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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La Française des Jeux veut achever les paris hippiques

Institution / Ventes / 04.03.2017

La Française des Jeux veut achever les paris hippiques

Par Adrien Cugnasse

Madame Stéphane Pallez, PDG de la Française des Jeux, s’est exprimée dans les colonnes du quotidien Le Monde au début du mois de février pour annoncer la mise en place d’un test de prise de paris en direct sur le sport dans des points de ventes de la FDJ. Ce type de paris, appelé "live betting", connaît un grand succès sur Internet. Si cette expérimentation aboutit, les paris sportifs et la FDJ seront encore renforcés au détriment du PMU et des paris hippiques. Un grand danger plane donc sur notre univers…

Et la loi, on s’en f… ? La loi du 12 mai 2010 est pourtant censée obliger les pouvoirs publics à veiller au développement équilibré et équitable des différentes catégories de jeux. Jacques Myard, maire de Maisons-Laffitte et président du Groupe cheval à l’Assemblée nationale, a récemment publié un rapport avec son collègue Régis Juanico, soulignant les dangers d’une politique commerciale agressive de la FDJ. L’élu explique : « Le lancement de paris directs est de nature à poursuivre la cannibalisation constatée des paris hippiques par les paris sportifs en dur qui s’est traduite par un effet de ciseau entre les deux types de paris : près d’un milliard d’euros depuis 2010 s’est déplacé des paris hippiques vers les paris sportifs. De nouveaux transferts d’enjeux sont à redouter dans les points de vente partagés entre le PMU et la FDJ qui obtient là un avantage comparatif décisif : rappelons que le pari en direct est exclu pour les paris hippiques, car le pari hippique est un pari mutuel, fondé sur l’égalité entre les joueurs, et non un pari à la cote. Les pouvoirs publics ne peuvent faire l’impasse sur l’impact d’une telle expérimentation, tant au regard du respect de la concurrence, de l’intégrité des opérations de jeux que du pouvoir addictogène de ces paris événementiels. » Jacques Myard demande, par une question écrite au gouvernement, de revenir sur cette décision hasardeuse et dangereuse. Il alerte en particulier le ministre de l’Agriculture sur la rupture d’équilibre entre les deux opérateurs historiques, introduite par le lancement des paris en direct par la FDJ et l’absolue nécessité de contrôler très étroitement ce type d’initiative.

 

Jacques Myard : « La FDJ tente de profiter de l’incertitude politique en forçant les choses »

Jour de Galop. – Pourquoi la FDJ lance-t-elle cette expérimentation en ce début d’année 2017 ?

Jacques Myard. – La situation est très simple. Dans le rapport d’information "Évaluation de la régulation des jeux d’argent et de hasard", nous avions déjà expliqué qu’il était nécessaire de procéder à une évaluation de l’expérimentation que la Française des Jeux voulait mener. Cette expérimentation ne doit pas être menée uniquement sous la houlette de la Française des Jeux et du ministère du Budget. Nous souhaitons donc que l’État mette de l’ordre dans ce secteur. Il faut que cela s’inscrive dans le cadre d’une nouvelle organisation des courses et des jeux d’argent. Nous avons plaidé en faveur de la mise en place d’un Comité interministériel et d’une agence autonome pour réguler l’ensemble des jeux d’argent. Voyant le coup "venir", la Française des Jeux essaye de passer en force, sous prétexte d’une expérimentation. Nous sommes dans une période incertaine sur le plan politique. Il est fort probable que le gouvernement actuel ne sera plus en place dans quelques semaines. Il y a donc une tentative de profiter de cette situation et de forcer les choses. Ce n’est pas acceptable, et ce d’autant plus que dans le rapport présenté à l’Assemblée nationale, nous avons souligné l’effet de cannibalisation des jeux hippiques par le sportif.

L’État est-il sensible aux arguments qui lient la santé des paris hippiques au maintien de l'emploi et à l’aménagement du territoire ? Ou bien est-il uniquement concentré sur l’augmentation de la recette fiscale apportée par la croissance de la FDJ ?

C’est bien la question que l’on doit se poser quand on voit ce qu'il se passe. On voit très bien qu’existe une volonté de passer en force, sans prendre en compte les particularités de la filière hippique. Ce n’est pas admissible car, d’un côté, il y un véritable aménagement du territoire, des emplois, etc. Or, l’État voit son profit immédiat, avec l’argent venu des paris sportifs et de la Française des Jeux.

Quelles actions les élus, et en particulier les députés, peuvent-ils mener ?

