Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Frankie Dettori, un temps pour lui

International / 26.02.2017

Frankie Dettori, un temps pour lui

Après plusieurs semaines d'interruption hivernale, Lanfranco Dettori, 46 ans, va reprendre sérieusement le travail, du côté de Newmarket et des écuries de John Gosden. Mais c’est à Doha, juste avant le coup d’envoi du Festival international de l’Emir’s Sword, que nous l’avons rencontré… À peine sorti de l’avion, autour d’un cappuccino, le jockey vedette s’est raconté.

 

 

« L’hiver, un temps pour moi »

« Aujourd’hui, je m’accorde une vraie coupure pendant l’hiver, un temps pour moi et ma famille. À vingt ans, c’est impossible : il faut aller à Hongkong, au Japon, à Dubaï… Mais à présent que j’ai 46 ans, j’en profite. Cette année, en plus, j’ai vendu ma maison à Newmarket et j’en fais construire une autre, alors je n’avais pas vraiment de raison de rester en Grande-Bretagne. J’ai beaucoup voyagé. Je suis allé voir ma mère à Milan, je suis allé skier à Noël avec toute la famille… Pour la première fois, je suis allé en Afrique du Sud pour le Met meeting et j’ai eu la chance de gagner le Cape Derby. C’était une expérience géniale. Je suis resté quelques jours de plus pour faire le touriste. Ensuite j’ai monté à Bahrein, en Arabie Saoudite… Là je suis au Qatar, puis je pars à Dubaï avec ma femme. Habituellement, je reprends le travail le 1er mars car John Gosden commence à travailler sérieusement les chevaux à ce moment-là et il veut que je sois là. Cette année, en raison de mon déplacement à Dubaï, je vais attaquer réellement le 6 mars. En Grande-Bretagne, c’est un peu différent de la France. Notre première réunion importante est celle des Craven Stakes, alors cela nous laisse six semaines pour voir quels seront nos espoirs classiques… »

 

Aucune envie d’arrêter !

« Comment je me sens ? Plus vieux ! Je dois mettre des lunettes pour lire, et mon fils aîné a passé son permis… Je dois travailler plus dur pour rester fit. Mais bizarrement, quand j’avais quarante ans, je ne pensais qu’à la retraite, et aujourd’hui, six ans plus tard, je n’ai aucune envie d’arrêter. J’aime tous les aspects de mon métier. Je suis aussi plus calme qu’auparavant, et je pense que cela me permettra de durer plus longtemps. Plus généralement, les sportifs d’aujourd’hui sont plus en forme plus longtemps, grâce aux progrès dans différents domaines, comme la nutrition, etc. Et puis il me reste des courses à gagner. En haut de ma liste, il y a la Melbourne Cup. Mais j’aimerais aussi gagner la July Cup, les Champion Stakes et le Grand Prix de Paris. »

 

Les jeunes d’aujourd’hui sont moins agressifs 

« Évidemment, je me sens plus proche des jockeys de ma génération, comme Olivier Peslier. Mais aujourd’hui, nous voyageons beaucoup, nous montons dans le monde entier et les jeunes bénéficient sans doute de cela. Je dois dire que le niveau s’est unifié. Il n’y a plus vraiment de particularités en fonction du pays d’apprentissage du jockey. En fait, dans le vestiaire, trois générations se rencontrent : ceux qui ont la vingtaine, les trentenaires, et puis nous, les quadragénaires ! Je dirais que les jeunes d’aujourd’hui sont sans doute moins agressifs, moins durs que les jockeys d’il y a une trentaine d’années. Ils ont moins de vice. Peut-être aussi à cause de toutes ces règles… »

 

Les réseaux sociaux ? Ce n’est pas de ma génération, mais je m’y mets !

« Depuis peu de temps, je suis présent sur Twitter. Je ne suis pas un grand fan des réseaux sociaux : ce n’est pas de ma génération. Moi, j’apprends encore à envoyer des textos ! Mais bon, je m’y suis mis. C’était important par rapport à mes partenaires, Al Shaqab, Ladbrokes, Investec aussi. Je m’en occupe moi-même car je veux pouvoir prendre connaissance des commentaires du public.  »

J’espère travailler longtemps avec S.E. le cheikh Joaan

« Ma collaboration avec Son Excellence le cheikh Joaan a très bien commencé et se poursuit de la même façon. L’an dernier, nous avons gagné notre premier classique avec Galileo Gold, c’était très important. Le cheikh Joaan est jeune, très ambitieux, facile d’accès. Nous nous parlons beaucoup, enfin principalement les jours de courses. Je ne vais pas monter toute ma vie, et je me dis qu’à l’avenir je pourrais peut-être jouer un rôle différent, par exemple de conseiller. Mon expérience pourrait lui être utile. J’espère en tout cas que nous travaillerons longtemps ensemble. »

