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Jour de Galop

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L'État est satisfait de l'ouverture du marché des jeux en ligne

Institution / Ventes / 07.02.2017

L'État est satisfait de l'ouverture du marché des jeux en ligne

Par Adrien Cugnasse

Ce mercredi, l’Assemblée Nationale organise une réunion du comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques, sur le thème "évaluation de la régulation des jeux d'argent et de hasard". Et il semblerait que la puissance publique, ou du moins son représentant sur le marché des jeux en ligne, soit satisfaite de la situation actuelle. En effet, le 2 février 2017, l’Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne) explique : « Les trois principaux indicateurs sont au vert (…) : 8,4 milliards d'euros de mises et de droits d’entrée, soit une augmentation de 6 % qui s’explique en partie par l’augmentation de 11 % du nombre de comptes joueurs actifs par semaine et 813 M€ de produit brut des jeux, soit une augmentation de 8 %

…. et les prélèvements obligatoires aussi : 389 M€ soit 14 % d’augmentation pour les finances publiques par rapport à l’année 2015. Cette situation est d’autant plus satisfaisante que les niveaux des mises trimestrielles par joueur pour chacun des trois segments de jeux restent stables et sur des montants qui témoignent d’une pratique majoritairement récréative. »

 

Une situation qui pénalise l’ensemble des acteurs du marché des jeux en ligne.  Alors que les paris hippiques en ligne et le poker sont en décroissance et que les casinos décrochent, l’Arjel affiche donc sa satisfaction de voir les prélèvements au profit de l’État croître. Quid des emplois ? De l’aménagement du territoire ? Où est l’autorité ? Où est la régulation ?

Au-delà de la filière hippique et de l’opérateur historique (le PMU), c’est l’ensemble des entreprises enregistrant des paris qui est menacé. En effet, le sportif est beaucoup moins profitable que l’hippique. Et si la baisse des enjeux venait à affecter la filière hippique elle-même, c’est aussi l’ensemble des opérateurs agréés, puis l’État, qui pâtiraient d’une dégradation violente du système. Jean-Pierre Martignon-Hutin, sociologue et président fondateur de l'Observatoire des jeux, a dit dans une tribune publiée par Les Échos le 31 décembre : « L’hypocrisie actuelle apparaît donc contre-productive, nonobstant les conflits d’intérêts entre Bercy, la FDJ et la doxa du jeu pathologique. Cette politique ambiguë gêne bien entendu les opérateurs. Les casinotiers ont perdu 24 % de leur volume d’affaires en sept ans. Seule la FDJ en profite, mais pour combien de temps ? L’opérateur historique a perdu 1,6 million de joueurs en six ans. »

« Les monopoles permettent de ne pas penser qu’à faire de l’argent » Peter Thiel, cofondateur de Paypal, fut l’un des premiers investisseurs à croire en Facebook, Spotify, Airbnb, SpaceX, Lyft, Palantir… Ancien champion en herbe du jeu d’échec, il fut également l’un des premiers à parier sur l’élection de Donald Trump. Dans son ouvrage Zero to One, il explique : « Les monopoles permettent de ne pas penser qu’à faire de l’argent. Les situations de non-monopole ne le permettent pas. » Lorsqu’un monopole émerge, comme ce fut le cas du PMU, c’est l’ensemble de l’écosystème qui est bénéficiaire. Dans une situation non monopolistique, lorsque le marché se dégrade, la première réaction des acteurs est de couper dans les dépenses non essentielles à court terme comme la recherche et le développement ou les activités annexes (investissement sociaux…). La fin du monopole du PMU semble donner raison à Peter Thiel. Les missions autres que la prise de paris sont incertaines à long terme chez les opérateurs (financement de la filière, recherche et développement, dont création de nouveaux jeux, etc.).