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Jour de Galop

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Quand Loïc Malivet alertait Nicolas Dupont-Aignan sur les dangers du changement de statut du cheval

Élevage / 07.04.2017

Quand Loïc Malivet alertait Nicolas Dupont-Aignan sur les dangers du changement de statut du cheval

Quand Loïc Malivet alertait Nicolas Dupont-Aignan sur les dangers du changement de statut du cheval

Il y a bientôt quatre ans, Pierre Julienne, alors président du GAET, et Loïc Malivet, président de la Fédération des Éleveurs, avaient écrit à Nicolas Dupont-Aignan quand celui-ci avait déposé un amendement visant à changer le statut du cheval, pour le faire passer d’un animal de rente à celui de compagnie. Après l’intervention du candidat à l’élection présidentielle à Saint-Cloud, mercredi dernier, Loïc Malivet a souhaité que nous publiions à nouveau des extraits de cette lettre. Les voici :

« Monsieur le Député,

Nous avons lu avec attention les arguments qui motivent votre proposition de loi visant à modifier le statut juridique du cheval en le faisant passer d’animal de rente à animal de compagnie.

Si votre analyse, notamment sur l’évolution de la place du cheval depuis un siècle dans notre société est juste, elle a su également alerter notre vigilance de Présidents d’associations d’éleveurs de chevaux de courses sur un grand nombre d’arguments énoncés. Ainsi, nous ne pouvons nous empêcher de porter à votre connaissance certaines explications qui semblent vous avoir échappé dans l’étude que vous faites de notre filière qui est un vivier de pratiques et d’utilisations du cheval aussi variées qu’il existe de races, d’éleveurs et d’utilisateurs d’équidés.

La place du cheval n’a cessé d’évoluer dans notre société depuis la motorisation de nos civilisations, et force est de constater qu’il a toujours trouvé sa place auprès des hommes. Cette adaptabilité a été fortement appuyée par la dimension agricole de cette filière, ancrée dans les territoires ruraux : amenant les villes dans les campagnes, mais surtout les campagnes dans les villes – notamment au travers des centres équestres que vous citez très justement dans votre proposition de loi, mais également des hippodromes.

Le cheval n’a rien d’un animal de compagnie, c’est un herbivore, qui doit se nourrir 20 heures par jour, qui pèse 500 kg et qui ne sait être éduqué pour faire ses besoins à un endroit donné. Il n’a donc pas sa place dans l’habitation d’humains comme les animaux de compagnie qui peuvent être propres ou à défaut assez petits pour être mis dans les cages. Son instinct de proie lui confère des réactions spontanées et brutales et il ne saurait concevoir la notion de territoire. En outre, le chien et le cheval n’ont rien en commun : le premier appartient à la catégorie des « carnivores domestiques » alors que le second à celui des animaux de rente. Si celui-ci est laissé en pâture c’est bien pour se nourrir.

En revanche, le seul point commun entre le cheval et le chien est qu’ils ont toujours été considérés comme amis de l’homme. En conséquence, la très grande majorité des chevaux sont bien traités. […]

Enfin, comme tous les animaux de rente et toutes choses, le cheval est un bien commercial, comme une vache, un mouton, un chien, un quintal de blé ou un pied de vigne. Cette qualité ne lui confère pas plus de fragilité au regard des précautions prises pour son élevage ou son entretien, bien au contraire.

En marge de ces considérations zootechniques et règlementaires, nous ne pouvons vous laisser ignorer le contexte économique déprimé de notre filière qui vient de prendre de plein fouet en janvier 2013 la hausse de la TVA de près de 13 points qui représente 75.000 emplois dont 45.000 emplois agricoles qui seront directement et irrémédiablement mis en péril par votre projet de loi. Notre filière peut se vanter d’être l’un des seuls secteurs d’activité qui emploie préférentiellement des jeunes (47 % de la main d’œuvre a moins de vingt-cinq ans et 72 % a moins de trente-cinq ans – source Equiressources), mais également de femmes dans les zones rurales (49,4 % en 2009 – source Equiressouces) et ce sur tout le territoire national et notamment dans les zones agricoles difficiles et reculées. La filière recrute chaque année 33 % de primo-salariés, ce qui dans le contexte actuel ne peut être minimisé.

La requalification du cheval en animal de compagnie mettra un coup d’arrêt à cette dynamique de l’emploi véhiculée par le statut agricole des entreprises du secteur cheval. En France, 8 millions de chiens font à peu près vivre 20 000 personnes... contre 75 000 pour moins d’un million de chevaux. Qu’avons-nous à y gagner ?

Nous espérons pouvoir échanger plus amplement avec vous sur ce sujet, car il y a encore beaucoup à dire pour vous permettre de prendre en compte toutes les spécificités de notre filière et ainsi cerner toute la mesure des conséquences de votre proposition de loi.

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Député, toute l’expression de nos sincères salutations. »