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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Dos à dos

Institution / Ventes / 28.02.2017

Dos à dos

Par Mayeul Caire et Adeline Gombaud

Ce qu'il s’est passé ce mardi à Auteuil est encore plus grave qu’il n’y paraît. Le PMU avait réussi l’exploit, en cette période difficile, de faire progresser son chiffre d’affaires de 20 millions d’euros sur les deux premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2016. La moitié de cette avance est partie en fumée avec cette journée de grève. On estime en effet la perte brute à 10 millions d’euros. Une réunion 1 comme celle d’Auteuil, c’est 15 millions d’euros d’enjeux, et on estime à 5 millions d’euros l’effet report sur les autres réunions de la journée. Ces 10 millions d’euros d’enjeux perdus représentent 2,5 millions d’euros de produit brut des jeux, et un manque à gagner d’un million d’euros pour la filière. Qui sont les pénalisés ? Nous, les professionnels des courses. Et nous avons envie, ce mardi soir, de renvoyer dos à dos les syndicalistes et France Galop.

Pas de méprise : les "pirates"*, ce sont les syndicalistes. Coupables, dans des temps où on parle de survie, de chercher à préserver quelques avantages qui risquent de devenir rapidement dérisoires si notre monde s’écroule. Ils pêchent par égoïsme.

Mais France Galop a une nouvelle fois montré son incompétence à mener des négociations sociales. Année après année, président après président, directeur après directeur, la maison mère est incapable de se réformer socialement. Pourquoi, face à de telles lacunes, ne pas avoir fait appel à une aide extérieure, comme le font la majorité des grandes entreprises en proie à une restructuration ? Ses lacunes, France Galop les a aussi montrées dans sa gestion de crise, inexistante.

Depuis quatre jours, la menace de grève planait fortement sur cette réunion d’Auteuil. Cette crise aurait dû être anticipée, plutôt que d’adopter cette position fataliste. Des scenarios auraient pu être imaginés. C’est comme cela que l’on fait dans les grandes sociétés.

France Galop aurait pu choisir le bras de fer, en déplaçant la réunion en province, comme ce fut fait lors de l’épisode de fièvre aphteuse en 2001. Les professionnels auraient pu être (mieux) prévenus – il semblerait que tout le monde n’ait pas été logé à la même enseigne sur ce point. La communication aurait pu être encadrée : mardi, dans le rond de présentation, on pouvait tranquillement filmer les échanges entre syndicalistes et dirigeants, comme l’a fait JDG (les journalistes aussi se gèrent). À l’époque des réseaux sociaux, est-ce l’image que l’on souhaite envoyer au monde entier ?

Comme le font certains médias sportifs, nous attribuons un double carton rouge. Aux syndicalistes et à France Galop. Et ce "nous" englobe une majorité de professionnels écœurés et exaspérés. Une majorité silencieuse (pour combien de temps ?), qui demande simplement que, la prochaine fois, les syndicalistes prennent en compte l’intérêt général car un salarié de France Galop devrait être un sociopro comme un autre… et que France Galop anticipe, dans l’intérêt de la filière.

* Au sens philosophique du terme, dans la fable "Le paradoxe du pirate". Il s’agit d’un raisonnement philosophique proposé par Alain Finkielkraut : un capitaine est tué, en mer, par des pirates. Qui faut-il accuser de son meurtre ? L’armateur qui a envoyé le bateau en mer ou le pirate qui a transpercé le capitaine d’un coup d’épée. Certes, si l’armateur n’avait pas envoyé le capitaine sur les flots, il serait encore vivant. Mais le responsable de la mort du capitaine est bien le pirate qui l’a tué.