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Jour de Galop

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Catherine Boudot : « À travers les chevaux, Marc est toujours là »

Élevage / 08.03.2017

Catherine Boudot : « À travers les chevaux, Marc est toujours là »

Par Adeline Gombaud

C’est une histoire de famille et de transmission. Celle des Boudot, dont trois élèves pourraient participer au Festival de Cheltenham : Défi du Seuil (Voix du Nord), favori du JCB Triumph Hurdle (Gr1), Taquin du Seuil (Voix du Nord) et Catamaran du Seuil (Network). Trois partants pour un élevage d’une dizaine de poulinières seulement, repris au décès de son époux, en janvier 2008, par Catherine Boudot, qui se définit elle-même comme "non professionnelle" : il y a dans cette histoire quelque chose de magique, comme si, là-haut, un ange-gardien veillait sur le Seuil…

À quelques jours du Festival de Cheltenham, auquel trois de ses élèves prétendent, Catherine Boudot, la mère de Pierre-Charles mais aussi de Marie-Gabrielle, a bien conscience de vivre quelque chose de peu ordinaire. Elle nous confie : « Avoir plusieurs partants à Cheltenham, sachant que nous n’avons qu’une dizaine de poulinières, c’est féérique ! Je mesure le côté exceptionnel de la chose. Et pour la première fois, je vais me rendre à Cheltenham avec ma fille, Marie-Gabrielle, qui s’investit beaucoup dans l’élevage, au côté de son compagnon, Mickaël Seror. Elle a plus de temps que Pierre-Charles et a un vrai goût pour l’élevage. Il est certain qu’émotionnellement, cela va être quelque chose de fort. Marc est parti, mais à travers les chevaux, il est toujours là. »

Des débuts compliqués. L’élevage du Seuil, situé à Paray-le-Monial, est en vogue. Mais les choses n’ont pas toujours été aussi simples, et Catherine Boudot, tout en répondant à ses clientes (elle tient toujours un salon de coiffure à Paray), se souvient : « Quand Marc est décédé, continuer son œuvre a été une évidence. Pour nous, la vie n’aurait pas été possible sans les chevaux, ce qui nous restait de lui en quelque sorte. C’était il y a neuf ans maintenant, et mes enfants étaient encore adolescents. Pierre-Charles commençait juste son apprentissage. Mais il n’a jamais été question d’arrêter les chevaux, même si je n’étais pas du métier. Alors j’ai continué, l’élevage bien sûr, mais aussi l’entraînement, pendant plusieurs années, avec les salariés de Marc. En même temps, j’avais toujours (et je l’ai encore) mon salon de coiffure. Et puis cela a fini par devenir trop difficile, et nous avons fait le choix de ne conserver que l’élevage. J’ai deux personnes qui s’en occupent avec moi. L’idée, c’est bien sûr de transmettre à mon tour cet élevage à mes enfants. »

Marie-Gabrielle se souvient de ces années difficiles : « C’était compliqué de tout mener de front, et nous avons pris du retard dans l’élevage, dans la mesure où nous avions des 4ans au pré qui n’avaient pas encore été entraînés. C’est une époque où nous avons dû vendre les produits jeunes, comme Défi notamment, et Emmanuel Clayeux nous a aussi aidés, en prenant des chevaux en location ou en association avec ma mère, avant de trouver des acheteurs potentiels. »

Axer sur la qualité. Les choses ont changé depuis. Concentrée sur l’élevage, la famille Boudot a pu axer sur la qualité, investir dans de bonnes saillies et vendre les chevaux différemment. Marie-Gabrielle explique : « Avec ma mère, Pierre-Charles et Mickaël, nous voulons garder un nombre limité de juments. Cette année, nous attendons douze naissances, et c’est déjà un peu trop. Bien sûr, nous voulons garder les souches que mon grand-père a développées, mais il ne faut pas avoir trop de juments. Pour la valorisation, assez naturellement, c’est Mickaël qui s’en occupe. Même si nous ne sommes pas mariés, il fait partie de la famille ! Il met en valeur notre production, avec un objectif commercial, même si le rêve serait qu’il entraîne un très bon cheval issu de notre élevage, sous les couleurs de ma mère… »

AQPS et pur-sang, sans distinction. Si Défi du Seuil est l’actuel fer de lance de l’élevage, Taquin, désormais âgé de 10ans, a montré la voie en gagnant son Gr1 en 2012, quelques mois après avoir été vendu à des clients de Jonjo O’Neill. En 2014, il a remporté le JLT Novices’ Chase (Gr1) à Cheltenham. Taquin du Seuil est un pur-sang, fils de Voix du Nord au sujet duquel Catherine Boudot explique : « Je sais que mon mari aimait beaucoup Voix du Nord, alors j’ai continué dans sa direction. Je ne suis pas professionnelle, mais je me suis toujours impliquée au côté de mon mari, je suivais les poulinages… Et je n’ai jamais hésité à demander des conseils. À mes enfants, à Mickaël, à Philippe Thiriet qui s’occupe de Cercy, aussi… » La mère de Taquin, Sweet Laly, est désormais fidèle à Poliglote. Elle a un yearling mâle de l’étalon d’Étreham, vient de pouliner d’une femelle et lui est encore promise cette année.

La mère de Défi, l’AQPS Quarvine du Seuil (Lavirco), une jument enlevée et entraînée par Marc Boudot, est en revanche morte quelques jours après avoir mis bas du futur champion, des suites de coliques. Catherine Boudot se souvient : « Nous avons emmené Défi chez une dame qui avait des mères adoptives. Puis une fois l’adoption réussie, la jument, une trotteuse, et le poulain sont revenus à la maison. Quarvine était une fille de Fleur du Tennis, la mère de Catamaran, elle aussi disparue. C’était une jument élevée par mes beaux-parents, dont l’affixe était "du Tennis". De cette famille, il me reste Tulipe du Seuil, dont les produits n’ont pas encore débuté ». AQPS et pur-sang se côtoient au sein de l’élevage. Shany de l’Oriol (Lavirco), que Marc Boudot n’a pas eu le temps de voir débuter, a par exemple été gardée à l’élevage après sa carrière de course : « Pierre-Charles a gagné avec elle, et c’était une bonne jument, donc nous l’avons gardée à l’élevage. Même si je suis attachée aux souches de mon mari, nous ne sommes pas fermés à de nouvelles familles, si l’opportunité se présente. »