Un Français peut remporter le Kentucky Derby cette année…

International / 04.05.2017

Un Français peut remporter le Kentucky Derby cette année…

Samedi, vingt poulains seront au départ du Kentucky Derby (Gr1) à Churchill Downs. L’aura du Run for the Roses dépasse les frontières de l’Amérique. Demandez à un novice si le Kentucky Derby lui dit quelque chose : il y a de fortes chances que ce soit le cas. Pourtant, les chevaux français et européens ne courent quasiment jamais cette épreuve.

 

La France en force. « My old Kentucky Home », dit la chanson… Les Français ne sont pas comme à la maison à Louisville, mais l’histoire de la ville a été marquée par la France et son nom l’indique bien. Et si les Américains sont bien les rois dans le Kentucky Derby, les Français débarquent en force pour les détrôner. Regardez bien sur le programme : trois "FR" assimilés "USA", et un "BEL" assimilé "FR". Rien que ça ! Mais ce sont des bipèdes…

Julien Leparoux montera une première chance : Classic Empire (Pioneerof the Nile), qui a hérité du 14 dans les boîtes. Un numéro jugé parfait par son entourage. Le pensionnaire de Mark Casse n’est autre que le gagnant de la Breeders’ Cup Juvenile (Gr1) – un point pas forcément positif en vue du Kentucky Derby. Il reste sur un succès dans l’Arkansas Derby (Gr1). Julien Leparoux n’a pas encore remporté le Kentucky Derby. Il n’avait pas été très heureux dans le Gr1 en 2012, alors qu’il était associé à Union Rags.

Flavien Prat pilotera Battle of Midway (Smart Strike), qui s’élancera de la stalle 11. Il reste sur une deuxième place sur les 1.800m du Santa Anita Derby (Gr1), plafonnant pour finir. Ce sera le premier Kentucky Derby du jockey.

Florent Géroux sera associé à Hence (Street Boss), gagnant facile du Sunland Derby (Gr3). Le pensionnaire de Steve Asmussen s’élancera de la stalle 8. Ce sera son deuxième Kentucky Derby, le premier ayant été en 2016 avec Gun Runner.

Last but not least, Christophe Soumillon sera en selle sur Thunder Snow (Helmet), l’une des attractions de la course. Le jockey a déjà couru le Kentucky Derby : c’était avec Mubtaahij (Dubawi), l’élève du haras de l’Hôtellerie. Entraîné par Mike de Kock, Mubtaahij avait conclu huitième.

Les jockeys français s’adaptent bien aux États-Unis et sont d’excellents ambassadeurs des courses Made in France. Les réussites de Julien Leparoux, Florent Géroux et Flavien Prat sur le nouveau continent le montrent, même s’ils n’ont pas encore remporté le Kentucky Derby. Cela viendra certainement un jour…

Mais un cheval ? Un entraîneur ? Un propriétaire ? Un entraîneur français installé aux États-Unis pourrait, bien sûr, remporter l’épreuve, de même qu’un propriétaire français choisissant d’acquérir un cheval américain, entraîné sur place. Mais la saveur serait tout de même différente… Un cheval entraîné en France ou en Europe qui viendrait à remporter le Kentucky Derby, cela relève encore d’une jolie utopie. Le rêve américain n’est pas très accessible, si ce n’est quasiment impossible. C’est en tout cas ce que nous dit l’histoire…

L’ombre d’Arazi. Pour les passionnés de courses, la victoire d’Arazi (Blushing Groom) dans la Breeders’ Cup Juvenile (Gr1) reste un must seen. Le pensionnaire de François Boutin avait réalisé quelque chose d’exceptionnel ce jour-là, qui l’avait propulsé grandissime favori du Kentucky Derby (Gr1). Avec Arazi, le rêve américain n’a jamais paru aussi proche. Il était LA star annoncée. Mais cela est resté un rêve. Parti à l’extérieur dans le Kentucky Derby, Arazi s’est retrouvé loin, comme dans la Breeders’ Cup. Dans le dernier tournant, il a fait un effort monstrueux pour contourner le peloton et se porter quasiment sur la ligne de tête. Mais la ligne droite, pourtant courte, de Churchill Downs, lui a semblé longue, très longue… Il conclut finalement huitième, l’épreuve étant remportée par Lil E. Tee. Arazi n’a jamais retrouvé son meilleur niveau ensuite. Peut-être a-t-il laissé une partie de son cœur sur le sable de Louisville.

D’autres européens ont tenté leur chance dans le Kentucky Derby. Tous s’y sont cassé les dents. Bold Arrangement (Persian Bold), entraîné par Clive Brittain, n’était pas passé loin de l’exploit. Il avait conclu deuxième, n’étant battu que par Ferdinand (Nijinsky), un petit phénomène américain à la fin de vie tragique. On peut aussi citer Johannesburg (Hennessy), gagnant de la Breeders’ Cup Juvenile (Gr1) et huitième à Churchill Downs, sans jamais faire illusion.

