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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

L’Afrique du Sud à la conquête du monde

Courses - International / 03.02.2017

L’Afrique du Sud à la conquête du monde

L’Afrique du Sud à la conquête du monde

L’Afrique du Sud est l’une des dernières grandes nations hippiques à ne pas réellement prendre part à l’économie globalisée de la filière hippique. La faute à des restrictions sanitaires qui rendent toute sortie du pays difficile. En attendant la simplification des conditions d’exportation, les acteurs locaux tentent de trouver des solutions pour internationaliser un élevage local aux nombreux atouts.

À la fin de la saison de courses au Cap, les vedettes locales comme Legal Eagle (Greys Inn), Marinaresco (Silvano), Rabada (Brave Tin Soldier) et Silver Mountain (Silvano) vont quitter leur pays de naissance. Ils ont pour ambition de prendre part aux épreuves sur gazon de la Breeders’ Cup. Derek Brugman, l’instigateur du projet, a déclaré à la presse locale : « L’idée est de remplir un avion avec quinze de nos meilleurs chevaux (…) Ils vont dans un premier temps effectuer la partie sud-africaine de leur quarantaine, environ une quinzaine de jours. Les chevaux s’envoleront ensuite vers New York à la fin du mois de février. Sur place, leur quarantaine débutera en mars pour une durée de deux mois. » Ce n’est pas une première pour les sud-africains. Par exemple Horse Chestnut (Fort Wood) avait gagné en 1999 un Gr3 à Gulfstream. Entrainé par Mike de Kock, il est ensuite devenu un héros national. Horse Chestnut a aussi effectué quelques saisons de monte au Kentucky avant de retourner dans son pays natal.

L’objectif est clair : il s’agit de vendre des sujets d’âge pour les épreuves sur gazon aux États-Unis, ces derniers étant beaucoup moins chers que les européens. À ce sujet, David Redvers s’est récemment exprimé dans les colonnes du TDN : « Il est certain que les meilleurs chevaux de courses sud-africains pourraient être compétitifs dans le monde entier. Ils sont durs et sains. » Mike de Kock, entraîneur installé en Afrique du Sud, avait expliqué dans une interview avant la Dubai World Cup 2014 : « Le chiffre d’affaires qui correspond à l’exportation de nos chevaux est de l’ordre de 200 millions de Rands [13,86 millions d’euros, NDLR]… c’est-à-dire des miettes par rapport à ce qu’il pourrait être si on levait les barrières sanitaires ! »

Raccourcir le délai de quarantaine en changeant de route. En allant vers les États-Unis, les Sud-Africains ne veulent pas seulement se créer de nouveaux débouchés. C’est aussi une infidélité à la route traditionnelle pour sortir du pays. Jusqu’à présent, les locaux visaient surtout le meeting de Meydan en passant par l’île Maurice puis l’Angleterre, soit autant de périodes de confinements qui se succédaient. En cumulant les différentes étapes, un galopeur en provenance d’Afrique du Sud passe donc près de six mois de quarantaine repartis en quatre étapes : Johannesburg, l’Ile Maurice, l’Angleterre et sur place aux Émirats. La période la plus délicate est certainement celle de confinement sur l’île Maurice. Xavier Bozo, qui a longtemps travaillé en Afrique du Sud, nous a expliqué : « Les chevaux sont convoyés par la route jusqu’à l’un des deux centres de quarantaine de l’île. Le seul terrain d’entraînement dont ils profitent pendant trois mois n’est autre qu’une piste plus faite de cailloux que de sable. Ils ont néanmoins l’autorisation d’aller sur la plage — mais avant 6 heures du matin — pour quelques galops de chasse. »

