LE BLOC-NOTES DE FRANCO RAIMONDI - De Pénélope à la reine d’Angleterre

Courses / 25.04.2017

LE BLOC-NOTES DE FRANCO RAIMONDI - De Pénélope à la reine d’Angleterre

 

Chaque début de semaine, Franco Raimondi vous ouvre désormais son bloc-notes. Un carnet précieux, dans lequel il consigne les bonnes… et moins bonnes impressions de la semaine écoulée !

Myboycharlie et ses Pénélopes

Pénélope sourit à Myboycharlie. Douze mois après la victoire de Camprock, c’est Sistercharlie qui a offert le doublé dans le Gr3 de Saint-Cloud à l’étalon du haras du Mézeray. Un lauréat de Morny dont les meilleurs produits sont capables de gagner sur 2.000m et plus, comme la championne australienne Jameka, ce n’est pas banal ! Sistercharlie est la 11e gagnante de Groupe pour Myboycharlie, un fils de Danetime, qui avait fait ses premiers pas au haras en 2009, en Australie. Il a donc en piste cinq générations australiennes, 2ans compris, et quatre en Europe de 3ans et plus. Sa première gagnante de Groupe dans l’hémisphère nord est Eurocharline, qui est aussi le yearling le plus bon marché de sa production (800 Gns à la vente de février de Tattersalls). Elle a remporté les Beverly D. (Gr1) à Arlington pour la casaque du Team Valor et l’année dernière, elle a été achetée par Katsumi Yoshida pour 750.000 Gns à la vente de décembre de Tattersalls. Parmi ses 11 lauréats de Groupe, 6 viennent d’Australie, et 5 d’Europe.

 

Le rebond français. Après un début de carrière difficile en Angleterre, Myboycharlie est venu donner un second souffle à sa carrière européenne au haras du Mézeray. Sa cote a connu des hauts et des bas mais la réussite de ses produits lui permet d’être complet pour la saison de monte 2017, alors qu’il était resté en Australie en 2016. Charles-Henri de Moussac, à la tête du haras du Mézeray, a expliqué à mon collègue Adrien Cugnasse : « Myboycharlie a terminé l’année 2016 en tant que tête de liste des pères de 2ans. Sa production confirme à 3ans. Il a donné la gagnante du Prix Pénélope (Gr3) deux années de suite, avec Camprock et Sistercharlie. Sa fille Jameka a gagné trois Grs1 sur 2.400m en Australie. Il donne des chevaux qui vieillissent mieux et qui ont plus de tenue que son profil ne pouvait le laisser espérer. Ils ne sont pas tardifs et la majorité d'entre eux gagne à 2ans, mais ils se révèlent souvent l’année suivante. C’est le cas des femelles comme Sistercharlie et Camprock. Les mères de ces deux juments portent le sang de Sadler's Wells. Les mâles et ses produits australiens sont plus axés sur la vitesse et la précocité. L’entourage de Cheikeljack a par exemple des ambitions sur le sprint cette année. Myboycharlie a certainement été sous-évalué par le passé mais cette année, son carnet de bal est complet. Après une remarquable saison à 2ans, où il avait notamment battu Natagora dans le Prix Morny, le cheval a connu des problèmes physiques. Rien ne dit que sans ces soucis, il n’aurait pas fait un bon 3ans sur plus long. Mais il n’a pas eu la possibilité de le montrer et sa plus belle victoire reste l’épreuve de Deauville sur 1.200m. »

 

