Derek Brugman : « Un bon cheval est un bon cheval, quel que soit son âge »

Courses - International / 03.05.2017

Derek Brugman : « Un bon cheval est un bon cheval, quel que soit son âge »

 

Racing manager de Mayfair Speculators, l’entité de Markus Jooste et de ses associés, Derek Brugman a accepté de répondre à nos questions après l’impressionnante victoire de Straight Shooter (Frankel) dans le Prix Pas de Deux (Inédits). Il nous présente le développement de la casaque sud-africaine en Europe.

Jour de Galop. – Quelle a été votre impression après la victoire de Straight Shooter, lundi à Saint-Cloud ?

Derek Brugman. – Il est difficile de juger la qualité du lot, mais l’impression visuelle était très belle. Après la course, j’ai envoyé un SMS à André Fabre pour le remercier. André est un homme de peu de mots et il a dit que le poulain avait été très plaisant. C’est un excellent entraîneur et il décidera de la suite du programme, mais nous allons certainement y aller course après course avec lui.

Vous l’aviez acheté 400.000 €, yearling, à Arqana, ce qui est un prix élevé, mais relativement raisonnable pour un produit de Frankel. Qu’est-ce qui vous avait séduit chez lui ?

Physiquement, il était encore très immature à ce moment-là. On voyait qu’il allait avoir besoin de temps et c’est peut-être pour cela que nous avons réussi à l’avoir à ce prix-là. Nous souhaitons acheter avant tout de bons chevaux, que ce soit à 2ans, 3ans, 4ans ou 5ans : un bon cheval est un bon cheval, peu importe l’âge. Et s’ils ont besoin de temps, nous le leur donnons. Straight Shooter s’est imposé lundi alors qu’il n’a même pas encore 3ans : il est né un 20 mai !

Vous achetez aussi bien des poulains que des pouliches. Pourquoi ?

Nous ne portons pas notre attention particulièrement sur les mâles ou les femelles. Le but est d’acheter des chevaux pouvant devenir de futurs étalons ou des poulinières. Ainsi, en 2015 à Arqana, nous avions acheté quatre poulains et trois pouliches.

Sont-ils destinés à aller en Afrique du Sud dans le futur, ou resteront-ils en Europe ?

Les chevaux avec des pedigrees internationaux sont destinés à rester en Europe. Par exemple, une jument comme The Juliet Rose (Monsun) ira à l’un des meilleurs étalons européens lorsqu’elle prendra sa retraite. Elle est encore à l’entraînement cette année. Elle a passé un bon hiver et sera certainement encore meilleure cette année. Nous avons hâte de la revoir en piste.

Combien de chevaux avez-vous en Europe ?

Sans compter les poulinières et les foals, nous avons des parts dans soixante chevaux en Europe. En France, ils sont chez André Fabre et Nicolas Clément. En Angleterre, nous en avons chez William Haggas notamment. Il y en a aussi en Irlande chez Aidan O’Brien, comme Douglas Macarthur (Galileo) [quatrième du Critérium de Saint-Cloud et deuxième de Gr3 pour sa rentrée, acheté 1.250.000 Gns en association avec Coolmore, yearling, ndlr]. Cela se passe plutôt bien et nous avons eu quelques bons résultats.

Mayfair a jusque-là été présent aux ventes de yearlings en Europe. Pourriez-vous faire le déplacement pour d’autres ventes, comme les breeze up ?

Si nous voyons un cheval qui nous plaît dans une breeze up, nous étudierons son cas, évidemment. Mais être présents à toutes les ventes européennes reste difficile, pour des raisons pratiques. Nous sommes basés en Afrique du Sud et il nous faut aussi être sur place et investir dans notre pays.

L’Afrique du Sud possède des chevaux de très bon niveau, mais le pays est handicapé par les restrictions sanitaires assez sévères. Pourquoi avoir choisi d’investir en Europe en sachant qu’il sera très compliqué de faire la navette ?

Nous avons une quarantaine très longue pour les chevaux qui souhaitent sortir d’Afrique du Sud. Cela rend les choses très difficiles, notamment pour faire progresser l’élevage dans le pays. Il y a déjà des chevaux de très bon niveau, mais il serait positif de pouvoir importer de nouveaux courants de sang… Et aussi d’en exporter ! Nous espérons pouvoir, un jour, être en mesure de le faire. D’autant plus que certaines études scientifiques appuient la théorie d’une quarantaine moins contraignante.

