LE BLOC-NOTES DE CHRISTOPHER GALMICHE - De l’Angleterre à l’Allemagne en passant par le Lion-d’Angers et Auteuil

Courses / 07.05.2017

LE BLOC-NOTES DE CHRISTOPHER GALMICHE - De l’Angleterre à l’Allemagne en passant par le Lion-d’Angers et Auteuil

 

Il y en a eu pour tous les goûts entre le mardi 2 et le samedi 6 mai pour les amateurs d’obstacle. Des succès à consonnances anglaises et allemandes aux démonstrations de chevaux de bonne famille, aux révélations et aux confirmations. Retour sur cette semaine ponctuée par un grand éclair de classe, celui de Whetstone  (Saint des Saints), lauréate du Prix Wild Monarch (L).

Les haies françaises, un bon tremplin en vue du steeple pour Fixe le Kap

Le mardi 2 mai à Compiègne, Fixe le Kap (Kapgarde), un élève d’Olivier Tricot et Max Hennau, s’est imposé dans le Prix du Cher (L), comme un vrai cheval anglais. Il a semblé dominé avant de revenir gagner au courage. Dans sa jeunesse, il a montré de la qualité chez Richard Chotard et surtout du modèle, l’un des critères principaux pour les acheteurs anglo-irlandais. Pourquoi le modèle ? Tout simplement parce que dans l’esprit anglo-saxon, l’obstacle, c’est le steeple. Les claies, ce n’est qu’une période d’apprentissage, sauf si l’on ne peut pas faire autrement. Acquis par Simon Munir et Isaac Souede, il a rejoint les boxes de Nicky Henderson. Mais jusqu’à ce mardi, il n’avait pas montré grand-chose outre-Manche, courant au mieux des gros handicaps sur les claies. En gagnant à Compiègne, il a dévoilé un autre visage, celui qu’on lui a connu avant qu’il ne quitte Chantilly, celui d’un bon cheval en devenir. Son entourage l’a envoyé dans l’Oise et bien lui en a pris, puisque Fixe le Kap a doublé ses gains en remportant sa première Listed. Mais il a surtout repris contact avec les haies françaises, considérées comme des petits fences par les Anglais. Son voyage a donc été fructueux sur tous les tableaux puisqu’il devrait se consacrer au steeple lors de la prochaine saison anglo-irlandaise. Sa course de mardi était une bonne étape intermédiaire avant de découvrir les fences à l’automne.

Le sans faute d’Izzo

Pour le moment, on ne peut pas reprocher grand-chose à Izzo (Tertullian), invaincu en trois sorties en obstacle et lauréat du Prix Durtain (L), mardi à Compiègne. Sur le papier, c’est le cas, mais sur la piste, il fait encore des erreurs qui restent à gommer. Son propriétaire, Eckhard Sauren, a déjà eu un bon cheval en obstacle, Atamane (Winged Love), lauréat du Prix Léon Olry-Roederer (Gr2) 2008. Mais Atamane faisait Auteuil. Izzo pourrait découvrir la butte Mortemart lors du Prix Questarabad (Gr3). Il n’est pas sûr que la piste parisienne convienne pour le moment à ce cheval très tendu avant la course et brouillon dans ses sauts. D’autant qu’il n’a que 4ans et le nom de ses possibles rivaux peut faire frémir : De Bon Cœur  (Vision d’État), D’Vina  (Smadoun), D’Entrée de Jeu  (Network)… Une crack et deux excellentes pouliches qui connaissent Auteuil. La dernière fois que De Bon Cœur a croisé un possible challenger, Saint Calvados (Saint des Saints), elle l’a écœuré avec une facilité dérisoire… Mais d’un autre côté, Izzo n’a plus le choix du programme et une tentative dans un Groupe lui permettra de prendre du métier et à son entourage de voir si Auteuil peut lui convenir.

Sao a tout pour plaire

Avant ses débuts dans le Prix Grandak que l’on pourrait assimiler à un Prix de Crèvecœur en plat, Sao (Great Pretender) était précédé de bruits flatteurs. Grand poulain, taillé pour le steeple, il est de plus très bien né. C’est le frère de Frodon (Nickname), triple gagnant de Groupe sur le steeple anglais sous l’entraînement de Paul Nicholls, et vainqueur d’un très gros handicap Gr3 à seulement 4ans, et le neveu de Medermit (Medaaly), triple vainqueur de Groupe outre-Manche, deux sur les claies et un en steeple, mais aussi multiple placé de Gr1 en steeple. Tous les éléments sont donc réunis pour attirer les regards de nos voisins de Grande-Bretagne et d’Irlande sur ce poulain du haras du Saubouas. D’autant qu’il a ouvert son palmarès avec énormément de marge sur les haies de Compiègne et qu’il est encore bébé, selon son entraîneur, Guillaume Macaire.

