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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le Karcimont se transforme en "Kapharnaüm

Courses - Institution / Ventes / 05.03.2017

Le Karcimont se transforme en "Kapharnaüm

 

Par Anne-Louise Echevin

Épreuve support d’événement, le Prix Karcimont a été le théâtre d’un déroulement assez surréaliste. À la sortie du tournant du Parc des Princes, seuls trois jockeys ont pris le bon parcours (la piste extérieure avant d’aller sur le huit) : Thomas Beaurain, en selle sur Babalshams, Dylan Ubeda, en selle sur Belle et Riche, et James Reveley avec Niquos, lequel pilera ensuite devant la double-barrière avant d’être relancé par son jockey pour conclure sixième. Le reste du peloton a quant à lui pris le mauvais parcours à la sortie du tournant, partant sur l’intérieur. Eaux Fortes, troisième, Vanadium, quatrième, Borice, cinquième et Poliboy, septième, ont tous repris le parcours après l’erreur. Baby Boy a quant à lui pris le plot séparant les deux pistes et sera arrêté un peu plus tard après avoir repris son parcours.

C’est sous les sifflets sonores d’un public pourtant peu nombreux que les chevaux ont passé le poteau d’arrivée, même ceux ayant pourtant emprunté le bon parcours. C’est aussi sous les sifflements que les chevaux sont retournés au rond, où les turfistes présents ont scandé « Remboursez ! Remboursez ! Remboursez ! » et manifesté leur colère. L’arrivée sera finalement maintenue. Explications.

 

L’article 172 du Code des courses. Pour comprendre la décision des commissaires, il faut se référer à l’article 172 du Code des courses : « Si des circonstances exceptionnelles ont perturbé le déroulement d’une épreuve, il appartient aux commissaires de courses de juger s’ils doivent annuler la course qui, dans ce cas, ne peut être recourue le jour même. » La question est donc : qu’est-ce qu’une circonstance exceptionnelle ?

Henri Pouret, directeur de la réunion d’Auteuil, nous a dit : « Les commissaires sont en charge de l’appréciation des circonstances exceptionnelles. En l’occurrence, ils ont constaté qu’un certain nombre de concurrents, avant le saut de la butte en terre, n’ont pas suivi le parcours, que d’autres avaient suivi le parcours tel qu’il est mentionné sur le plan, et d’autres qui s’étaient trompés de parcours ou avaient emprunté la piste menant au talus, avaient arrêté leur cheval et repris le parcours. Ils ont considéré qu’étant dans une situation d’erreur de parcours, nous n’étions pas dans des circonstances exceptionnelles. Des erreurs de parcours, malheureusement, il y en a dans les courses et particulièrement en obstacle. S’ils devaient considérer qu’il s’agissait de circonstances exceptionnelles, il faudrait dans l’avenir que, dans des circonstances comparables, cela soit considéré comme des circonstances exceptionnelles susceptibles de donner lieu à une annulation. » Un exemple récent de circonstances exceptionnelles est le Prix de la Trinité à Toulouse, après que les jockeys ont arrêté leurs chevaux suite à une sonnerie inattendue.

Sportif et pari. Il y a un principe général de circonstances exceptionnelles mais pas une liste spécifique. Les commissaires décident en fonction du cas présenté. Dans ce Prix Karcimont, la question se pose de savoir si le fait que seuls trois concurrents aient pris le bon parcours, d’autres partant sur la mauvaise voie involontairement, ne constitue pas une circonstance exceptionnelle. L’avoir défini comme telle aurait pu entraîner un cas de jurisprudence assez inédit, avec la difficulté dans le futur de fixer un curseur sur le nombre de jockeys se trompant de parcours, et le fait que les jockeys ayant respecté le parcours auraient, eux, été punis.

Sportivement, la décision est assez logique : les gagnants ne méritaient pas de perdre suite à l’erreur de quelques-uns de leurs collègues. Mais on peut comprendre le sentiment d’injustice d’un certain nombre de parieurs, même si certains ont certainement aussi bénéficié des circonstances de courses. La question du parieur ne relève pas du Code des courses ici et ce sera donc aux personnes concernées, dont le PMU notamment, de trouver comment traiter cette course tout de même assez exceptionnelle.

Un plot vous manque et tout le parcours est faussé ? Beaucoup de personnes ont remarqué un changement entre le Karcimont 2016 et le 2017 : l’absence de plots fermant l’accès au talus. Côté jockeys, ce n’est pas invoqué comme une possible excuse. L’absence de plots était spécifiée dans les balances, et dans les vestiaires, les plans de l’hippodrome sont affichés. Jacques Ricou, président de l’Association des jockeys, nous a dit : « Il n’y a pas d’excuses à chercher du côté des plots. D’ailleurs, cela s’est très bien passé dans deux des courses précédentes. L’erreur est humaine. Nous nous sommes trompés et nous nous excusons. »

Pourquoi n’y-a-t-il plus de cônes à cet endroit de la piste ? Cela vient d’un certain nombre de changements à Auteuil, comme nous l’a expliqué Henri Pouret : « Aujourd’hui, outre les cônes, il y a eu une autre évolution : ce sont les départs. Lorsque les chevaux sont sous l’autorité du starter, ce dernier lève son drapeau et l’abaisse, ce qui veut dire "je lâche les élastiques et vous pouvez partir". Cette évolution autour du départ ne s’est pas faite en un jour : il y a eu une discussion avec les starters et les jockeys notamment, et il y a eu une réunion pour examiner l’ensemble des départs d’Auteuil. Au cours de cette réunion, un certain nombre de personnes étaient présentes. Parmi les mesures d’évolution possible, il a été évoqué cette question des cônes. Auteuil a un parcours bien balisé, avec un nombre de pistes qui n’est pas démultiplié. Les cônes se justifiaient-ils toujours, d'autant qu’il est arrivé dans passé qu’un cône soit mal positionné ? À la suite de cette discussion assez large, il est apparu qu’il n’était pas indispensable d’avoir des cônes. La question se posait aussi : pourquoi là et pas ailleurs dans le parcours, comme lorsqu’il faut éviter certains obstacles ? Il y a eu une information des jockeys, il y a eu deux courses juste avant le Quinté, qui empruntaient la butte, et cela n’a pas causé de difficulté ni d’à-coups dans le peloton. Par contre, lors de cette réunion, il a par exemple été décidé de garder la lice fermant l’accès à la rivière du huit pour des raisons de sécurité : il faut éviter que des chevaux en liberté puissent la sauter et arriver en contre-sens. Précisons qu’il y avait à Auteuil, pour cette réunion, le même nombre de collaborateurs de France Galop que pour cette même réunion l’an passé. »

Rappelons que la mise en place des plots à Auteuil remonte à 1989, suite à l’erreur de parcours de Dominique Vincent sur l’immense favori Katko, dans le Prix Millionnaire II, également disputé sur le parcours des 4.400m. Après le franchissement du brook, le jockey avait emmené le cheval sur la rivière du huit au lieu de prendre tout droit. En près de trente ans, ils en ont sans doute évité, de pareilles erreurs de parcours…

Arnaud Duchêne et Tristan Lemagnen ont quant à eux écopé de 20 jours de mise à pied.