Un excellent rapport qualité/prix. Au sujet de l’arrivée du cheval au Mézeray, Charles-Henri de Moussac a précisé : « Il a été acheté par des investisseurs américains. Au départ, il faisait la navette entre l’Australie et l’Angleterre. Il n’a pas été très bien reçu outre-Manche. Ses propriétaires nous ont donc contactés car ils cherchaient à replacer le cheval. En tant que gagnant du Morny, issu d’un père qui avait donné deux lauréats de cette épreuve, ils pensaient que les éleveurs français lui donneraient vraiment sa chance. Le Prix Morny a relevé régulièrement de bons étalons, comme Zafonic, Machiavellian, Johannesburg, Blushing Groom…  Lorsque Myboycharlie est arrivé au Mézeray, ses premiers 2ans débutaient en Australie. Dès le départ, il a donné là-bas des chevaux de Groupe, ce qui nous a aidés à lancer sa carrière française. Il a ensuite connu une période plus difficile. En 2016, nous sentions bien que l’intérêt des éleveurs français déclinait et nous avons donc décidé de ne pas le faire revenir en France. Grâce aux performances de ses produits en piste, il a repris la navette cette année, et pour le moment cela devrait continuer. Ses propriétaires américains hésitaient à le faire revenir en France. J’ai insisté et, heureusement, tout a évolué dans le bon sens au niveau des résultats en piste. Nous l’avons volontairement placé à un prix très attractif pour un étalon qui a déjà donné plusieurs lauréats de Gr1. En Australie, il a sailli une soixantaine de juments l’an dernier. Lors sa meilleure saison, son harem australien était monté jusqu’à une centaine de mères. »

Les nouvelles tendances de Godolphin

Mahmoud Al Zarooni a gagné sa dernière course le 18 avril 2013, à Wolverhampton, avec Requested (Dubawi). Une semaine plus tard, une suspension de huit ans lui tombait sur la tête. Depuis, le projet Godolphin a été remodelé. Quatre ans après, on peut dresser un premier bilan, qui comporte quelques surprises. Samedi dernier, Polarisation (Echo of Light) a remporté la Sydney Cup (Gr1), soit le 37e Gr1 pour les Bleus depuis la fin de l’ère Mahmoud. Quelques heures plus tar, Barney Roy (Excelebration) gagnait son ticket pour les 2.000 Guinées grâce à une victoire solide dans les Greenham Stakes (Gr3). Il s’agit de deux chevaux qui représentent bien les nouveaux chemins de Godolphin, qui a renforcé son contingent australien et a aussi décidé de laisser presque tous les chevaux achetés à l’entraînement chez leurs entraîneurs d’origine, comme c’est le cas du gagnant de Newbury, qui est encore dans l’écurie de Richard Hannon.

Polarisation, de l’obstacle à Sydney. On pourrait écrire un roman avec l’histoire de Polarisation, pensionnaire de Charlie Appleby. Il a débuté sous la casaque du cheikh Hamdan bin Mohammed et l’entraînement de Mark Johnston et il a gagné 6 courses, à 2 et 3ans, dont le Melrose Handicap, le deuxième peloton du célèbre Ebor, lors du meeting d'York. Il a ensuite rejoint le contingent Bloomfield, la division obstacle placée sous la férule de John Ferguson, mais n’a pas apprécié ce changement de métier.  Il n’avait toujours pas gagné après son passage, en mai 2016, chez Charlie Appleby. Son entraîneur a alors décidé de l’envoyer en Australie et Polarisation a passé deux fois le poteau en tête dans la Sydney Cup. La première fois lors de l’édition annulée suite à une chute il y a deux semaines, et la seconde, samedi.

L’Australie, l’île aux trésors. Godolphin, version post-Mahmoud, a remporté presque un tiers de ses succès de Groupe en Australie, soit 70 sur les 232 totaux. C’est le pays qui a donné à l’écurie les meilleurs résultats, suivi par l’Angleterre (61 Groupes), les Émirats (33), les États-Unis (28) et la France (26).

L’antenne australienne de Godolphin est très forte et compte, d’après le site de l’écurie, 204 éléments, alors que Saeed bin Suroor en a 110 et Charlie Appleby 92. Les 2ans ne sont pas encore enregistrés pour l’entraîneur dubaiote alors qu’Appleby en a 2. Les australiens purs et durs, élevés par Darley, sont au nombre de 29 sur les 40 lauréats de Groupe et ils ont remporté 46 courses.

