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Jour de Galop

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TRIBUNE LIBRE - Propos d’un généticien sur le programme

Courses / 26.02.2017

TRIBUNE LIBRE - Propos d’un généticien sur le programme

 

Par Hubert de Rochambeau

 

« Ces dernières semaines, plusieurs articles publiés dans Jour de Galop ont abordé les questions des handicaps et des courses de stayers. Ces différentes prises de position me conduisent à formuler le point de vue d’un généticien sur le programme. Je rappellerai pour commencer que le but du programme établi par France Galop est de sélectionner le pur-sang anglais. Le but ne doit pas être de maximiser les enjeux, même si c’est un élément important pour l’équilibre économique de la filière. Jusqu’au début du XXe siècle, le pur-sang anglais était la race amélioratrice de toutes les autres races chevalines. Elle servait notamment à produire des chevaux pour l’armée. Même si l’utilisation du pur-sang anglais comme race amélioratrice a beaucoup évolué, l’objectif reste le même : gagner le Derby d’Epsom, au début du mois de juin, sur la distance d’un mile et demi (2.400 m). Cet objectif combine vitesse, tenue et précocité. Le programme doit préparer les chevaux à cette épreuve, avec un programme pour les 2ans qui permet de sélectionner la précocité.

Pour garder un bon équilibre entre vitesse et tenue, le programme propose une large gamme de distance : des courses de vitesse sur un mile (1.600m) et des courses de tenue sur 2 miles (3.200m). J’ai appris avec stupéfaction en lisant The Blood Horse la semaine dernière, que sur les 41.736 courses organisées aux USA, seulement 110 l’étaient sur une distance supérieure ou égale à un mile et demi (2.400m). Ceci explique pourquoi les champions américains ont tant de mal à parcourir les deux derniers furlongs des Belmont Stakes.

Pour l’Europe, nous devons garder des épreuves de Groupe sur des distances supérieures ou égales à deux miles. Et il faut le faire même si le rating est plus faible que sur des distances plus courtes. Il importe aussi de bien doter ces épreuves pour qu’elles soient attractives.

Il faudrait enfin que les éleveurs cessent de dénigrer les étalons qui ont gagné sur plus d’un mile et demi. N’utiliser les gagnants des courses de tenue que pour produire des chevaux d’obstacle est une stupidité. Le succès de l’élevage allemand le montre clairement et, demain, nous irons chercher des origines de tenue au Japon où les futurs étalons n’hésitent pas à courir sur 3.000 m ! J’espère malgré tout que les excellents stayers saillissent quelques bonnes juments de plat.

J’ai par ailleurs l’intuition que la distance d’un mile et quart (2.000m) est une fausse distance de sélection. Un étalon qui n’a des performances que sur cette distance n’avait pas assez de vitesse pour gagner sur un mile et pas assez de tenue pour gagner sur un mile et demi. Le Jockey Club doit donc revenir sur un mile et demi avec le rétablissement du Lupin pour servir de palier entre le mile de la Poule d’Essai et le Jockey Club. La vraie question est de savoir s'il faut le replacer le premier dimanche de juin, ou le décaler au 14 juillet. La première solution sollicite plus la précocité des 3ans, la seconde laisse plus de temps pour dérouler le programme. Retarder les Poules d’Essai laisse à chacun le temps de se préparer et d’éviter les terrains lourds ou souples. Par contre, à la mi-juillet, le terrain peut être trop sec …

Le but du programme est ensuite de permettre aux meilleurs chevaux de gagner plus que les moins bons. Cette observation est une lapalissade mais les handicaps reposent sur le principe inverse. Pour le généticien, il importe de réduire au strict minimum les handicaps et de les remplacer par des courses rassemblant des chevaux de même niveau comme l’ont proposé Jean-Claude Rouget ou David Powell. Il faudrait ensuite vérifier par une étude sérieuse que ce type de courses n’intéresse pas plus les parieurs qu’un handicap avec le même nombre de partants.

Rassembler dans une même course des chevaux ayant des gains proches présente un autre avantage. Cela multiplie les lignes à l’intérieur de ce groupe, ce qui permet de mieux estimer la "valeur handicap" de chaque cheval. Cette valeur reste le meilleur estimateur de la valeur génétique d’un cheval. Elle est plus précise que les gains et les acheteurs devraient exiger qu’elle figure sur tous les catalogues de vente. Il faudra donc que France Galop continue à les publier, même si ces valeurs ne serviront que rarement pour des courses à handicap.

Il est néanmoins utile de conserver quelques "gros" handicaps, à l’image de ce qui existe en Grande-Bretagne avec les "Heritage Handicaps", comme l’a bien montré Jocelyn de Moubray. Organiser une filière de ce type serait un très bon vecteur de communication pour les sociétés de sourses. Ces gros handicaps sont par ailleurs l’antichambre des courses de Groupe, notamment pour les chevaux de tenue ! »