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Jour de Galop

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African Horse Sickness : des avancées mais encore des réticences

International / 18.05.2017

African Horse Sickness : des avancées mais encore des réticences

Par Xavier Bozo

"En prolongement de la réunion de l’Efta (Fédération européenne des éleveurs de pur-sang) qui s’est tenue à Deauville dimanche dernier, je souhaitais faire un point sur les avancées concernant la mise en place de nouvelles règles en vue de l’exportation de chevaux en provenance d’Afrique du Sud.

La dernière réunion sur le sujet s’est tenue au Cap en janvier, lors de la réunion internationale annuelle qui regroupait la majorité des pays impliqués de façon active dans les courses et l’élevage.

Lors de cette réunion, une nouvelle fois, le sujet de l’AHS a été abordé, tant d’un point de vue scientifique qu’économique.

Concernant l’aspect scientifique, je dirais que rien de bien nouveau n’a été évoqué et la seule et vraie raison de la discussion a été de convaincre l’ensemble des participants représentant les principaux pays concernés par la maladie de la "relative" non-contamination de cette maladie. Je dis "relative", en pensant à la comparaison à faire avec les récents "dégâts" occasionnés par la propagation, "par contact", de l’herpès virus ayant sévi à Pau !

Pour mémoire, l’African horse sickness est un virus inoculé par la piqure d’une mouche dite "du zèbre"  (culicoïde de son nom scientifique) et déclenchant chez le cheval des symptômes rapidement reconnaissables par une forte température, des jetages par la bouche et le nez, des problèmes respiratoires et cardiaques extrêmement graves avec une détérioration sous quelques heures, au mieux sous quelques jours, et aboutissant malheureusement à une mort certaine dans 90 % des cas.

Mais à la différence avec la plupart de certaines autres maladies connues ou virus réputés transmissibles d’un cheval à l’autre, l’AHS n’est pas une maladie contagieuse, et elle est d’ailleurs décrite ainsi par l’OIE (organisation internationale pour la santé animale). Cela a été prouvé au fil des années, puis qu’environ 800.000 chevaux ont été exportés d’Afrique du Sud depuis des décennies, sans que jamais la transmission de la maladie à un autre cheval n’ait pu être mise en évidence, ni qu’elle ait été détectée dans l’un des pays de destination, mis à part, vers le début des années 90, lorsque trois zèbres importés en Espagne ont développé la maladie après avoir été piqué par la mouche dans leur pays d’origine.

Ainsi, fort de cet épisode, à mon sens mal interprété ou de façon outrancière, des règles draconiennes ont été mises en place en vue de la tenue des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, imposant aux chevaux Sud-Africains un "ban" de plusieurs années avant qu’ils puissent être à nouveau exportés, aboutissant enfin à une exportation possible mais avec une mise en quarantaine d’environ 5 mois passant par un séjour obligatoire d’environ 2 mois à l’île Maurice avant de pouvoir intégrer une entité normale pour une exploitation normale !

C’est une évidente absurdité compte tenu du fait, je le répète, que cette maladie n’est en aucun cas contagieuse !

Alors que des tentatives d’allègement de cette quarantaine ont régulièrement échoué au cours des ans, dû au fait que des cas isolés de maladie aient été déclarés de façon parfaitement transparente par les autorité de ce pays, impliquant du même coup des reports successifs de modifications du protocole d’exportation, il semblerait qu’enfin, un certain nombre de pays, forts de l’avis insistant de quelques vétérinaires "éclairés" représentant les pays majeurs du monde des courses et de l’élevage, soient sur le point d’accepter la mise en place d’un nouveau protocole, celui-ci inspiré par les discussions ayant eu lieu en janvier dernier à Cape Town !

Ce nouveau protocole, brièvement expliqué, passerait par l’obligation, pour les chevaux candidats à l’exportation, d’une mise à résidence obligatoire sur leur lieu habituel de vie et pour une durée de 40 jours avant l’entrée en quarantaine dans une zone (celle du Cap) réputée indemne de la maladie, puis une isolation dans cette zone pour une durée de 14/21 jours (pas encore vraiment déterminée), une vaccination interdite dans un laps de temps précis avant l’entrée en quarantaine (sachant que le seul vaccin disponible actuellement est à base de cellules souches vivantes, ce qui rend donc les chevaux évidemment positifs lors des tests effectués pendant la quarantaine, alors qu’ils ne sont ni malades ni porteurs du virus).

Après l’acheminement vers les pays de destination, une autre quarantaine relativement courte serait requise avant d’intégrer le cheptel local.

Le point majeur de cette discussion et l’effet évidemment recherché, après tant d’années d’exclusion, est de libérer de ce carcan les éleveurs, entraîneurs et propriétaires Sud-Africains et leur permettre, ainsi, d’être dans des conditions normales, partie intégrante du système courses au niveau international !

Il est clair que sous un prétexte parfaitement fallacieux et en toute connaissance de cause, pour certains pays, tels que ceux de l’hémisphère Sud, ces contraintes étaient plutôt vues d’un bon œil puisqu’elles annihilaient toute forme de concurrence. C’est grâce à la très forte détermination des Sud-Africains que les choses ont pu bouger depuis 2 ans.

Les succès répétés des chevaux sud-africains à l’étranger au plus haut niveau, entre autres ceux entraînés par Mike de Kock, ont largement contribué à cette nouvelle proposition pour l’instauration de nouvelles règles de quarantaine.

Maintenant il faut que l’essai soit transformé au plus vite, sachant que le pays souffre de cette exclusion du contexte international des courses et de l’élevage.

Après 8 années passées régulièrement en Afrique du Sud, je peux affirmer que l’élevage sud-africain, en dehors de quelques grosses entités basées au Cap, est en perte de vitesse, que la région des Midlands dans le Kwazulu Natal est plus particulièrement touchée, et que le plus grand haras, Summerhill Stud, tête de liste des éleveurs depuis près de 10 ans, a procédé à une réduction d’effectif le dimanche 14 mai dernier d’environ 110 juments et de 105 foals !

L’Afrique du Sud est le seul pays (parmi les pays les plus actifs au monde en terme de courses et d’élevage) à voir sa moyenne de ventes de yearlings stagner depuis 5 ans et en très nette diminution depuis ces dix dernières années, alors que la qualité de son élevage fait toujours preuve d’autant de qualité par le biais de ses chevaux courant à l’étranger !

Il n’est d’ailleurs pas très fairplay de la part des différents pays européens, tels que la France ou l’Angleterre, d’être aussi frileux pour accepter ces changements de règles compte tenu de l’investissement consenti dans ces différents pays par les acheteurs sud-africains tels que Markus Jooste, via son entité Mayfair Speculators, lequel a, depuis 3 ans, généreusement dépensé des millions d’euros dans l’achat de yearlings sur les différents marchés européens !

La France et sa délégation m’a assuré de son soutien lors de la réunion du Cap et semble à nouveau prête à défendre la mise en place des nouvelles règles. Nous verrons donc dans quelle mesure ces changements pourront rapidement se mettre en place après la réunion de dimanche dernier à Deauville.