ABU DHABI POULE D’ESSAI DES POULAINS (GR1) - Un soleil dans l’obscurité

Courses / 14.05.2017

ABU DHABI POULE D’ESSAI DES POULAINS (GR1) - Un soleil dans l’obscurité

DEAUVILLE, DIMANCHE

Parfois, les choses ne tiennent qu’à un fil, qui menace de se briser à n’importe quel moment. En 2016, tout avait souri à Jean-Claude Rouget, les fils du destin s’entrecroisant parfaitement pour lui permettre de réaliser une année exceptionnelle. Après les larmes de bonheur d’une année en apothéose, l’entraîneur palois a connu un début d’année 2017 difficile, un virus touchant l’un de ces barns… Celui des meilleurs mâles. L’année classique de Jean-Claude Rouget, avec les poulains, aurait pu être terminée avant d’avoir commencé. Mais le destin a ses facéties et Brametot XX (Rajasman), comme un miracle, ne se trouvait pas dans ce barn.

De la chance, et de la réussite… Le représentant d’Al Shaqab Racing et de Gérard Augustin-Normand aura fait vibrer son entourage et tout Deauville, sortant victorieux d’une lutte sans merci face à la résistance héroïque du magnifique Le Brivido (Siyouni), qui n’a rien lâché. Mais Brametot a mis son cœur sur la piste pour aller chercher Le Brivido, s’imposant d’une courte tête… Une courte tête qui change tout. Le destin est décidemment facétieux.

 

Une Poule splendide. Nous avons assisté ce dimanche à une Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains absolument magnifique, au bout du suspense. Brametot, comme à son habitude, est mal parti, mais sans perdre autant de terrain que dans le Prix de Fontainebleau (Gr3). Musardant à l’arrière-garde, côté tribune, il est venu appuyé sur la lice. Peut-être un peu perdu, il a ensuite penché sur sa droite, venant au côté de Rivet (Fastnet Rock), lequel n’a rien pu faire contre son accélération.

De l’autre côté de la piste, Le Brivido, poulain dont on ignorait la capacité à faire le mile, a eu un bon parcours, Pierre-Charles Boudot le cachant le plus possible avant de le décaler. Il a pris l’avantage, mais Brametot a réussi à venir le chercher. Il y a eu ces deux poulains et les autres. Rivet est troisième à trois longueurs, remportant l’autre course. Spotify XX (Redoute’s Choice) est quatrième, un nez devant Orderofthegarter (Galileo), vite sur jambes. Le grand malheureux de la course est Inns of Court XX (Invincible Spirit), dont la selle a avancé et qui, malgré cela, est sixième.

La lueur dans l’obscurité. Si Brametot courait pour la première fois sous la casaque d’Al Shaqab Racing, qui l’a acheté pour moitié, Jean-Claude Rouget était, lui, muni d’une veste violette qui n’était pas sans rappeler la toque de la casaque de Gérard Augustin-Normand, l’autre propriétaire de Brametot. L’entraîneur palois était évidemment très ému après la victoire de son pensionnaire. Depuis le début de l’année 2017, Jean-Claude Rouget avait les yeux humides, mais de tristesse, face au virus de rhinopneumonie à forme nerveuse qui a touché un de ses barns et coûté la vie à deux de ses poulains. Ce dimanche, les yeux étaient aussi humides, mais de bonheur.

