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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LA DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE CHEZ LE GALOPEUR À L’ENTRAÎNEMENT - Pourquoi et comment la mesurer ?

Courses / 02.03.2017

LA DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE CHEZ LE GALOPEUR À L’ENTRAÎNEMENT - Pourquoi et comment la mesurer ?

 

Par Samy Julliand, Lab to Field, société de recherche et développement en nutrition, santé et performance équine

 

Afin que l’athlète puisse exprimer son plein potentiel, il est nécessaire de lui apporter par l’alimentation une quantité d’énergie appropriée : ni trop, ni trop peu. Pour cela il faut connaître ses besoins énergétiques, qui varient fortement avec l’activité physique. Ils sont estimés par la mesure de la dépense énergétique (D.E.).

1. Mesurer la D.E. Quantifier la D.E. est un challenge méthodologique chez l’athlète humain comme chez l’athlète équin. Chez l’homme, la D.E. est généralement estimée à partir de la consommation d’oxygène mesurée pendant l’effort et la récupération. La quantité d’oxygène consommé est ensuite convertie en kilocalories utilisées. Chez le cheval, des mesures de consommation d’oxygène sont réalisées depuis une cinquantaine d’années, principalement sur tapis roulant. Toutefois, l’extrapolation des résultats obtenus sur tapis roulant à des situations "terrain" est discutée. Il est donc important de travailler avec des appareils et des techniques permettant de mesurer les paramètres respiratoires sur un terrain d’entraînement classique.

Un système portable de relevé des données respiratoires, adapté à partir du matériel utilisé chez l’homme, est validé chez le cheval depuis une dizaine d’années. Ce système est composé d’un masque qui supporte deux turbines et d’un analyseur de gaz (photo). Il permet de mesurer la fréquence respiratoire et de quantifier le volume d’air entrant/sortant à chaque cycle respiratoire. En parallèle, une fraction de l’air expiré à chaque cycle est envoyée vers un analyseur afin de calculer la consommation d’oxygène (VO2). Les données obtenues au repos sont utilisées pour calculer la D.E. basale. Le VO2 mesuré pendant l’effort renseigne sur le surcoût énergétique de l’exercice (graphique 1).

Graphique 1 (voir dans l'édition électronique de JDG) : L’aire sous la courbe correspond à la consommation d’oxygène. La zone bleutée représente la surconsommation d’oxygène associée à l’effort. Après arrêt de l’effort, la consommation d’oxygène ne redescend pas au niveau basal instantanément : une phase de récupération est observée, pendant laquelle le déficit en oxygène accumulé par l’organisme au cours de l’utilisation du métabolisme anaérobie est soldé.

2. Pour optimiser nutrition et entraînement. Du point de vue nutritionnel, l’évaluation de la D.E. est importante pour préciser la quantité d’énergie à apporter par la ration. Les recommandations alimentaires actuelles, basées sur le niveau d’activité estimé quelle que soit la discipline (léger, modéré, intense, très intense), pourront ainsi être affinées en fonction des efforts spécifiques du galopeur. Pour l’athlète, cette étape est cruciale car des apports énergétiques insuffisants, ou au contraire excessifs, sont des facteurs de risque pour les maladies d’origine alimentaire et pour la contreperformance sportive.

Les paramètres respiratoires fournissent par ailleurs des informations clés pour mesurer les capacités physiques. Par exemple, lors de la réalisation d’un test d’effort maximal, le plateau atteint par le VO2 correspond à la capacité de consommation maximale d’oxygène par le cheval, appelée VO2max. Ce paramètre reflète la "capacité du moteur aérobie" le jour du test. Un VO2max élevé est un facteur essentiel de performance pour la majorité des disciplines sportives, dont le galop sur le plat ou d’obstacle, que les efforts fournis soient très brefs ou plus longs.

Depuis une quinzaine d’années, des travaux de recherche ont été menés à Agrosup Dijon sur des chevaux à l’exercice dans différentes disciplines (endurance, trot, attelage, etc.). Plus récemment, les travaux ont continué à s’étendre à d’autres disciplines avec Lab to Field et des partenaires internationaux. Un projet scientifique devrait prochainement voir le jour chez le galopeur. L’objectif est d’ajuster individuellement la nutrition, l’entraînement, et de prédire la performance à partir de certaines données physiologiques comme cela se fait chez l’homme.