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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Il n’est jamais trop tard pour regarder la réalité en face

Institution / Ventes / 21.02.2017

Il n’est jamais trop tard pour regarder la réalité en face

Par Mayeul Caire, Directeur de Jour de Galop

mc@jourdegalop.com

En 2008, le PMU – alors dirigé par Bertrand Bélinguier – dépassait la Française des Jeux (FDJ) en chiffre d’affaires. En 2016, l’écart est de quatre milliards d’euros… en faveur de la FDJ. Comment en est-on arrivé là ?

Il y a des faits objectifs qui ont pénalisé le PMU : la T.V.A., l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le plafond de cash, la lutte anti-blanchiment, l’ouverture du marché des jeux en ligne, etc. Au passage, on oublie que certaines de ces mesures ont aussi touché la FDJ. Et en aucun cas, ces différents facteurs ne suffisent à expliquer quatre milliards d’écart.

PMU-FDJ, le chassé-croisé

Une seule fois, dans l’histoire récente, le PMU a été devant la FDJ : c’était en 2008. Depuis, elle a repris son sceptre et l’écart ne cesse de se creuser entre elle et nous.

Mais au-delà ? Sur le fond ? Au début des années 2000, la FDJ était LE concurrent du PMU. Celui que l’on surveillait, que l’on contrait, que l’on n’hésitait pas à attaquer frontalement… et qui répliquait ! Je n’ai personnellement pas oublié que l’explosion de l’offre (multiplication des courses PMU quotidiennes) avait, à l’époque, été justifié par la nécessité de lutter contre le Rapido. Et de fait, le PMU avait vu juste, puisque ce combat a été couronné de succès.

Mais aujourd’hui ? Pourquoi cet esprit de compétition avec la FDJ semble-t-il s’être évaporé au profit du recours systématique aux pouvoirs publics ? Impossible de le dire, mais on en connaît le résultat : quatre milliards qui signent une défaite en rase campagne.

En appeler à l’État pour rétablir l’équilibre, c’est avouer sa capitulation, son échec. C’est également absurde pour deux raisons : d’abord, l’État n’a plus d’argent ; ensuite, la FDJ génère plus de recettes que les courses et est donc plus attrayante pour l’État. On pourrait y ajouter une troisième raison : pendant cinq ans, certains dirigeants des courses se sont complus dans une tension permanente avec le pouvoir en place. Devons-nous nous étonner de recevoir aujourd’hui notre propre boomerang en pleine figure ? Sans parler du vieux lobbying "à la papa", qui consiste à faire passer des amendements au Sénat qui n’ont pas la moindre chance d’être votés, ou de continuer à choisir ses porte-parole parmi les plus isolés de nos élus.

Tout le monde sait que le PMU a, en réalité, voulu continuer à affronter la FDJ. D’abord sur le web, et avec succès, en devenant, dans les premiers temps, le deuxième opérateur sur le pari sportif et le quatrième sur le poker, avec un vrai retour financier pour les courses et une capacité à séduire de nouveaux joueurs, là où la FDJ échouait (moins de 10 % de part de marché dans le pari sportif online, et inexistante dans le poker).

Mais le PMU a clairement été bloqué dans sa stratégie anti-FDJ ! Pas par l’État, mais par ses propres actionnaires, France Galop et le Trot. L’objectif de Philippe Germond et de ses équipes était d’attirer les parieurs sportifs avec de nouveaux types de jeux faciles à comprendre pour ces prospects parieurs. Ainsi, il a soumis à ses deux actionnaires une forme de 1N2, une forme de paris-duels entre chevaux et la même formule sur les jockeys. Les sociétés-mères ont repoussé ces projets à plusieurs reprises. Aujourd’hui, ces paris sont toujours dans les cartons. Philippe Germond, excédé par ces multiples entraves, a préféré partir. Il est facile de taper sur le PMU et de dire qu’il doit rénover ses produits en les simplifiant pour attirer un nouveau public, comme l’a encore déclaré la sénatrice Loisier dans "Equidia Turf Club" lundi. Mais ce sont bien le Trot et le Galop qui ont rejeté la plupart de ces innovations qui avaient pour but de capter les clients de la FDJ dans le réseau en dur que le PMU et la FDJ partagent en large part.

Ne nous étonnons pas de voir la FDJ tenter de pousser plus loin son avantage. Quoi de plus logique, pour la FDJ, que de vouloir lancer le live betting en points de vente, alors qu’il existe déjà sur le web et sur pmu.fr ! On peut aussi comprendre que la FDJ cherche à gagner des parts de marché quand on sait que le PMU a plusieurs fois essayé de convaincre l’État de lui vendre l’activité "paris sportifs"… de la FDJ ! Eh oui, quand on énerve un concurrent, il peut se rebiffer, et même violemment.

Tout ceci pour dire que nous devons compter sur nos propres forces et avancer de conserve, plus vite et frontalement, sans attendre l’hypothétique aumône de l’État.

Parmi les dossiers prioritaires, il y aussi le tracking, serpent de mer de l’Institution. Il a une nouvelle fois été testé au cours des dernières années (dans des conditions d’impréparation totale) et on nous annonce son lancement imminent tous les six mois. Des sources proches du dossier expliquent cette lenteur par les exigences des sociétés de courses et par des pollutions plus politiques qu’hippiques. Mais peut-on continuer à vivre sans tracking, au moment où l’export explose et alors que la Française des Jeux vient de se lancer sur le sujet ? Autre dossier à faire avancer d’urgence : celui du marketing commun des courses (MCC). Lancé par le trio Bélinguier-Bellaigue-Germond et annoncé comme la priorité des priorités, il semble aujourd’hui à moitié en cale-sèche. Ce n’est pas la faute de ses équipes, qui travaillent avec ardeur et en commun, mais bien plus du manque de moyens. Selon nos informations, les équipes du MCC avaient demandé 18 millions d’euros pour que ce projet soit efficace, avec force arguments. On leur en a octroyé seulement la moitié, dont une large partie absorbée par TF1.

L’option TF1 est d’ailleurs symbolique des choix des sociétés-mères : cette décision a été prise contre l’avis de beaucoup, jusque dans l’Institution elle-même. Ceux qui connaissent le sujet avaient plaidé en faveur de l’offre faite par Canal+ puis par RMC/SFR. Mais c’est le groupe TF1 qui a hérité des courses – et reçoit un chèque annuel de 6 millions de l’Institution à ce titre. Alors, c’est vrai, cela fait joli sur le papier. Mais quand on voit comment TF1 a traité l’Arc ou le Prix d’Amérique (pas de journaliste sur place, ce qui est unique dans l’histoire des retransmissions sportives, deux minutes pour l’avant-course, zéro pour l’après-course), on est en droit de douter. Et quand on l’analyse d’un point de vue marketing, le choix de LCI (une chaîne d’information) et de TF1 (qui a délaissé tous les sports, mis à part l’équipe de France de football, et a vendu Eurosport aux Américains) est-il le bon ? Quand on cherche à concurrencer la FDJ, ne devrait-on pas plutôt cibler les amateurs de sports qui parient ? Or ces amateurs regardent Canal+, BeIn ou SFR Sports et écoutent RMC.

Affrontons la FDJ sur son terrain. Si nous voulons combattre fermement la FDJ, soyons cohérents et ayons une approche globale, logique et centrée sur cet adversaire redoutable. Arrêtons de pleurer dans les jupons de l’État, de tergiverser dans la décision et allons l’affronter sur son terrain. C’est aux sociétés-mères de donner le "la" ! Si l’État apporte un coup de mains après les élections, ce ne sera que du bonus.