L’Écurie des Monceaux investit en Afrique du Sud. L’Écurie des Monceaux a plusieurs chevaux à l’entraînement en Afrique du Sud : une pouliche de 2ans par Captain Al et deux yearlings par Var et Duke of Marmalade. Henri Bozo, le directeur, nous a expliqué : « Par le passé, j’ai travaillé pendant sept mois à Highlands Farm et j’avais été impressionné par l’élevage et la filière de ce pays. Nous souhaitons participer à l’activité locale, voir comment les choses se passent sur place, comprendre leur fonctionnement, et s’il s’avère que l’une des pouliches sur place est gagnante de Groupe, alors nous réfléchirons à la ramener ici. Les pedigrees sont intéressants, surtout sur les milers et les chevaux de vitesse. En 2016, nous avions acheté un cheval en association avec Chris O’Reilly et le haras de Saint Pair. Nous avons réitéré ces achats en association cette année aussi. C’est un pays qui se donne beaucoup de mal. Ils organisent des courses réservées aux chevaux issus des Cape Thoroughbred Sales. Je trouve que c’est quelque chose de très positif. Markus Jooste et ses associés ont su générer beaucoup de dynamisme. Je voulais leur montrer que nous nous intéressions autant à eux qu’ils s’intéressent à l’Europe. Je mise beaucoup sur le fait que le pays va s’ouvrir. Ils travaillent sur l’amélioration de leur système d’exportation, notamment via les États-Unis, dans un premier temps. Nous avons de bons clients en Afrique du Sud, c’est donc essentiel de leur montrer notre intérêt et notre soutien. » La famille Niarchos est également présente en Afrique du Sud. En effet, elle a acheté plusieurs poulinières en Afrique du Sud pour soutenir des étalons élevés par la famille là-bas.

Une ouverture vitale. La filière locale a de nombreux atouts, mais elle souffre néanmoins de son isolement. Si la route des États-Unis va peut-être un peu améliorer la situation, les acteurs locaux voudraient à terme aller beaucoup plus loin. Un allégement – voire la levée – des restrictions sanitaires permettrait de vendre à l’étranger beaucoup plus de chevaux à l’entraînement, mais aussi, et surtout des chevaux d’élevage, et pourquoi pas de permettre à des étalons de faire le shuttle avec l’hémisphère nord. Xavier Bozo expliquait, à l’occasion d’une tribune publiée le 13 septembre 2016 dans nos colonnes : « Ces échanges contribueraient à préserver la qualité de l’élevage sud-africain, car cette forme d’embargo est extrêmement pénalisante. De plus, ils permettraient, dans des conditions normales de temps et de coûts, à de nombreux éleveurs de l’hémisphère nord d’importer des souches sud-africaines. Les pouliches sortant de l’entraînement, gagnantes de Gr1, 2 et 3 sont disponibles à des tarifs exceptionnels, compte tenu de la relative faiblesse du Rand. Au-delà du temps nécessaire pour faire sortir un cheval du pays, il y a aussi une contrainte de coût. Actuellement il faut compter environ 50.000 € pour envoyer un cheval d’Afrique du Sud vers l’Europe. Par ailleurs, la qualité des chevaux sud-africains n’est plus à démontrer et la réussite d’un entraîneur comme Mike de Kock au niveau international, en dépit de toutes ces contraintes, est remarquable. Les Sud-Africains — entre autres l’entité Mayfair Speculators de Markus Jooste ou encore Mary Slack — ont investi à grande échelle en Europe ces dernières années et particulièrement à Deauville. Il serait donc fair-play de leur donner un "bon coup de main" dont ils ont vraiment besoin ! »

Pourquoi est-il si difficile de sortir d’Afrique du Sud ? Le protocole a été établi en 1992 lors de l’organisation des Jeux olympiques de Barcelone. Ces restrictions ont été mises en place pour lutter contre la propagation de l’African Horse Sickness. Cette maladie virale transmissible touche les équidés. Elle est véhiculée par des mouches du type Culicoides. Or ces insectes ne sont présents que dans les pays subsahariens. La maladie atteint les fonctions respiratoires et circulatoires du cheval avec des conséquences, dans la plupart des cas, irréversibles. L’Afrique du Sud exerce actuellement une pression sur l’Irlande, l’Angleterre et la France. Plusieurs éléments plaident en la faveur de l’étude d’un processus d’ouverture. Mais il faudrait par ailleurs lancer une réforme complète du service vétérinaire local et améliorer les vaccins disponibles.