Les ex-européens ou européens en transit qui ont gagné pour Godolphin en Australie sont donc 11 et ont remporté 24 épreuves. Le lot comprend, entre autres, les ex-Johnston Hartnell (Authorized) et It’s Somewhat (Dynaformer) qui se sont imposés au niveau Gr1 et 3 anciens Bloomfield : Francis of Assisi (Danehill Dancer), gagnant de Listed pour Aidan O’Brien, et Qewy (Street Cry) en plus de Polarisation. La raison qui a poussé Godolphin à déplacer des chevaux d’âge, même hongres, en Australie, est très claire. Le niveau des courses sur 2.000m et plus est plus faible qu’en Europe et les allocations sont très bonnes. Même un cheikh doit équilibrer son budget…

Fausses courses ? La recette Afasec

Les courses françaises se jouent souvent sur un démarrage et tous se plaignent du manque de train. On entend alors que l’on a assisté à une fausse course, que le meilleur n’a pas gagné ou n’a pas pu s’exprimer. Je ne connais que deux façons d’échapper aux pièges des fausses courses. La première, c’est la solution "à la Cecil". Quand il voulait savoir la vérité sur un cheval – c’est-à-dire presque toujours – il disait à son jockey de positionner le cheval à côté du leader et de le presser tout de suite. La deuxième est encore plus ancienne, "à la Tesio",  et consistait à mettre en course un ou plusieurs leaders pour imprimer un train d’enfer et faire parler classe et tenue. Cela peut coûter assez cher mais cela exclut les doutes.

La troisième solution est, excusez-moi de la folie, celle des courses Afasec. France Galop peut acheter un certain nombre de "leaders professionnels", chevaux d’une valeur reconnue et montés par des jockeys de grande expérience, pour imprimer aux courses un train régulier (dans le sens anglais du terme) et sélectif avant le démarrage à la française. C’est une solution un peu soviétique mais franchement, les fausses courses sont si barbantes…

La période dorée de John Gosden

Terminons avec quelques notes sur les 3ans. La semaine passée, j’ai passé plus de temps à regarder les courses anglaises que celles de France. À ce moment de la saison, chaque lot de maidens peut cacher un diamant. Samedi à Newbury, il y avait dans la même épreuve UAE King, le demi-frère, par Frankel, de Dubawi, et Lethal Impact (Deep Impact), le propre frère de la lauréate des Oaks japonaises et de deux autres Grs1 Mikki Queen. Le premier n’aurait pas pu valoir un prix de moins de 7 millions sur le marché des yearlings, et le japonais avait coûté 180 millions de yens (soit 1.300.000 €) à la vente J.R.H.A. des foals en 2014. Au bout des 2.000m de la course, ils sont cinquième et sixième, sans excuse, bien battus par le Gosden Face the Facts (Nathaniel). Son entraîneur a remporté 16 des 44 courses où il a eu des partants dans les deux dernières semaines. Il a empoché les Nell Gwyn et les Fred Darling Stakes avec Daban (Acclamation) et Dabayah (Sepoy), les John Porter (Gr3) avec Muntahaa (Dansili) et les Feilden (L) avec le petit Khalid (High Chaparral). Parmi tous ses gagnants, j’ai retenu un nom, celui de la pouliche Shutter Speed (Dansili), qui a balayé les mâles dans une course à conditions sur 2.000m à Newbury. Elle a pris un RPR de 105 et est devenue la deuxième favorite des Oaks.

Côté mâles, un nom à suivre : celui de Crystal Ocean (Sea the Stars), un pensionnaire de Sir Michael Stoute qui s’est rendu à Nottingham pour ouvrir son palmarès. Il galope encore en faisant des grands bonds mais la classe est là. Et pour terminer... Joyeux anniversaire, même en retard, à Sa Majesté la reine d’Angleterre. Elle nous excusera, comme elle l’a fait avec son poulain Call to Mind (Galileo), qui a ouvert son palmarès samedi à Newbury. L’anniversaire était vendredi.