Candide réussit sa transition

Lauréat du Prix Thomas Bryon (Gr3) 2015, Candide (Turtle Bowl) n’a pas mis longtemps à comprendre son nouveau métier de sauteur. Le poulain d’Édouard de Rothschild a remporté plaisamment sa course à Compiègne ce mardi. Il s’est baladé face à une opposition à sa portée. Il apprend vite car passer du plat à l’obstacle et assimiler la transition n’est pas si simple. Par le passé, sans remonter à Le Paillon, gagnant du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) et de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1), on peut citer Manzor (Cricket Ball) qui avait gagné le Prix du Petit Couvert (Gr3) à 2ans sur les 1.000m de Longchamp, avant de réussir à s’imposer en haies à Enghien. Des chevaux de classe comme Nononito, Kasbah Bliss, Bayolidaan, ou encore Germinis avaient assez de qualité pour briller à haut niveau dans les deux disciplines. Candide pourra-t-il faire aussi bien et gagner un Groupe en obstacle ? Il est encore tôt pour le dire, mais il emprunte le bon chemin.

Kick On, le roi du cross au Lion… et en France ?

En fouillant dans notre mémoire à la recherche de l’actuel meilleur cheval de cross en France, plusieurs noms nous sont venus à l’esprit. Il y a bien sûr Virtus d’Estruval (Panoramic), gagnant de deux Grands Cross à Fontainebleau, mais surtout celui de Kick On (Poliglote). Le cross désigne son ambassadeur européen avec le Crystal Cup, mais en France, les parcours de Pau, du Lion et de Craon, dans l’ordre calendaire, tiennent une place prépondérante. À Pau, il n’y a pas eu un cheval capable d’asseoir sa domination tout au long du meeting, même si quelques sujets nous ont procuré de belles émotions. À Craon, il est encore trop tôt pour savoir qui prendra la suite de Vinga (Voix du Nord). Mais au Lion-d’Angers, nous avons donc Kick On. Ce jeudi, le représentant de Magalen Bryant a gagné sa préparatoire dans un canter. C’était un véritable régal à regarder. Il n’a pas fait une faute sur les principales difficultés et ne demandait qu’à avancer, se jouant des obstacles. Il est en pole position pour réussir le doublé dans l’Anjou-Loire Challenge (L). Ce serait intéressant de le voir à Pau, où il a déjà gagné, même si, lorsque l’on a un crack en cross, rodé sur un parcours, mieux vaut éviter de le dérégler autre part.

Devoir de famille

Il est loin, très loin le temps où l’obstacle était en quelque sorte la "poubelle du plat". Désormais, il est rare de voir un gagnant de Groupe dans la discipline sans un vrai papier. Ce printemps à Auteuil, deux matrones se détachent : Westonne (Mansonnien), mère de So French (Poliglote), Device (Poliglote) et Whetstone  (Saint des Saints), qui nous a émerveillés avec son succès dans le Prix Wild Monarch (L), et Santa Bamba (Saint des Saints), à un niveau légèrement inférieur, génitrice de la championne De Bon Cœur  (Vision d’État) et du prometteur Envoyé Spécial  (Coastal Path). Westonne et Santa Bamba sont à l’origine des deux meilleures impressions visuelles du printemps chez les 3ans avec Whetstone, encore plus impressionnante que ses frères lors de leurs débuts, et Envoyé Spécial, qui a écrasé l’opposition à Compiègne. Grâce à Whetstone, Guillaume Macaire a enlevé son premier Prix Wild Monarch-pouliches. Il avait déjà gagné la version masculine avec Calotin (Martaline). Mais il faut dire que ce n’est pas une épreuve que le professionnel royannais court régulièrement. D’ailleurs, Whetstone, comme Calotin, étaient tous deux engagés à Dieppe avant de finalement courir la Listed pour inédits.

Darling des Bordes  enrichit l’armada des 4ans de Groupe chez Guillaume Macaire

Guillaume Macaire est bien armé avec les steeple-chasers de 4ans en vue des grandes échéances. Il peut compter sur Edward d’Argent (Martaline), Full Glass (Diamond Green) ou encore Burn Out  (Saddler Maker). Mais Darling des Bordes  (Balko) a gagné le Prix Jean de La Rochefoucauld, vendredi à Auteuil, comme un sérieux postulant aux Prix Ferdinand Dufaure et Maurice Gillois (Grs1). Pas une faute dans le parcours et un canter pour finir. Le cheval de la famille Papot est aussi capable de bien faire en haies. Son éclectisme et sa classe rappellent les talents du champion Bel la Vie (Lavirco). Sans compter que Darling des Bordes dégage lui aussi quelque chose de plus que les autres chevaux.