LES EXPORTATIONS À PARTIR DE L’AFRIQUE DU SUD

Du 01/08/2015 et le 31/07/2016. En nombre de chevaux

Pays 2014/2015 2015/2016

Kenya 15 17

Hong Kong 0 1

Dubaï 0 10

Grande-Bretagne 0 8

Australie 1 0

France 0 1

États-Unis 0 2

Kazakhstan 0 1

Brésil 0 1

Arabie Saoudite 1 0

TOTAL 17 41

Des ventes de plus en plus internationales. Les acheteurs internationaux sont de plus en plus présents aux Cape Thoroughbred Sales. Comme le haras des Monceaux, Louis le Metayer, Tina Rau ou encore Lester Piggot. En 2016, la Cape Premier Yearling Sale a enregistré de nouveaux records. Trente-deux poulains ont même dépassé le million de rands, soit l’équivalent de 70.000 €. Cette année le catalogue présentait des produits de Frankel, attraction de la vente, mais aussi des produits d’étalons européens expatriés comme Duke of Marmalade (Danzig), avec 19 produits, Oratorio (Danehill), avec 10 yearlings, et Silvano (Lomitas), le père du top price de l’an dernier, avec 19 lots à son actif. D’autres étalons très populaires comme Var (Forest Wildcat) et Captain Al (Al Mufti), étaient aussi bien représentés avec 24 et 22 poulains. Lors de cette édition 2017 de la Cape Premier Yearling Sale, le top price a été atteint par Coolmore qui a acheté un mâle de Trippi et Demanding Lady (Dynasty) pour 6.000.000 rands. Captain Al, autre étalon local a dépassé les 4.000.000 rands avec deux poulains vendus pour 4.500.000 rands, l’un à Bernard Marais, l’autre à David Redvers Bloodstock. Le China Horse Club était également très actif cette année en portant notamment les enchères jusqu’à 3.750.000 rands pour un mâle de Captain Al. Peter and Ross Doyle étaient également présents.

LE PRIX DE SAILLIE DES TOPS ÉTALONS SUD-AFRICAINS

Nom Origines Prix de saillie (Rand)

Captain Al Al Mufti & Off to War (par Complete Warrior) 250.000 (17.322 €)

Trippi End Sweep & Jealous Appeal (par Valid Appeal) 250.000 (17.322 €)

Dynasty Fort Wood & Blake’s Affair (par Commodore Blake) 250.000 (17.322 €)

Silvano Lomitas & Spirit Eagles (par Beau’s Eagle) 250.000 (17.322 €)

Var Forest Wildcat & Loma Preata (par Zilzal) 150.000 (10.393 €)

Des courants de sangs différents. La filière locale est forte de 3.000 naissances par an. Les éleveurs sont obligés de produire en circuit fermé : il est très difficile de refaire sortir du pays un étalon ou une poulinière. L’Afrique du Sud n’a donc pas pu bénéficier d’étalons qui officient dans les deux hémisphères. On y trouve souvent des courants différents de ceux qui sont les plus présents dans en Europe. C’est ainsi que l’étalon tête de liste en 2015-2016 est l’américain Trippi (End Sweep). L’allemand Silvano (Lomitas) est deuxième. Après deux saisons chez la Gestüt Fährhof, il a changé de continent et officie désormais à Main Chance Farm, l’antenne sud-africaine d’Andreas Jacobs. Silvano a prouvé qu’il était capable de produire des chevaux au niveau international, comme Bold Silvano et Vercingetorix. En 2009, il a effectué un bref retour en Allemagne dont est issu Lucky Speed, un gagnant du Derby Allemand. Le troisième, Captain Al (Al Mufti), champion en 2014-2015, est un produit 100 % sud-africain. En quatrième position on retrouve un autre produit local, Dynasty, par Fort Wood, qui a été champion sire à plusieurs reprises. Dans un contexte d’homogénéisation des pedigrees sur le gazon au niveau mondial, il est de plus en plus difficile de trouver des courants de sangs différents. Or l’élevage sud-africain peut justement faire valoir cette différence (en plus de prix relativement bas), comme l’a fait l’Allemagne il y a quelques années.

LES ALLOCATIONS EN AFRIQUE DU SUD

Type de course Allocations

Maiden (2ans) 80.000 R (5.543 €)

Listed 150.000 R (10.393 €)

Gr3 250.000 R (17.322 €)

Gr1 1.000.000 R (69.300 €)