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TRIBUNE LIBRE - Décharge pour les femmes : une décision incomplète

Autres informations / 07.02.2017

TRIBUNE LIBRE - Décharge pour les femmes : une décision incomplète

 

Par Annie Michel, présidente de l’Association des propriétaires de l’Île-de-France, du Nord et de la Haute-Normandie

et Alain Kuntzmann, membre du bureau de l’Association nationale des yurfistes

« Le communiqué était laconique : « Les femmes bénéficieront d’une décharge de deux kilos dans toutes les courses où elles monteront avec les hommes, que ce soit chez les amateurs ou chez les professionnels, en plat comme en obstacle. »

Même l’annonce du dédoublement d’un petit handicap aurait été mieux médiatisée. À défaut d’un manque de conscience de l’importance de la décision, France Galop a initialement surtout fait preuve d’une absence de sens marketing. Donner aux femmes une vraie place dans les pelotons est une histoire ancienne. Ces derniers temps, des voix, celle d’Annie Michel, présidente de l’Association des propriétaires d’Île-de-France et cosignataire de ce texte, ou celle d’Éric Blaisse au nom de l’Association Nationale des Turfistes, se sont fait conjointement entendre pour réactiver le dossier. Il est intéressant de noter qu'en l'occurrence, lorsque ces deux piliers de l’Institution que sont les propriétaires et les turfistes mettent en avant des idées et des intérêts communs, leur synergie peut déclencher certaines évolutions positives pour le monde des courses

Où sont les femmes dans les courses d’apprentis ? La morphologie, les qualités mentales, la relation avec le cheval, et la capacité à prendre la bonne décision au bon moment ne sont pas un obstacle pour les femmes. Est-ce alors leur force physique inférieure à celle des hommes qui explique leur faible proportion dans les pelotons ? En partie sans doute, mais une autre explication est latente : l’absence récurrente de femmes dans le cursus traditionnel pour devenir jockey, à savoir apprenti, jeune jockey, jockey. On ne voit en effet quasiment jamais d’apprentie ni de femme jeune jockey dans les courses réservées à ces catégories. Or, elles représentent près des deux tiers des effectifs des écoles de jockeys gérées par l’Afasec. Donc beaucoup de jeunes filles de moins de 18 ans en formation professionnelle, ayant le statut d'apprenties et de moins de 25 ans ayant le statut de jeune jockey… que l’on ne voit quasiment jamais dans les courses qui leur sont réservées.

Dans ce dossier, deux avis font l’unanimité :

- pour progresser il faut beaucoup monter,

- pour beaucoup monter il faut avoir la confiance des propriétaires et des entraîneurs.

Un troisième est plus discuté : le manque de force physique des femmes par rapport aux hommes serait un vrai handicap.

Conséquence de ces différents avis, France Galop a pris la décision d’accorder une décharge aux femmes avec l’espoir d’en voir un plus grand nombre monter dans les courses ouvertes aux jockeys. Mais aussi avec le risque inhérent à l’hétérogénéité actuelle des compétences et du manque d’expérience de la plupart de ces femmes jockeys ou de ces cavalières.

Acquérir expérience et compétence. Cette décision paraît alors incomplète. Pour que des femmes jockeys s’imposent parmi les hommes, il est indispensable qu’elles montent  régulièrement en tant qu’apprenties, puis jeunes jockeys. Il leur faut acquérir progressivement expérience et compétence. Si des apprenties puis des jeunes jockeys femmes émergeaient dans ces catégories et obtenaient des victoires (au mieux les 69 pour devenir jockey à partir de 18 ans), sans aucun doute feraient-elles carrière tout comme un homme. Mettre en place avec les entraîneurs un schéma pour faire monter régulièrement des apprenties et des jeunes jockeys femmes assurerait progressivement dans le temps l'arrivée de vraies femmes jockeys. Et serait un gage de réussite pour leur pérennité sur les champs de courses.

Or, avec la réforme actuelle, dans les courses où une décharge de 2,5 kilos pour les apprenti(e)s ou jeunes jockeys ayant moins de 40 victoires s’applique, le différentiel entre homme et femme n’est plus que d’1 kilo. La décharge maximale pour un homme (s’il monte pour son maître d’apprentissage) est de 3,5 kilos. Pour une femme, alors qu’elle devrait atteindre 5,5 kilos (3,5 kilos plus 2 de décharge pour "sexe"), elle sera limitée à 4,5 kilos.

Dès lors, comme l’avait suggéré Annie Michel, trois décisions complémentaires s’imposent :

1 - Réserver, au moins pendant quelques années, des courses aux apprenties et aux jeunes jockeys femmes (dans le même temps, avec l’officialisation de la décharge de 2 kg, il faudra logiquement faire évoluer le concept des courses réservées aux femmes jockeys). Cette création devrait être appuyée d’une communication spécifique vers les propriétaires et les entraîneurs pour les encourager à donner leur confiance aux jeunes filles apprenties ou aux jeunes jockeys femmes. Car cette confiance est la clé de tout, et nul doute qu’une fois installée, elle serait maintenue lors de leur passage dans les rangs des jockeys.

2- Créer un challenge annuel sur les autres courses d’apprenti(e)s et de jeunes jockeys (hommes et femmes), offrant aux mieux classés (à parité filles/garçons) un voyage lors d’un grand meeting à l’étranger, favoriserait également un rééquilibrage hommes/femmes dans ces courses. Un tel challenge aurait le mérite de vivre toute l’année, donc bon vecteur d’animation interne, et de créer l’événement lors du déplacement à l’étranger, donc bon vecteur de communication vers les médias.

3- Créer une Association des femmes jockeys, ayant pour mission de faciliter la promotion et l’intégration des femmes dans cette profession.

Il serait dommage de rester au milieu du gué. Espérons que les dirigeants de France Galop feront les derniers pas pour le franchir définitivement.. »