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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le film de l’annulation de la réouverture d’Auteuil

Institution / Ventes / 28.02.2017

Le film de l’annulation de la réouverture d’Auteuil

Par Christopher Galmiche

La forte rumeur s’est transformée en vérité ce mardi 28 février 2017, sur l’hippodrome d’Auteuil. Depuis plusieurs jours, la menace d’une grève d’une catégorie du personnel de France Galop enflait de plus en plus. La grève a bien eu lieu avec, dans un premier temps, le décalage des opérations, puis l’éventualité de courir certaines courses, et enfin l’annulation pure et simple de la première réunion de l’année à Auteuil. Retour en détail sur cette journée.

L’annulation semble scellée de bonne heure. Dès notre arrivée sur l’hippodrome d’Auteuil, à midi, une centaine d’employés de France Galop et les leaders syndicaux sont dans le rond de présentation avec les drapeaux des différents syndicats représentés. Le pronostic est alors défavorable pour le bon déroulement de la réunion et on parle déjà d’annulation. Délégué syndical Sud, Philippe Navarre explique : « Cela fait des mois que France Galop a engagé un plan de restructuration. Le plan proposé par France Galop est un plan social déguisé. Il y a un deal entre l’État et nos dirigeants et cela se fait sur le dos des salariés. Nous ne sommes pas conviés à ces réunions. France Galop procède au chantage en nous disant que si nous n’acceptons pas ce que l’on nous propose, ils dénonceront les conventions collectives, comme ce qui s’est passé à Maisons-Laffitte. On est en train d’essayer de nous vendre avec LeTrot et le PMU pour mettre des services en commun. Tout se passe sans concertation. Cela fait longtemps que nous avons prévenu des risques de grève. Nous avons des C.E. qui se passent mal depuis des mois. Il y en a un qui s’est extrêmement mal passé le 2 février et ils auraient pu calmer le jeu. À aucun moment, la direction n'a essayé de reprendre le dialogue avec nous. Ils nous ont demandé de venir hier, mais nous avons refusé. Un plan d’économies a été présenté, il est de 10 millions d’euros. Mais pour le moment, on nous a seulement expliqué comment des économies d'un montant de 80.000 € allaient être effectuées… Pendant six mois, nous avons essayé d’instaurer un dialogue que nos dirigeants ont refusé. Ils veulent nous supprimer les heures supplémentaires, ce qui va retirer 2.000 € à 3.000 € par an à des employés qui sont parmi les plus petits salaires de France Galop. S’il y a des économies à faire, elles concernent l’ensemble des salariés. Nous sommes ouverts à la discussion, si demain nos dirigeants nous demandent de nous asseoir à la table pour parler, nous le ferons. » Un délégué syndical propose de ne pas courir le Quinté, mais toutes les autres courses, comme à Enghien il y a un an. Mais aussi bien les employés que les autres représentants syndicaux font la sourde oreille.

L’impasse. Un peu après 12 h 30, Olivier Delloye, directeur général de France Galop, arrive en compagnie d’Henri Pouret et Jean d’Indy pour essayer d’instaurer un premier dialogue avec les leaders syndicaux et les syndiqués. Parmi les entraîneurs, Marcel Rolland, Jean-Paul Gallorini ou encore Mickaël Seror montent au créneau pour discuter avec les grévistes. « Vous avez été entendus aujourd’hui, c’est un signe fort, mais nous, nous avons besoin de courir », lâche Marcel Rolland. France Galop propose aux leaders syndicaux de s’asseoir autour d’une table dans l’un des bureaux des balances d’Auteuil. Mais en préambule aux discussions, les leaders syndicaux demandent le retrait du projet. Nous sommes dans l’impasse. Les représentants syndicaux ne viennent pas discuter avec Olivier Delloye qui les attend aux balances.

« Les entraîneurs ? Qu’ils aillent discuter avec Édouard de Rothschild. » Olivier Delloye redescend dans le rond de présentation pour parler avec les syndicalistes. Il propose de discuter du projet et de laisser la réunion se dérouler. Il est 13 h 50. Les leaders syndicaux consultent leur base : la réponse est sans appel. C’est non ! Quelques entraîneurs essaient d’inverser la donne. Un des représentants syndicaux a lancé : « Les entraîneurs sont dans des situations difficiles. » Cette remarque déclenche quelques rires parmi les syndiqués, visiblement pas au courant de la situation de nombreux professionnels… « Qu’ils aillent discuter avec Édouard de Rothschild ! » Chacun campe sur sa position et la réunion est annulée. La décision tombe officiellement à 14 h 22.