Une course impossible. Comment expliquer que les chevaux européens n’arrivent pas à remporter le Kentucky Derby ? Manque de qualité ? Certainement pas, un très bon 3ans européen a le niveau pour remporter le Run for the Roses. Non aptitude au dirt ? Non plus. Arazi et Johannesburg avaient montré leur aptitude à la surface dans la Breeders’ Cup Juvenile et on a déjà vu des chevaux européens briller dans les Belmont Stakes (Gr1), par exemple. Malédiction de la Breeders’ Cup Juvenile ? Probablement pas, même si réussir le doublé Breeders’ Cup Juvenile – qui reste une course dure – et Kentucky Derby est compliqué.

Alors où est le problème ? C’est tout le Kentucky Derby en lui-même, l’archétype de la course américaine dans toute sa "splendeur". C'est une course à la mort : il faut bondir de sa stalle et alea jacta est. Guillaume Macaire dit souvent que le gagnant d’une course d’obstacle est le cheval le moins fatigué. C’est un peu le cas dans le Kentucky Derby, mais d’une manière différente : en obstacle, le cheval le moins fatigué est celui qui fait le moins d’efforts. Dans le Kentucky Derby, le cheval le moins fatigué est celui qui arrive à supporter des efforts démesurés, notamment en début de parcours.

Pour ne prendre qu’un exemple récent, il suffit de regarder la victoire du champion American Pharoah (Pionnerof the Nile) dans son Kentucky Derby : il était bien au-dessus de tous les autres mais, dans cette course folle et franchement pas très jolie, que ce fut laborieux… Comme le dit souvent John Gosden, il est beaucoup plus agréable de voir des chevaux gérant leur effort et finissant vite que des chevaux peinant à conclure leur parcours après avoir sprinté sur les 400 premiers mètres. Mais le Kentucky Derby reste le Kentucky Derby.

Surtout un problème de temps. Pour Patrick Biancone, le problème est encore autre. Il est impossible pour un cheval entraîné en Europe de préparer le Kentucky Derby à domicile. C’est d’ailleurs une des explications avancées pour expliquer la défaite d’Arazi : son galop public dans le Prix Omnium II (L) ne pouvait en aucun cas l’affûter pour une épreuve aussi exigeante. Patrick Biancone nous a expliqué : « Le Kentucky Derby est très difficile pour les chevaux européens car il arrive trop tôt dans la saison, au début du mois de mai. Les chevaux américains ont couru pendant tout l’hiver. En Europe, nous laissons les chevaux tranquilles durant cette période pour les préparer en vue des classiques et il est donc difficile d’arriver prêt pour une course comme celle-là. »

C’est là où intervient le cas de Thunder Snow (Helmet), pensionnaire de Saeed bin Suroor prétendant au Kentucky Derby. Le poulain reste sur son succès de Meydan, dans l’UAE Derby (Gr2). Le chemin de traverse imaginé par le cheikh Mohammed Al Maktoum ne lui a, jusque-là, pas porté chance… Thunder Snow peut-il renverser la tendance ? Il a certainement la qualité nécessaire, mais ce sera extrêmement difficile.

Le poulain a cumulé, en quelques mois, de nombreux miles : Angleterre, France, Angleterre, Meydan, Angleterre… États-Unis. Il a très bien couru dans l’UAE Derby mais il lui a fallu sortir le grand jeu – et la cravache pour son jockey – pour venir à bout du japonais Epicharis. Ce dernier aurait-il une chance dans le Kentucky Derby ? Probablement pas et son entourage ne s’y est pas trompé : il n’a pas effectué le déplacement et attendra les Belmont Stakes (Gr1), sur une distance plus longue… Et avec des concurrents beaucoup plus fatigués dont la tenue fait grand doute. L’élevage américain est désormais ainsi.

Le rythme des courses de dirt de Meydan n’est pas celui d’un Kentucky Derby. L’hippodrome de Meydan, avec sa grande ligne droite, ne ressemble en rien au tourniquet de Churchill Downs. Thunder Snow aura pour lui d’avoir montré son aptitude au dirt mais le sable de Meydan n’est pas non plus le sable de Louisville. Le représentant de Godolphin effectue un immense saut dans l’inconnu en s'alignant au départ de ce Kentucky Derby, qui plus est avec une phase d’avant-course absolument démentielle, qu’il ne connaît pas. Il a montré qu'il pouvait être bien dans sa tête et on peut s’attendre à ce qu’il gère parfaitement le défilé, bien mieux que le japonais Lani, par exemple, qui avait tenté sans succès sa chance à Churchill Downs après son succès dans l’UAE Derby.

Il y a donc beaucoup d’interrogations autour de Thunder Snow, mais une chose est certaine : si Christophe Soumillon réussit à porter Thunder Snow à la victoire, cela signifie que le poulain est un très grand.