? Non, bien plus que cela. Ce ticket vaut 180 € !

Pourquoi cette somme ? Parce que le Report impose un prix d’entrée qui correspond à tous les chemins possibles créés par les combinaisons et cette somme est multipliée par la mise de base.

Ici, sans choisir plus de trois chevaux par ligne, le parieur a multiplié les chemins possibles. Il en a créé 36 et voici le détail de tous ces chemins :

Par calcul, cela donne :

5 € × 2 combinaisons × 6 combinaisons × 3 combinaisons.

Soit 5 € × 2 × 6 × 3.

Soit 5 € × 36 = 180 €

Puisque le premier pari est composé d’un jeu simple gagnant et placé, ces 180 € engagés correspondent à un pari de 90 € gagnant et 90 € placé sur le cheval portant le numéro 1 dans la première course. Ces sommes servent à créer tous les différents chemins qui construisent les autres paris. Et ce qu’il faut savoir, c’est que cette somme engagée peut être totalement perdue dès la première course si le cheval choisi ne termine que 4e... Dans ce cas, les paris qui découlent de ce premier pari ne seront pas développés.

Un prix d’entrée trop élevé. Le gros défaut du Report est qu’il oblige le parieur à payer un droit d’entrée qui correspond à sa mise de base multipliée par tous les chemins créés. Comme le montre notre exemple, les combinaisons créées peuvent rapidement faire grimper le prix d’entrée, sans avoir pourtant choisi huit chevaux par course.

Ce prix d’entrée peut rapidement devenir un frein pour les parieurs et c’est sans doute pour cela que le Report peine à percer. Sa part de marché dans la gamme des paris est faible, alors que, sur un plan technique, ce jeu a de quoi faire rêver tous les turfistes.

La question est donc : comment baisser le prix d’entrée sur le Report ? C’est ce que je vais essayer de démontrer désormais.

Ne payer que le premier pari. Les turfistes qui ont l’habitude de jouer au Report le savent et j’espère que les novices auront pu le comprendre avec mes explications : le prix d’entrée du ticket gonfle très vite. Trop vite. Et cela freine sans doute l’enthousiasme des parieurs qui sont conquis, sur le papier, par la refonte de ce jeu, mais n’ont pas les moyens financiers d’exploiter à fond ce pari intelligent et rémunérateur pour les turfistes qui aiment faire le papier sur plusieurs courses.

Quelle serait donc la solution pour permettre aux parieurs de jouer plusieurs combinaisons sans faire exploser le prix de leur ticket ?

Il faudrait pour cela que le prix d’entrée du ticket corresponde non pas à la mise de base × tous les chemins créés. Mais à la mise de base × le nombre de combinaisons sur la première ligne. Ensuite, les gains obtenus sur la première ligne seraient reportés en autant de fractions que nécessaires sur les combinaisons de la deuxième ligne et ainsi de suite sur toutes les autres lignes (courses) choisies par le turfiste.

Pour l’exemple cité plus haut, le ticket qui coûtait 180 € pour 5 € de mise de base ne coûterait plus que 10 € (soit 5 € × 2 combinaisons sur la première ligne) !

En ne payant que le premier pari, le turfiste fait une économie qui n’est pas négligeable et ainsi, on peut imaginer que le Report toucherait plus de parieurs, car il serait plus accessible. Ces 10 € engagés vont lui servir de base afin de construire les paris qu’il a déterminés pour les lignes suivantes.

Comment cela fonctionne-t-il ? Reprenons notre ticket qui coûtait 180 € avec 36 chemins possibles sur 3 lignes. Avec la méthode développée ci-dessus, les 36 chemins existent toujours, sauf que le parieur ne les a pas payés en droit d’entrée.

Au lieu que le développement de ces chemins l’oblige en fin de compte à placer 90 € gagnant et 90 € placés sur le cheval qu’il a choisi en course 1, il ne va parier que 5 € gagnant et 5 € placés sur le même cheval. Il ne paye donc que son premier pari.

Comme avec le Report actuel, si le cheval choisi pour la première course ne termine que 4e, tout le ticket est perdant. Sauf que la somme perdue n’est pas de 180 €, mais de 10 €...

Côté rapports, cela se calcule comment ?

Avec le Report actuel. Restons avec notre ticket qui a créé 36 chemins différents avec une mise de base de 5 € et imaginons les arrivées suivantes :

1re ligne : 1 - 8 - 12. Notre parieur a vu juste avec son jeu simple, puisqu’il a joué le numéro 1 et touche donc le rapport gagnant et placé. Le cheval est payé 10 € gagnant et 2 € placé

2e ligne : 1 - 2 - 4. Notre parieur a trouvé le couplé gagnant 1-2 et le couplé placé des mêmes chevaux. Ce couplé est payé 10 € gagnant et 2 € placé.

3e ligne : 1 - 2 - 4 - 5. Notre parieur a trouvé un 2 sur 4 (1-2) et touche donc une fois le rapport unique de ce jeu.

Sur les 36 chemins payés par le parieur [voir plus haut], lesquels sont-ils valables ?

Chemin 1 : SG C1 (1), CG C2 (1 - 2 ), 2 sur 4 C3 (1 – 2).

Chemin 10 : SG C1 (1), CP C2 (1 - 2), 2 sur 4 C3 (1 -2).