L’entraîneur a dit : « Je ne vais pas revenir sur la maladie qui a touché un de mes barns, celui des mâles. Brametot avait la chance de ne pas être dans ce barn, sinon il ne serait pas là aujourd’hui. Ce qui est tout de même incroyable, c’est que Brametot n’ait pas été dans le barn contaminé… Tout simplement parce que depuis qu’il est yearling, il était dans un autre barn et qu’on ne change pas les chevaux de barn. Cela ne tient à rien… Pour nous, c’est fantastique et malgré l’absence d’environ cinquante chevaux, nous arrivons à faire une bonne année. »

Une première Poule d’Essai des Poulains pour Jean-Claude Rouget. Jean-Claude Rouget n’avait encore jamais remporté la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), et c’était d’ailleurs l’unique classique français qui manquait à son palmarès, puisqu’il a remporté la Poule d’Essai des Pouliches, le Qipco Prix du Jockey Club et le Prix de Diane Longines. De fait, Brametot est une première dans les French Guineas pour tout son entourage : son entraîneur, donc, mais aussi ses propriétaires (Al Shaqab Racing et Gérard Augustin-Normand), son jockey (Cristian Demuro), son père (Rajsaman), et son éleveur (le mystérieux Jorge Cardemil de Rurange).

Filmé durant la course, Jean-Claude Rouget a poussé Brametot jusqu’au bout avant de plisser les yeux au passage du poteau pour voir si son poulain s’était imposé. Il a dit : « Cela n’a pas été facile car il lui a fallu lutter avec un cheval qui était à plusieurs mètres de lui et il a été tenace. Il a fallu un peu de chance. Depuis les tribunes, à mi-parcours, je le croyais battu, je ne pensais pas qu’il aurait la force de venir. C’est très bien pour ses propriétaires, Al Shaqab Racing et Gérard Augustin-Normand, qui ont déjà fait équipe avec Ectot, un très bon cheval. Tout le monde travaille ensemble. Il fait cela face à de très bons chevaux, un très beau lot. J’en voyais sept capables de gagner aujourd’hui. C’est très difficile à réaliser, très difficile de gagner ces courses. De plus, je n’avais encore jamais gagné la Poule d’Essai des Poulains. Aux ordres, j’avais dit à Cristian Demuro de ne pas venir trop tôt : je trouvais que c’était ce qu’il s’était passé dans le Prix de Fontainebleau. Ce fut le cas aujourd’hui mais il m’a dit : "Je viens car je suis obligé de venir." »

Un poulain spectaculaire vers le Qipco Prix du Jockey Club. Dans son style, Brametot est un poulain assez incroyable, qui fait le show par ses fins de courses exceptionnelles. De retour au rond, il ne soufflait pas tant que cela et, bien cerné par son entourage, il est resté d’un calme olympien. Jean-Claude Rouget nous a dit : « Brametot n’est pas un poulain comme les autres. Il n’a pas un gros physique, mais il a beaucoup de cœur. En revenant aux balances, il était calme au milieu de tout le monde, il n’avait pas l’air trop éprouvé. Le Prix du Jockey Club est la suite logique. Par son pedigree, ce devrait être encore mieux pour lui sur 2.100m. » Brametot appartient en effet à une famille ayant notamment donné Monsun. Le Qipco Prix du Jockey Club 2017 s’annonce passionnant car Brametot pourrait y affronter (parmi d’autres !) un excellent finisseur : Al Wukair (Dream Ahead), représentant d’Al Shaqab Racing et récent troisième des 2.000 Guinées (Gr1).

Une équipe qui gagne. Le partenariat entre Al Shaqab Racing et Gérard Augustin-Normand n’est pas nouveau car il avait déjà eu lieu autour d’Ectot (Hurricane Run). Ce dernier n’avait pas couru la Poule d’Essai des Poulains suite à un pépin de santé. Al Shaqab Racing a acheté Brametot quelques jours avant cette Poule, à l'issue d'un accord réalisé par Nicolas de Watrigant (Mandore International Agency), lequel nous a dit être très heureux pour les deux propriétaires. Son Excellence le cheikh Joaan Al Thani était présent à Deauville durant ce week-end et il était manifestement très heureux de remporter le classique.

