FOYER DE RHINOPNEUMONIE DE PAU - « Il faut attendre trois semaines après le dernier cas de température élevée sur un cheval »

Courses - Élevage / 20.04.2017

FOYER DE RHINOPNEUMONIE DE PAU - « Il faut attendre trois semaines après le dernier cas de température élevée sur un cheval »

 

L’herpès virus équin de type 1 qui frappe l’écurie paloise de Jean-Claude Rouget est au cœur de toutes les conversations. Guillaume Fortier est le vétérinaire référent pour les questions sanitaire de la Fédération des éleveurs du galop. Ce spécialiste nous a livré son analyse de la situation.

Jour de Galop. – Ce type de virus a-t-il déjà frappé la France dans une période récente ?

Guillaume Fortier. – Malheureusement c’est une situation relativement courante. En France, il y entre un et trois cas comparables chaque année, sur l’ensemble de la population équine, grippe et rhinopneumonie comprises. Mais cela touche assez peu souvent les chevaux de course et les centres d’entraînement. C’est plus courant à l’élevage ou dans les centres équestres. Dans ce cas, pour de nombreuses raisons, les conséquences sont moins médiatisées que ce qui est en train de se passer à Pau. La situation est comparable en Irlande ou en Grande-Bretagne.

La Fédération des éleveurs du galop tire la sonnette d’alarme sur ce sujet. Envisagez-vous une action au niveau européen ?

La France, au sein de la Fédération européenne des éleveurs de pur-sang anglais, a toujours été très active sur ce sujet, en comparaison avec les Anglais, Irlandais et Allemands. Sans vouloir faire d’ironie, on peut dire que les Anglais ont toujours tendance à penser que leur cheptel est plus propre que celui du reste du monde. Or ils ne sont pas du tout exempts d’épisodes du type de celui de Pau. Les efforts de communication de la Fédération des éleveurs du galop se sont donc portés sur ses adhérents en France mais aussi sur les autres syndicats des éleveurs européens. Notre objectif est de mettre en place un règlement sanitaire commun. Au mois de mai, la Fédération européenne des éleveurs de pur-sang anglais (Eftba) organise son Assemblée générale à Deauville. Cette date marquera la fin de la présidence française. La question de l’organisation du contrôle des rhinopneumonies sera à l’ordre du jour.

En 2016, la France avait déjà été motrice sur ces questions, lorsqu’on nous a annoncé des ruptures potentielles des stocks de vaccins. L’Irlande et la France ont été les seuls pays à faire entendre leur voix. Je trouve que les Anglais ont été un peu complaisants avec les responsables de l’industrie pharmaceutique. Cela fait un semestre que la Fédération des éleveurs du galop et France Galop réfléchissent à rendre obligatoire la vaccination sur les centres d’entraînement. Cela a aussi beaucoup déplu aux Anglais. Il faut souligner l’extrême réactivité du réseau d'épidémio-surveillance en pathologie équine, ou Respe, qui informe immédiatement l’ensemble des personnes concernées lorsqu’il dispose d’information fiables. C’est un outil que beaucoup de pays nous envient.

La population équine française est-elle suffisamment vaccinée pour éviter qu’un épisode viral comme celui de Pau ne se reproduise ?

Dans le milieu des courses, nous avons les chevaux les plus vaccinés de la population française. Au niveau européen, les galopeurs français font aussi partie des plus suivis sur ce point. Les chiffres de ventes de vaccins en attestent. La problématique se pose surtout en dehors des zones d’entraînement, comme lors des périodes de repos au haras. Les chevaux côtoient alors d’autres populations, moins protégées, qui peuvent elles-mêmes être en contact avec des centres équestres ou autre.

Je pense qu’il faut être prudent avant d’annoncer de manière certaine un lien de cause à effet entre le manque de vaccin au niveau international et l’épisode de Pau. C’est peut-être le cas mais nous n’avons pas encore assez d’éléments factuels pour l’affirmer. Néanmoins, si l’on prend en compte la situation générale de la population équine en France, nous avons eu raison de monter au créneau en ce qui concerne les manquements de l’industrie pharmaceutique. Il n’est pas normal que les principaux fournisseurs de vaccins ne prennent pas plus en compte les besoins d’une filière économique aussi importante que celle du cheval en Europe.

Dans quel délai peut-on espérer un retour à la normale ?

Les chevaux qui ont été touchés à Pau sont encore sous surveillance. Il faut attendre trois semaines après la dernière suspicion ou le dernier cas de température élevée sur un cheval. Il faut par ailleurs saluer ce qui a été mis en place à Pau en partenariat avec les vétérinaires et France Galop. Leur réaction a été exemplaire. Tout a été fait et on ne peut pas mieux faire. Le virus qui est en cause à Pau est très proche de celui de la varicelle. Ce qui se passe avec la rhinopneumonie équine est du même ordre que lorsque les gens ont des zonas sans que l’on sache vraiment pourquoi. C’est une forme de réactivation de la varicelle, que l’on a contractée pendant l’enfance, suite à un stress ou à un état de fatigue. Le stress de l’entraînement peut réactiver un virus que le sujet a croisé alors qu’il était encore foal et ce même s’il a été vacciné. À l’âge de 18 mois, 80 % des chevaux ont déjà rencontré un herpès virus de type 1.

Néanmoins, lorsque 100 % de la population est à jour de ses vaccins, le risque de propagation de la maladie diminue fortement. La maladie profite des failles dans la vaccination de la population pour se disséminer.

La souche en activité à Pau est-elle identifiée ?

La souche en cause à Pau est visiblement une variante assez neurotoxique et virulente. Elle est connue dans le monde entier. Le typage est en cours mais le résultat est pour l’instant fiable à 95 %. Ce n’est vraisemblablement pas la même souche que celle qui a frappé l’Angleterre l’an dernier. Plusieurs herpès virus, très différents les uns des autres, peuvent circuler dans un même établissement. Ils s’expriment aussi de manière très différenciée. Un tiers des chevaux ne va rien exprimer. Un tiers sera moyennement malade, si ce n’est un peu de fièvre, quelques écoulements et une petite apathie. Le derniers tiers va réagir plus fortement dont un petit pourcentage sera vraiment très malade, ce qui peut conduire au décès. Quand les chevaux comment à se coucher, on aboutit à ce qui se passe chez les personnes immobilisées à l’hôpital : ils sont très mal, plus rien ne circule, ils ne se détoxifient pas… ils perdent pied.

Dans moins de six mois, des yearlings vont arriver chez certains entraîneurs ou débourreurs. Faut-il prendre des précautions particulières pour les sujets qui viennent de l’étranger ?

Pas plus que ce qui se fait actuellement dans les structures sérieuses. Les professionnels sont généralement attentifs à tout cheval qui est étranger à leur effectif, qu’il provienne d’un autre établissement français ou d’un autre pays. Il faut vérifier leur carnet de vaccination et les isoler. Un cheval ne voyage pas en étant malade. Les symptômes apparaissent quelques jours après le déplacement. Si cela se produit, l’isolement permet d’éviter tout problème.

 

Pour aller plus loin. L’Ifce a créé une encyclopédie du cheval en ligne : equipaedia. Pour consulter la fiche qui concerne la rhinopneumonie et les herpès virus : http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/maladies/maladies-infectieuses/rhinopneumonie-hve-1-hve-4.html

Le Respe (réseau d'épidémio-surveillance en pathologie équine européen) publie régulièrement sur son site des alertes lorsque des cas sont détectés en France. Pour y accéder : http://www.respe.net/alertestoutes?page=2