De plus, on constate en Afrique du Sud une confiance des acheteurs internationaux envers nos chevaux. Par exemple, nous avons acheté des chevaux dans les ventes locales avec Coolmore. Il y a un potentiel certain dans ce pays si les règles d’exportation s’assouplissent. En attendant, les règles sont les règles et il faut faire avec. Nous avons choisi d’investir en Europe car nous aimons avoir des partants dans les plus belles courses du monde. Et notre plan est sur le long terme en Europe. Nous allons continuer à investir sur ce continent et à développer notre entité de courses et d’élevage.

Dans notre prochaine édition, retrouvez notre rubrique "Aux origines de", consacrée à Straight Shooter.

Quand l’Europe commence à Deauville

Pour retrouver la toute première trace de Mayfair Speculators en Europe, il faut remonter au mois d’août 2014. À Deauville, un nouvel investisseur fait sensation, achetant deux lots lors de la vente de yearlings d'Arqana en août : une pouliche par Galileo et Dance Secretary moyennant 1.000.000 €, et un mâle par Invincible Spirit et Prudenzia pour 1.100.000 €.

De la France à l’Angleterre et aux grands partenariats. Attachés à la France, les associés de Mayfair Speculators sont revenus à Deauville en 2015, achetant quatre poulains et trois pouliches durant le mois d’août. Pourquoi la France ? Markus Jooste est le directeur général de Steinhoff International Holdings Limited, entreprise spécialisée dans la manufacture, la vente de mobilier et de biens ménagers, entre autres. En février 2016, il a expliqué au Racing Post : « Je passe beaucoup de temps en France pour mon travail, Conforama étant l'un de mes principaux clients. Il serait peut-être sympathique d’y acheter des terres dans le futur. Je pense que la France possède quelques-uns des plus beaux hippodromes du monde, mais j’aime aussi les courses en Angleterre, en Irlande et en Allemagne. Mon but ultime serait de remporter le Prix de l’Arc de Triomphe mais, pour le moment, je serais déjà content d’y avoir un partant ! » La France donc, mais pas uniquement. Mayfair Speculators a effectué une arrivée spectaculaire à Tattersalls lors de la vente de yearlings d’octobre 2015. Conseillés majoritairement par Peter et Ross Doyle, ils achètent treize yearlings, pour un total de 4.795.000 Gns. Dès 2015, les associés de Mayfair Speculators décident de s’associer avec plusieurs puissances européennes des courses : Coolmore bien sûr – avec lesquels ils ont aussi acheté la mère d’Harzand en décembre 2016 à Tattersalls –, le China Horse Club et Qatar Racing. Mayfair Speculators s’est imposé en l’espace de trois ans comme l’un des investisseurs majeurs en Europe, et cela devrait certainement encore se poursuivre.

Mayfair, l'une des grandes forces de l’Afrique du Sud. En Afrique du Sud, Mayfair Speculators n’est plus à présenter. La casaque de l’homme d’affaires Markus Jooste et de ses associés est incontournable dans le pays. Leur meilleur représentant a été le champion miler Variety Club (Var) qui, sur la scène internationale, a remporté un Godolphin Mile (Gr2) et le Champions Mile (Gr1) de Hongkong. Avec d’autres associés, Mayfair Speculators possède le haras Summerhill Stud, où sont basées 300 juments. Onze étalons sont référencés sur le site internet du haras. Markus Jooste a aussi des parts dans Klawervlei Stud, le haras créé par John Koster.

En piste, Markus Jooste a déjà été couronné champion owner à plusieurs reprises en Afrique du Sud. En 2017, la casaque de Mayfair Speculators est encore très bien nantie, notamment grâce à un certain Legal Eagle (Greys Inn), gagnant en janvier dernier de l’important L’Ormarins Queen’s Plate (Gr1), puis deuxième du Sun Met (Gr1). Il reste sur un succès dans les Horse Chestnut Stakes (Gr1), épreuve nommée en l’honneur du champion local Horse Chestnut, gagnant de Gr3 à Gulfstream Park et légende dans son pays. Sacré Cheval de l’année 2016 en Afrique du Sud, Legal Eagle sera en piste ce samedi 6 mai à Turffontein, dans le Premier’s Champions Challenge (Gr1), épreuve dont il est le tenant du titre.

Enfin, la puissance de Markus Jooste en Afrique du Sud se manifeste aussi dans les ventes de chevaux puisque c’est l’homme d’affaires, avec d’autres grands propriétaires, qui a créé les importantes ventes de Cape Thoroughbred Sales, l’un des rendez-vous majeurs des ventes sud-africaines. Et où les investisseurs étrangers répondent de plus en plus présent… Si un assouplissement des conditions de quarantaine venait à avoir lieu dans le futur, l’Afrique du Sud a de nombreux atouts pour investir la scène internationale.