Harry Herbert, racing manager d’Al Shaqab Racing, nous a dit : « Nous travaillons de façon étroite avec Gérard Augustin-Normand et nous sommes vraiment très heureux. Nous avons un très bon partenariat. Remporter une course classique est toujours fantastique. Le cheikh Joaan est vraiment très heureux, très enthousiaste. C’est important pour lui qu’Al Shaqab continue de prospérer. »

La joie de Cristian Demuro. Une victoire d’une courte tête est souvent la victoire du jockey. Cristian Demuro est le deuxième pilote italien à remporter l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains après Lanfranco Dettori, qui a remporté les Guinées françaises à trois reprises, avec Vettori (Machiavellian), Bachir (Desert Style) et Shamardal (Giant’s Causeway). Mais il reste très humble : « J’ai gagné parce que Brametot est un champion. Il fallait un super cheval pour aller chercher Le Brivido, de l’autre côté de la piste, et le battre. Brametot est un pur. Il n’a perdu qu’une fois parce que j’avais fait la bêtise d’envoyer en début de parcours : il a tiré et il s’est étouffé. »

Talent et humilité, voilà ce qui définit Cristian Demuro : « C’est la victoire de toute l’équipe, de l’écurie Rouget, des propriétaires et aussi de l’élevage parce que Brametot est par Rajsaman, un étalon du haras de la Cauvinière. Je me sens comme un joueur dans une équipe. ». Cristian décroche son troisième classique en France. Brametot arrive après La Cressonnière (Le Havre). Le pilote nous a confié : « La Cressonnière restera pour toujours dans mon cœur mais cette victoire est plus belle parce qu’il a fallu lutter jusqu’au bout pour s’imposer d’une courte tête et avec un cheval de talent, mais délicat. »

Un grand moment pour le haras de la Cauvinière. Brametot offre un premier Gr1 et un premier classique à son père, l’étalon du haras de la Cauvinière Rajsaman (Linamix). Il appartient à la première production de l’étalon. Mathieu Alex et Sylvain Vidal étaient aux anges après ce succès. Les trois étalons du haras – Le Havre, Air Chief Marshal et Rajsaman – ont désormais tous donné un gagnant de Gr1. Mathieu Alex nous a dit : « C’est de la folie ! Quand on y pense… Frankel, qui est un très bon étalon, a eu plusieurs partants dans les différentes Guinées et sa meilleure performance est une cinquième place. Cela montre à quel point le marché des étalons est hyper compétitif. Rajsaman a donné un gagnant classique et Brametot est vraiment un cheval qui fait rêver. Cela fait quatre ans que nous rêvons jour et nuit de ce moment. Nous avons toujours adoré Rajsaman avec Sylvain, qui était très proche de monsieur Lagardère. Rajsaman est un fils de Linamix. Il est très bien né. En course, et notamment dans le Prix d’Ispahan, il nous avait scotchés. Nous avons la chance d’avoir de bons partenaires au haras… C’est tout un travail d’équipe qui a été réalisé. »

Le Brivido s’incline du minimum. Le Brivido (Siyouni) est un poulain qui marque. Il est magnifique, tout en puissance. Ce fils de Siyouni réalise une grande performance dans la Poule d’Essai des Poulains, lui qui était invaincu en deux sorties dans des courses à conditions… sur 1.200m et 1.300m ! Le pensionnaire d’André Fabre a dû s’incliner tout à la fin mais il faudra le revoir, car il montre ce dimanche qu'il est un cheval de Gr1. Pierre-Charles Boudot, jockey de Le Brivido, a expliqué : « Il a réalisé une très belle performance car il n’a que peu d’expérience. C’est un tout bon cheval. La course rythmée nous a permis de pratiquer la course d’attente, comme le gagnant. Il n’y a pas grand-chose au passage du poteau. C’est dommage. »