Je vais saisir officiellement le gouvernement. J’attire aussi l’attention du ministre de l’Agriculture. Ce n’est un secret pour personne : l’Agriculture a beaucoup de difficultés avec Bercy. Il faut que le ministre de l’Agriculture monte au créneau et, sur ce sujet, je vais l’aider.

Pour accéder à notre article sur le rapport d’information "Évaluation de la régulation des jeux d’argent et de hasard" :  http://jourdegalop.com/2017/02/a-trois-mois-elections-presidentielles-propositions-remettre-selle-paris-hippiques/

 

Plus que des taxes… des emplois

En pleine campagne présidentielle, et comme avant chaque élection, l’emploi est l’un des thèmes récurrents des différentes formations politiques. Or, derrière les paris hippiques, il n’y a pas que des taxes tombant tous les soirs dans les poches de l’État. Il y a aussi les milliers d’emplois de la filière course, liée aux résultats du PMU – et tout autant de personnes versant des taxes.

Si l’on en croit le site de la Française des Jeux, l’entreprise emploie 1.200 collaborateurs. Selon une étude de l’Ifce, la filière équine (hippique + équestre) employait 180.000 personnes actives en 2012, dont 57.000 en activité principale. L’Ifce estime par ailleurs qu'en 2015, 64 % de ces emplois sont agricoles, que la moyenne d’âge de ces salariés agricoles est de 32 ans et que les femmes représentent 55 % de ces personnes. Or, les trois catégories de demandeurs d’emploi les plus difficiles à recaser sont : les jeunes, les seniors et les femmes…

L’État peut-il se passer de 180.000 salariés ? Peut-il se passer d’une activité qui anime certaines régions de la France ? Peut-il mettre encore davantage en péril l’aménagement du territoire ? Peut-il se passer du secteur courses pour l’emploi, un secteur en flux tendu avec un faible turnover ? Il y a de quoi réfléchir : si le secteur hippique venait à s’effondrer, où les salariés pourraient-ils être "recasés" ? Les problèmes d’emplois suite aux difficultés du secteur industriel, qui ont eu des impacts majeurs et désastreux sur certaines régions françaises, sont-ils déjà oubliés ?

Le 17 février 2016, nous avions publié une édition de Jour de Galop intitulée : "Cher M. Macron [alors ministre de l’Économie, ndlr], que pensez-vous de nos 14 milliards d’euros et de nos 180.000 emplois ?" Un an après, le ministre a changé mais la question, elle, reste.

Pour consulter l’étude de l’Ifce, cliquez ici.

 

Et pendant ce temps, en Grande-Bretagne…

En Grande-Bretagne, le problème était tout autre. C’était la réforme du Levy Board, l’outil de financement des courses via les profits des bookmakers.

Historiquement, le Levy Board n’était pas en mesure de taxer les paris Internet, car les firmes de bookmaking avaient délocalisé leurs plateformes dans des paradis fiscaux, notamment à Gibraltar. Cela représentait un véritable manque à gagner, puisque les paris en ligne représentent environ 50 % des bénéfices des bookmakers.

L’État a donc été saisi et a réagi assez rapidement, en proposant le Horse Betting Right, qui permettra de taxer ces paris dès avril 2017. Le ministre des Sports, Tracey Crouch, avait déclaré en janvier dernier : « Cela va aider à assurer le futur des courses hippiques en Grande-Bretagne, en faisant en sorte que les bookmakers reversent une somme juste pour soutenir le sport. Les courses ont un grand héritage dans le pays, emploient des milliers de personnes et sont suivies par un large public tous les jours. Cette nouvelle approche du Horseracing Betting Levy va permettre de soutenir et de développer le sport. »

Ça c’est de la politique, au meilleur sens du terme ! La différence avec la France nous laisse rêveurs…

 

Mobilisons-nous ! Notre survie en dépend

Ce qu'il se passe aujourd’hui est extrêmement grave. Clairement, IL NE FAUT PAS que le test demandé par la FDJ soit accepté par le ministre des Finances. Sinon, on sait ce qu’il en adviendra : le test sera confirmé par le gouvernement suivant et la FDJ tuera les courses.

Comment faire pour empêcher ce test ? En priorité : nous mobiliser comme à Nonant-le-Pin, en jouant toutes les cartes : lettre de protestation envoyée au ministre par tous les présidents de Sociétés de courses en régions, pétition générale sur change.org, manifestation géante devant le ministère avec des chevaux, pression sur nos élus en régions, envoi de communiqués à la presse généraliste, etc. Il faut taper fort et vite. Et commencer à travailler dès demain sur le texte de la lettre aux ministres.