 

John Gosden me connaît mieux que moi

« Ma relation avec John Gosden est difficile à expliquer avec des mots. Nous nous connaissons depuis si longtemps… J’avais tout juste vingt ans, je pense. Au début, il était comme un père pour moi. Maintenant, notre relation a évolué et je le vois plutôt comme un ami. Je crois qu’il me comprend mieux que je ne le fais moi-même ! Il lit en moi. Et s’il entraîne les chevaux, il m’entraîne aussi d’une certaine façon. C’est vraiment une joie de travailler avec lui. Nous avons des personnalités très différentes, mais peut-être est-ce pour cela que nous nous entendons si bien. J’ai commencé avec lui, je vais sûrement finir ma carrière avec lui, donc j’ai l’impression que la boucle est bouclée. »

Quand j’arriverai aux portes du Paradis…

« Je ne suis pas particulièrement inquiet pour l’avenir des courses, non. En Angleterre, c’est toujours aussi populaire, les grands meetings enregistrent toujours plus d’affluence. Pour le top-niveau, il y a une clientèle. Et en France, c’est pareil : vous avez du monde pour l’Arc, vous avez du monde l’été à Deauville. Il ne faut pas oublier une chose : la finalité de tout notre travail, que nous soyons jockeys ou entraîneurs, c’est que les gens jouent. Et je crois que les gens aimeront toujours jouer sur les courses de chevaux. Bon, quand un jour j’arriverai aux portes du Paradis, il faudra que j’explique que mon métier, c’était de faire jouer les gens. Je ne sais pas si ça passera bien, mais c’est pourtant la vérité ! »

 

Golden Horn, le meilleur 3ans

« Golden Horn est sans doute le meilleur 3ans que j’aie monté. Quand on me demande quel a été mon meilleur cheval, je le cite, lui et Dubai Millenium, mais Dubai Millenium n’est pas entré au haras à la fin de son année de 3ans, alors évidemment, il a accompli encore plus de choses. Mais chez les 3ans, oui, Golden Horn est le meilleur, et pourtant j’ai monté de très bons 3ans, comme Lammtarra. »

 

L’Arc, toujours…

« L’Arc est ma course favorite, et de loin. Je suis très ami avec Olivier Peslier, mais j’avoue que lorsqu’il a gagné son quatrième Arc, au fond de moi j’étais un peu jaloux. Quand j’étais enfant, il y avait quatre courses qui comptaient et qu’à San Siro, on ne loupait pour rien au monde : le Grand National, le Derby d’Epsom, les King George, et l’Arc. J’ai des souvenirs anciens de cette course, avec les victoires d’All Along, de Sagace…  C’était un rêve de pouvoir la monter un jour. Encore aujourd’hui, cela reste la course la plus excitante à mes yeux. L’an dernier, à Chantilly, ils ont fait du bon boulot en ce qui concerne l’organisation, et le meilleur a gagné. Mais ce n’était pas la même atmosphère qu’à Longchamp. »

 

 

L’obstacle, mais au top-niveau

« J’ai élevé un gagnant de Gr1 en obstacle. Bon, je ne l’avais pas élevé dans le but qu’il coure en obstacle, hein ! Dodging Bullets est un fils de Dubawi et d’une fille de la championne Northern Trick, alors évidemment, je pensais élever un gagnant de Derby. Bon, il a gagné un Gr1 en obstacle, c’est super. J’aime l’obstacle à haut niveau, et je pense que j’irai cette année à Cheltenham. J’ai monté une fois en obstacle, en haies. Mais je suis trop poule mouillée pour le faire plus souvent, comme Christophe Soumillon par exemple ! Quant à l’élevage, je me suis un peu lassé et j’ai vendu les deux poulinières que j’avais. Mais avec la maison que je fais construire, je me dis que j’en rachèterai peut-être… »

La décharge pour les femmes : attendre avant de juger

« J’ai croisé Josephine Gordon en allant faire le plein de ma voiture il y a quelques jours. Je lui ai parlé de la décharge pour les femmes que la France vient de mettre en place et elle est devenue comme folle ! Je lui ai dit : "Écoute, moi, si on me donne une décharge de deux kilos, j’accepte de suite ! " Avant de juger, il faut attendre un peu et voir les résultats de cette mesure. Si cela permet à plus de femmes de monter, c’est très bien. Je n’ai pas les chiffres, mais à mon avis, en Angleterre, seulement 3 % des filles qui travaillent dans les écuries montent en course… Deux kilos, c’est un énorme avantage, surtout pour une fille comme Josephine Gordon, qui est aussi bonne qu’un homme ! »