Rivet prend rendez-vous avec le Jockey Club. Rivet a confirmé sa valeur en prenant une bonne troisième place. Aux avant-postes au centre de la piste, il n’a pas trouvé les arguments pour repousser les attaques des deux premiers mais a rallié le poteau six longueurs devant les autres. Lanfranco Dettori n’est pas déçu et pense plutôt à l’avenir: « Rivet est un bon poulain, régulier et lutteur, et il l’a confirmé ici. Il fera mieux sur plus long : sur le mile, il doit forcer face à des rivaux qui ont plus de vitesse que lui. Le Prix du Jockey Club est une course sur mesure pour lui. » William Haggas, l’entraîneur, nous a confié : « Le cheval a bien couru et a livré un bel effort, face à un lot bien composé. Les deux premiers avaient trop de ressources pour lui, mais il n’a pas craqué et se montre sérieux jusqu’au bout. Il va aller vers le Qipco Prix du Jockey Club. »

On aura donc le plaisir de revoir à Chantilly son coéleveur et copropriétaire Lester Piggott. Ce dimanche, autour de midi, il avait marché sur la piste pour comprendre où il fallait faire galoper Rivet. À 81 ans, Lester Piggott avait compris où le gazon était meilleur…

Spotify, sans œillères mais avec de la marge. Spotify s’est montré courageux pour venir arracher la quatrième place à Orderofthegarter. Le représentant de l’écurie Wertheimer & Frère courait pour la première fois sans les œillères ce dimanche et le test a été concluant. Il est nettement dominé par les trois premiers, mais ce poulain tardif ne demande qu’à s’épanouir. Pierre-Yves Bureau, qui manage les intérêts de l’écurie Wertheimer & Frère, nous a dit : « Spotify court bien et est courageux pour venir rattraper Orderofthegarter. C’est un poulain très jeune, né très tard, et il peut encore progresser. Aujourd’hui, sans les œillères, il s’est montré très calme, c’était donc très positif. »

Orderofthegarter, options ouvertes. Animateur de son peloton, Orderofthegarter a demandé à souffler à 600m, comme pris de vitesse. Son jockey, Seamie Heffernan, l’a laissé respirer, et, actionné aux bras, il s’est bien relancé. Orderfothegarter était l’un des invités un peu surprise de Coolmore, dans le sens où il était plutôt annoncé initialement sur les 2.000 Guinées d’Irlande (Gr1). M. V. Magnier nous a déclaré : « Son entraîneur, Aidan O’Brien, semble assez content de sa course. Concernant sa prochaine sortie, le Prix du Jockey Club est bien sûr une possibilité ou il pourrait rester sur le mile. Nous verrons comment il récupère pour décider de son futur. »

PEDIGREE WEATHERBYS : http://jourdegalop.com/wp-content/uploads/2017/05/brametot.pdf

La famille de Monsun. Brametot a été acheté foal chez Arqana, en décembre 2014, par Sylvain Vidal, pour 26.000 €. Élevé par Jorge Cardemil de Rurange, il était présenté par le haras du Logis. Sa mère est une jument allemande, Morning Light (Law Society), gagnante de deux courses et qui a déjà produit Mulan (Marju), deuxième du Grand Prix du Nord (L) et d’un Gr3 en Allemagne. Morning Light est une sœur du grand étalon Monsun (Königsstühl). Cette famille est aussi celle de Molly Malone (Lomitas), lauréate d’un Qatar Prix du Cadran (Gr1).

Nous avions consacré un long article sur la genèse du poulain, que vous pouvez relire ici : http://jourdegalop.com/2017/04/aux-origines-on-a-retrouve-leleveur-de-brametot/

   Mendez
  Linamix 
   Lunadix
 Rajsaman  
   Lammtarra
  Rose Quartz 
   Graphite
BRAMETOT XX (M3)   
   Alleged
  Law Society 
   Bold Bikini
 Morning Light  
   Surumu
  Mosella 
   Monasia

LES CHRONOS

TEMPS PARTIELS

Du départ à 1.000m : 37’’60

De 1.000m à 600m : 22’’84

De 600m à 400m : 11’’60

De 400m à 200m : 11’’86

De 200m à l’arrivée : 12’’92

Temps total : 1’36’’82