LONGINES GOLDEN SLIPPER (GR1) - La course qui électrise la nation

International / 16.03.2017

LONGINES GOLDEN SLIPPER (GR1) - La course qui électrise la nation

Par Franco Raimondi

 

 

La course de la jeunesse a désormais soixante ans. C’est un coup de génie de George Ryder, le secrétaire du Sydney Turf Club. Il souhaitait un produit différent de la Melbourne Cup, la course qui arrête une nation avec ses vieux chevaux et la formule handicap. Il a bien choisi : une épreuve pour les 2ans, avec un système d’engagement échelonné, une allocation importante et un nom qui étonne : Golden Slipper, la pantoufle d’or. Un jour de mars 1957, Todman (Star Kingdom) devenait le premier lauréat de la Longines Golden Slipper et son propriétaire et éleveur, Stanley Wootton, empochait un prix au gagnant de 10.000 livres australiennes, à peu près un million de dollars d’aujourd’hui.

Plus de deux millions et demi en engagements. Au début du mois de juillet 2016, les poulains nés en 2014 en Australie et en Nouvelle-Zélande ont pris 2ans. Pour avoir le droit de rêver, les propriétaires des 2.091 futurs participants éventuels ont payé 375 $ d’engagement. Le 4 novembre, au moment des premières épreuves pour débutants, il ne restait plus que 1.501 concurrents. Ils ont payé 550 $. Après la dernière confirmation, le 31 janvier, il a fallu que les 259 restants déboursent 1.000 $. Ce mardi, 19 poulains et pouliches ont été déclarés partants, pour 30.000 $. Mais samedi, à Rosehill Gardens, ils ne seront plus que seize dans les boîtes. Les fonds générés par les engagements s’élèvent à 2.548.675 $, le total de l’allocation est de 3,5 millions, dont deux au gagnant, avec des lots de consolation de 50.000 $ de la sixième à la dixième place.

Une course qui fait les étalons. Une victoire dans la Longines Golden Slipper vaut beaucoup plus que deux millions de dollars. C’est une course qui produit des étalons commerciaux et qui suffit à elle seule pour étoffer une carte de visite. Depuis 2005, cinq mâles ont gagné. Ils ont tous trouvé leur place sur le marché. Pierro (Lonhro) a confirmé son talent à 3ans, tout comme Sepoy (Elusive Quality), mais sur le sprint, Stratum (Redoute’s Choice) n’a pas gagné lors de sa deuxième saison, Sebring (More than Ready) n’a pas couru à 3ans et Vancouver (Medaglia d’Oro) n’a couru qu’une seule fois. Le lauréat de la Longines Golden Slipper 2016, Capitalist (Written Tycoon), n’a pas confirmé après sa victoire. Il a quitté la scène sportive en novembre, auréolé du titre de premier gagnant du Magic Millions capable de réaliser le doublé à Rosehill, tout en étant le 2ans le plus riche de l’histoire australienne. Il fera la monte en 2017 dans l’hémisphère Sud, à Newgate Stud. Son prix est encore à définir. La comparaison entre le prix de saillie de la première saison des gagnants de la Golden Slipper et ceux de la Melbourne Cup est impressionnante.

 

Une réussite commerciale. La victoire dans la Longines Golden Slipper est une garantie de réussite et pas seulement sur le plan commercial. À ce jour, 32 mâles ont remporté la victoire. Todman, le premier lauréat, a donné un gagnant de Golden Slipper lors de sa deuxième saison de monte. Après lui, six autres gagnants de la course ont eux-mêmes engendré un ou plusieurs lauréats de cette épreuve. C’est tout à fait logique car cette course est un exercice très spécial : il faut partir très vite, négocier un tournant et la moitié d'un autre, puis trouver encore la force pour sprinter vers le poteau. Et tout cela après avoir pris dur pendant des mois car les 2ans australiens ne sont pas franchement placés dans le coton.

Le plaisir de la multipropriété. L’édition 2017 de la Longines Golden Slipper est une parfaite illustration de la situation du galop australien. Il y a des poulains qui appartiennent aux grandes multinationales du pur-sang comme Godolphin, Coolmore, Arrowfield ou Shadwell. Mais on trouve aussi des représentants de syndicats de petits propriétaires qui n’ont pas pu résister à la tentation. La favorite, Houtzen (I Am Invicible), défend la casaque de 15 propriétaires. L’un d’entre eux, Chris Casey, après trente ans dans les courses avec de petits chevaux de handicap, a frappé à la porte de l’entraîneur Toby Edmonds en lui proposant un accord de ce type : « J’ai huit propriétaires prêts à investir 50.000 $ pour acheter un yearling à 100.000 $, c’est à toi de trouver les clients pour l’autre moitié. » Edmonds a accepté et à présent, Houtzen à quinze propriétaires – dont l’entraîneur – qui ont payé 105.000 $.

Vingt propriétaires à 1.000 $. Le rêve peut aussi coûter moins cher. Les vingt propriétaires de She Will Reign (Manhattan Rain)  n’ont payé que 20.000 $ pour avoir la pouliche qui a gagné la Silver Slipper (Gr2). Elle n’a connu qu’une seule défaite, sa dernière sortie, sur terrain lourd, dans les Riesling Stakes (Gr2). Elle a déjà 515.000 $ de gains, une petite fortune. La moitié des seize partants représente une copropriété, du partenariat entre gros investisseurs au syndicat de petits propriétaires. Au total, 85 personnes sont associées sur huit chevaux.