Chemin 19 : SP C1 (1), CG C2 (1 - 2 ), 2 sur 4 C3 (1 – 2).

Chemin 28 : SP C2 (1 - 2 ), 2 sur 4 C3 (1 – 2).

Que rapporte chaque chemin ?

Chemin 1 : 10 € × 10 € × 2 € = 200 €

Chemin 10 : 10 € × 2 € × 2 € = 40 €

Chemin 19 : 2 € × 10 € × 2 € = 40 €

Chemin 28 : 2 € × 2 € × 2 € = 8 €

Les chemins qui sont arrivés au bout sans faute réalisent une somme de 288 €. Ce total doit être multiplié par notre mise de base (5 €). Cela porte les gains à 1.440 € pour 180 € qui ont été misés pour ce ticket.

Comme le montre cet exemple, notre parieur a payé pour 36 chemins différents et seuls 4 ont été réalisés. Il a donc payé "pour rien" 32 chemins, soit 32 combinaisons de jeu qui se sont arrêtées en cours de route.

Avec le Report où l’on ne paye que le premier pari. Le système que je propose n’oblige pas à payer tous les chemins développés sur le ticket, mais seulement les combinaisons qui apparaissent sur la première ligne multipliées par la mise de base. Dans notre exemple, ce même ticket ne coûte que 10 €, ce qui correspond à une mise de 5 € gagnant et 5 € placé sur le cheval numéro 1 dans la première course choisie.

Pour évaluer les gains engendrés par ce ticket, voyons comment se décompose ce ticket de Report au fil des courses, avec les mêmes arrivées que celles proposées précédemment.

1re ligne : le Report de notre parieur commence avec sa mise de 5 € gagnant et 5 € placé sur le cheval numéro 1 qui s’impose et est payé 10 € gagnant et 2 € placé. Sur cette ligne, le parieur a donc engrangé sur son ticket 60 €.

Ces 60 € servent à financer les paris choisis sur la ligne 2 et qui sont au nombre de 6. Ainsi, ces 60 € sont donc fractionnés en six fois 10 € pour financer les six différentes combinaisons de couplés gagnants et placés de la ligne 2.

2e ligne : les 60 € engrangés dans la première course vont financer les trois couplés gagnants et les trois couplés placés. Ainsi, notre parieur se retrouve avec 10 € engagés sur chaque combinaison.

Le verdict du poteau d’arrivée le voit obtenir le couplé gagnant qui affiche 10 € et le couplé placé des deux premiers qui affiche 2 €.

Ses gains sont donc de : 10 € × 10 + 10 € × 2 = 120 €.

3e ligne : les 120 € engrangés à la ligne 2 vont financer les trois combinaisons de 2 sur 4 choisies par notre parieur. Son ticket l’engage donc à placer 40 € par combinaison de 2 sur 4 (1 - 2, 1 - 3 et 2 - 3). L’arrivée lui permet de toucher une fois le rapport de ce jeu et son ticket de report s’arrête ici, puisqu’il n’a pas choisi de jouer sur une quatrième course.

Le rapport du 2 sur 4 étant de 2/1, notre parieur, quand il va toucher son ticket à un guichet ou une borne, reçoit donc 80 € (soit 40 € × 2).

En conclusion... Les 1.440 € reçus avec le Report actuel sont bien plus impressionnants que les 80 € touchés avec notre "refonte". Mais, en engageant 180 € de prix d’entrée, avec le Report actuel, notre parieur touche finalement un rapport de 8/1. Tandis que dans le second cas, il touche toujours un rapport de 8/1 ! En engageant dix-huit fois moins d’argent, mon parieur a touché autant. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas été obligé de payer à l’avance de futures combinaisons perdantes.

L’inconvénient de ma méthode, c’est que là où il est engagé 180 € sur la première course, seulement 10 € sont engagés sur la même course avec le même ticket. C’est donc une perte sèche pour le PMU et la filière, puisque le ticket coûte moins cher. Néanmoins, avec cette approche, ne peut-on pas penser que le Report sera plus régulièrement utilisé par les turfistes et donc nous verrons les mises engagées sur ce jeu être nettement en hausse ? En effet, un risque de 10 € n’est pas la même chose qu’un risque de 180 €.

On pourra également me dire que j’ai (volontairement) choisi des rapports "ronds" pour mon exemple. C’est vrai. Mais à l’heure où Thomas Pesquet nous envoie des photos de la Terre depuis l’espace, le PMU ne peut-il pas engager des mises au centime près (en dessous de 1 € même) afin de coller à l’esprit de ce Report ?

L’avantage dans mon exemple où seul le premier pari est financé par le parieur est que les combinaisons souhaitées par le parieur existent bel et bien. Mais il n’a sorti de sa poche que 10 €, et c’est seulement avec ces 10 € qu’il va construire les combinaisons de ses jeux suivants. Avec le Report actuel, il doit débourser 180 € pour le même ticket.

Cent-quatre-vingts euros, c’est beaucoup trop pour la majorité des turfistes et cela explique pourquoi le pari vertical ne perce pas en France sur les courses hippiques.

Si l’on veut vraiment se persuader que le pari vertical est mort et enterré sur notre sol, continuons à proposer des formules de jeux beaucoup trop chères pour le commun des turfistes. Mais si l’on veut donner sa chance à ce type de jeu intelligent, il faut le rendre financièrement attractif.