Fabrice Chappet dans une autre dimension

Courses / 15.05.2017

Fabrice Chappet dans une autre dimension

Par Franco Raimondi

Fabrice Chappet a gagné ses galons. Depuis samedi après-midi, il est entraîneur classique. Il ne s’agit pas d’un détail. Remporter une épreuve classique, c’est l’aboutissement d’une carrière. La gloire sans raccourci. Il a accueilli Précieuse (Tamayuz), lauréate de l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches, les yeux cachés derrière des lunettes noires "à la Bobby Frankel", en restant presque muet face aux sollicitations de la presse. Quarante-huit heures après ce grand moment, il a quelque peu retrouvé sa faconde…

Jour de Galop. – Comment se sent-on avec les galons d’entraîneur classique ?

Fabrice Chappet. – Très bien, surtout parce que Précieuse et Vue Fantastique n’ont pas accusé le coup de leurs efforts. Elles sont rentrées en parfait état et ont tout mangé ! Pour un entraîneur, la chose primordiale, c’est d’abord que les chevaux rentrent intacts des courses. La victoire de Précieuse et la deuxième place de Vue Fantastique nous donnent la chance de penser à l’avenir, à de nouveaux défis…

Revenons aux pouliches donc. Précieuse sera-t-elle supplémentée à Royal Ascot ?

Comme je l’ai dit tout de suite après la Poule, ses propriétaires se sont montrés un peu timides, ou bien je n’ai pas su être assez convaincant au moment des engagements, mais Précieuse s’est payée elle-même le déplacement à Royal Ascot ! La pouliche mérite cet essai face aux anglaises et aux irlandaises. C’est la dernière course où elle peut affronter uniquement des femelles de 3ans à ce niveau en Europe…

 

Vue Fantastique a remarquablement couru dans le Saint-Alary. Avec une telle casaque, va-t-elle partir aux États-Unis ?

Vue Fantastique a été achetée par Martin Schwartz, par l’intermédiaire d’Hubert Guy et de Michel Zerolo, dans le but de continuer sa carrière aux États-Unis. Mais vous savez comme moi que Martin Schwartz a une affinité toute particulière avec le Prix de Diane Longines, qu’il a déjà remporté avec Stacelita. Cette course constitue une étape logique dans la carrière de Vue Fantastique. La pouliche a progressé de 4 longueurs à chacune de ses sorties ! Espérons que ce soit encore le cas la prochaine fois.

 

Avec Précieuse, vous avez fait un vrai "truc" d’entraînement, en faisant découvrir le mile à la pouliche le jour de la course. Quand avez-vous considéré Précieuse comme une pouliche pour la Poule ?

Ses propriétaires éleveurs y croient… depuis trois ans ! En fait, ils l’ont baptisée Précieuse car dès sa naissance, ils ont cru déceler en elle une pouliche classique. Elle n’a couru que sur 1.200m à 2ans, en étant placée de Listed. Le premier objectif de cette année était de gagner une course black type. Après une rentrée victorieuse, nous avons logiquement couru le Prix Sigy (Gr3), dont elle a pris la deuxième place derrière Fas (Fastnet Rock), puis il a fallu penser à la rallonger. Précieuse a toujours travaillé comme une pouliche capable de tenir 1.600m. De façon générale, je préfère courir mes chevaux sur trop court que trop long. Cela permet d’éviter qu’ils prennent dur et rallonge leur carrière. C’est peut-être quelque chose que j’ai ramené de ma période aux États-Unis.

Vos maîtres d’apprentissage ont été la légende d’Amérique John Nerud et Robert Collet. Deux grandes écoles…

Je suis content que vous compreniez l’importance d’avoir travaillé pendant cinq ans chez l’un des grands hommes de l’histoire du galop américain qu’est John Nerud ! En France, j’ai l’impression qu’il est très peu connu… J’ai beaucoup appris chez lui ainsi, évidemment, que pendant mes cinq années passées chez Robert Collet. Je me suis installé à mon compte en 1996.

Votre écurie est montée en puissance saison après saison. Après le week-end deauvillais, vous êtes quatrième dans le classement par gains des entraîneurs et vos chevaux ont pris (prime comprise) 1.212.400 €. Dans une colonne, celle des gains par cheval, vous êtes en tête. Quel est le chiffre, la statistique, dont vous êtes le plus fier ?

Depuis mes débuts dans la profession, presque à chaque saison, j’ai enregistré plus de victoires que des chevaux à l’écurie. C’est une démonstration de solidité. Et les résultats sont en progression depuis presque toujours…

Vous travaillez avec plus d’une trentaine de propriétaires différents. Est-ce un problème de travailler avec une clientèle aussi large ?

Le recrutement de nouveaux propriétaires a toujours été l’une des mes préoccupations majeures et je dois dire que cela a plutôt bien fonctionné. Cela demande évidemment un petit peu plus d’attention dans le créneau des "rapports avec la clientèle" mais j’ai des bons propriétaires. Pas mal de clients sont associés sur des chevaux. J’ai moi-même quelques participations dans certains chevaux. En ce moment, j’ai 90 chevaux, dont la moitié sont des 2ans.

Vous faites partie des entraîneurs qui achètent aux ventes. Est-ce toujours une obligation avec l’effectif que vous avez actuellement ?

Au tout début, je n’avais pas d’autres moyens de toucher un cheval que via les ventes. Depuis quelques années, des propriétaires-éleveurs sont arrivés à l’écurie, comme notamment le haras d’Étreham, Berend van Dalfsen, ou Brendan et Anne-Marie Hayes. C’est très important d’avoir aussi des chevaux élevés par leurs propriétaires. C’est un plus qualitatif pour l’écurie.

Vous faites même partie des rares entraîneurs à faire leur shopping au-delà de nos frontières, sans avoir l’air de se préoccuper uniquement de la prime.

La prime est le dernier de mes soucis quand je décide d’acheter un yearling. Aux ventes, je cherche le bon cheval, sans regarder s’il est français ou étranger. La prime n’est importante, voire décisive, que pour les chevaux médiocres. Au moment du choix, je pense avant tout au cheval. S’il est français, tant mieux ! Et je n’hésite pas à acheter un yearling, même si je n’ai pas un client déjà désigné. Une partie du travail de l’entraîneur est aussi de trouver un client pour un bon cheval.

La croissance de votre écurie vous a-t-elle donné des soucis dans la gestion des chevaux ou du personnel ? 

Mon écurie a effectivement pris de l’ampleur au fil des ans. J’ai pour habitude de ne jamais rien refuser. On peut avoir des problèmes si on passe d’un jour à l’autre de 30 à 90 chevaux, mais dans mon cas, l’écurie est arrivée à sa dimension actuelle progressivement. J’ai donc pu maîtriser cette croissance. Avoir plus de chevaux, cela permet d’être patient avec ceux qui ont besoin de temps, et d’aller aux courses avec ceux qui sont réellement compétitifs.

Pour ce qui est du personnel, c’est avant tout une question d’organisation. J’ai une bonne équipe, avec pas moins de six Italiens, dont Fabio Carnevali qui occupe un poste à responsabilités après avoir été entraîneur lui-même en Italie, et José Serra, qui est le cavalier de Précieuse. Pour le personnel aussi, il faut chercher le bon là où il se trouve !