Les entraîneurs sont dès lors appelés dans l’un des bureaux des balances d’Auteuil. Ils sont une quarantaine et doivent décider du report de la réunion en concertation avec France Galop. D’autant que la menace de nouvelles grèves à Auteuil, ou plus tard à Saint-Cloud, n’est pas écartée. Dans la situation actuelle, où tout le monde doit se serrer les coudes et ne pas penser seulement à son pré carré, cette grève est un mauvais signe. Un entraîneur cantilien lance aux officiels de France Galop : « Nous en avons marre de prendre des coups. C’est toujours nous qui prenons. Nous aussi, nous allons finir par faire grève ! Il faut que vous trouviez des solutions car sinon, ça va recommencer. » De son côté, Guy Denuault nous a dit : « Pour des jeunes qui s’installent, payer le personnel et l’essence pour ne pas pouvoir courir, c’est extrêmement dur ! » Un autre professionnel de l’Ouest nous a simplement dit : « Nous sommes encore pris en otage, comme d’habitude… » Pris en otage, trois mots qui reviennent souvent dans la bouche des entraîneurs comme dans celle de Marcel Rolland : « Pour nous, c’est dramatique. Les entraîneurs sont déjà dans une situation plus que précaire. Faire ce mouvement, lors de la réouverture d’Auteuil, ça ne fera qu’empirer la situation. Ce qui est regrettable, c’est que c’est toujours nous qui sommes pris en otage dans ce genre de situation. Cet hiver, nous avons sorti nos chevaux, lorsqu’il faisait -10°C, pour pouvoir les courir. Et aujourd’hui, suite à ce mouvement dans lequel nous n’avons rien à voir, on nous empêche de courir. Je trouve ça lamentable. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’aujourd’hui, France Galop est prêt à discuter et ils refusent le dialogue… » Sur sa page Facebook, Jacques Ricou a déclaré : « Je suis désolé pour les chevaux et les hommes qui ont fait le voyage : des heures de transport pour rien ! Je pense que les chevaux n'ont pas à subir cela ! »

 

Olivier Delloye : « Si en face de nous, nous avons des interlocuteurs qui ne sont pas dans le dialogue et qui refusent toute évolution de l’organisation de France Galop, on va avoir du mal à s’en sortir. »

Présent à Auteuil, Olivier Delloye nous a livré son sentiment sur cette grève : « Je considère que nous avons fait notre travail jusqu’au bout en proposant le dialogue avec les délégués centraux, lundi avec le président, ce mardi matin avec le président, et aujourd’hui à Auteuil où nous avons accusé une fin de non-recevoir depuis deux jours. Les délégués centraux savent très bien que ma porte est ouverte et que je suis quelqu’un avec qui on peut discuter. Je suis déterminé mais ouvert à la discussion. À partir du moment où nous parlons d’un projet qui est en cours de consultation et de recueil d’avis auprès du personnel, je considère comme parfaitement disproportionné le fait de prendre en otage tous les professionnels et d’annuler une réunion de courses dans son intégralité avec tout ce que ça représente comme manque à gagner pour l’Institution. Cela représente 1,5 million d’euros de recettes nettes perdues pour les sociétés-mères. Ce sont aussi des déplacements coûteux, fatiguants, inutiles pour les personnels des écuries. J’attends encore que l’on m’explique précisément les points qui posent vraiment problème, qui inquiètent les représentants du personnel. Le projet concerne le rapprochement des trois hippodromes parisiens, mais cela concerne les fonctions supports des hippodromes parisiens. C’est-à-dire mutualiser les personnels qui s’occupent de la maintenance et de l’électricité et qu’ils interviennent sur un des trois sites au gré des besoins. Autour de cela, il y a de l’inquiétude sur l’économie de France Galop, comment faire pour retrouver l’équilibre, du mécontentement à Maisons-Laffitte du fait du remaniement des calendriers de travail pour essayer d’optimiser le nombre d’heures supplémentaires sur le site car il est extrêmement important. Nous sommes dans une logique d’économie sur le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte car il coûte 2,5 millions d’euros net par an. On entend depuis des années qu'on va le fermer, mais on ne le ferme pas ! Toutefois, pour ne pas le fermer, il faut qu’il trouve son équilibre et pour cela, il faut travailler sur les coûts. Maintenant, si en face de nous, nous avons des interlocuteurs qui ne sont pas dans le dialogue et qui refusent toute évolution de l’organisation de France Galop, on va avoir du mal à s’en sortir. »