Une course et un marché en plein boom. La Longines Golden Slipper est la course qui fait tourner le marché des yearlings en Australie. Et d’ailleurs, ce marché a encore progressé en 2016, l’année où ont été achetés les poulains au départ samedi. Le chiffre d’affaires est passé de 327 à 377 millions de dollars. Le prix moyen pour les 4.334 vendus est passé de 76.145 $ à 86.990 $. Onze partants ont été adjugés en vente publique pour 3.150.000 $ (prix moyen de 287.000 $). Si on rajoute les trois réservistes, cela fait 5.882.500 $ dépensés aux enchères.

Une nouvelle race. Seize des dix-neuf chevaux de la liste (réserves comprises) sont issus d’étalons avec le suffixe AU. Les trois étrangers sont Medaglia d’Oro (El Prado), qui a déjà donné un gagnant (Vancouver), Street Cry (Machiavellian) et l’argentin Husson (Hussonet). Snitzel (Redoute’s Choice) est le sire le plus représenté avec six produits, dont deux sur le banc des remplaçants. Les dix-neuf poulains sont issus de treize étalons différents, dont neuf ont couru la Longines Golden Slipper ou donné un gagnant. C’est le vrai fruit d’une sélection qui a créé une race, le "sprinter précoce australien". Le résultat a dépassé l’imagination, pourtant fertile, de George Ryder, l’homme qui a inventé une course folle et qui lui a donné un nom marrant.

 

Encore une preuve que les femmes aiment les chaussures

 

La passion féminine pour les chaussures est bien connue. Même s’il n’y a pas de Louboutin à gagner, comment les pouliches pourraient laisser aux mâles "l’épreuve de la pantoufle d’or" ? Les femelles ont gagné neuf des vingt dernières éditions de la Longines Golden Slipper. Samedi elles vont peut-être égaliser le score. Huit poulains et huit pouliches seront au départ sur un terrain très lourd, ce qui est un autre point d’interrogation. Les pouliches occupent les trois premières places dans le betting. La bombe Houtzen (I Am Invicible), invaincue en quatre sorties, est la favorite à 4,40. Elle sort des boîtes à une vitesse folle, au point que même Lady Aurelia ferait figure de Belle au Bois Dormant à ses côtés.

Catchy, le diamant de Melbourne. Catchy (Fastnet Rock), deuxième favorite à 5/1, est au contraire une grande finisseuse. Elle a refait le peloton pour gagner le Blue Diamond (Gr1) à Caulfield, où les courses se disputent corde à droite. She Will Reign (Manhattan Rain) vient de subir sa première défaite il y a deux semaines dans les Riesling Stakes (Gr2). En terrain lourd et à l’issue d’une course dure, elle s’est inclinée face à une autre pouliche, Frolic (Husson).

Tulip, fleurie au bon moment. Tulip, représentante de Coolmore, peut donner un premier gagnant de Golden Slipper à son père, Pierro (Lonhro), qui, en 2012, avait remporté, en restant invaincu, la Triple Crown des 2ans. Samedi dernier, elle a explosé ses adversaires dans le Magic Night (Gr2), dans un chrono plus rapide que les mâles dans le Pago Pago (Gr2).

Les mâles ont du souci à se faire. Le poulain le plus en vue est Pariah (Redoute’s Choice), battu par Catchy dans le Blue Diamond (Gr1). Il est à 9/1, la même côte que Tulip. Godolphin a deux représentants, Veranillo (Medaglia d’Oro) et Trekking (Street Cry). Le premier est à 41/1, le deuxième à 31. La grosse surprise est l’absence de Gai Waterhouse, la grande spécialiste de la course. Il y a deux ans, elle avait égalé, avec Vancouver (Medaglia d’Oro), le record de son père, T.J. Smith : six Golden Slippers.

ChevalPoidsPèreEntraîneurJockeyN° à la cordePrix d'achat
1Pariah56,5Redoute's ChoiceP. & P. SnowdenBlake Shinn4700.000
2Veranillo56,5Medaglia d'OroJohn O'SheaBrenton Avdulla11élevé
3Trapeze Artist56,5SnitzelGerald RyanTim Clark5amiable
4Single Bullet56,5Not a Single DoubtGary PortelliTye Angland3150.000
5Diamond Tathagata56,5HinchinbrookMark NewhamGlyn Schofield7100.000
6Trekking56,5Street CryJohn O'SheaWilliam Buick18élevé
7Invader56,5SnitzelP. & P. SnowdenHugh Bowman15475.000
8Menari56,5SnitzelGerald RyanCorey Brown1amiable
9Catchy54,5Fastnet RockD. & B. Hayes & T. DaberingCraig Williams8220.000
10Formality54,5Fastnet RockD. & B. Hayes & T. DaberingRyan Moore2120.000
11Tulip54,5PierroD. & B. Hayes & T. DaberingKerrin McEvoy10400.000
12She Will Reign54,5Manhattan ReinGary PortelliBen Melham1320.000
13Frolic54,5HussonMichael FreedmanTom Berry17100.000
14Teaspoon54,5SnitzelMichael FreedmanZac Purton14élevé
15Houtzen54,5I Am InvincibleToby EdmondsJeff Lloyd16105.000
16Madeenaty54,5Exceed and ExcelD. & B. Hayes & T. DaberingRegan Bayliss9775.000
Réserviste 17Chauffeur56,5SnitzelGerald RyanJosh Parr191.600.000
Réserviste 18Showtime56,5SnitzelM. Wayne & J. Hawkes?61.100.000
Réserviste 19The Mission56,5ChoisirPaul Perry?1232.500