Le grand 7 d’Allegretta, la "mère de pères

Élevage / 15.05.2017

Le grand 7 d’Allegretta, la "mère de pères

 

Par Adrien Cugnasse

 

De façon amusante, on parle volontiers de père de mères… mais beaucoup moins de mère de pères ! Or c’est bien ce qu’est la célèbre Allegretta (Lombard) ! À travers ses prestigieux rejetons mâles, devenus étalons, en particulier le chef de race Galileo, elle ne cesse d’apparaître dans la partie haute des pedigrees.

 

La France et l’Angleterre ont accueilli huit épreuves classiques depuis le début de la saison. En ne tenant compte que des trois premiers de ces épreuves, le nom d’Allegretta apparaît sept fois ! La mère de la gagnante de l’Arc Urban Sea (Miswaki) surfe sur la popularité de ses petits-fils Galileo (Sadler’s Wells) et Sea the Stars (Cape Cross). Mais elle emprunte également d’autres canaux, comme ceux de Tamayuz (Nayef) et de Born to Sea (Invincible Spirit).

 

LES QUATRE PREMIÈRES ÉPREUVES CLASSIQUES 2017 EN FRANCE ET EN ANGLETERRE
ÉpreuveCheval (Rang)Vecteur du sang d’Allegretta
1.000 Guinées anglaisesWinter (1re)Son père Galileo
1.000 Guinées anglaisesRhododendron (2e)Son père Galileo
2.000 Guinées anglaisesChurchill (1er)Son père Galileo
2.000 Guinées anglaisesBarney Roy (2e)Son père de mère Galileo
Abu Dhabi Poule d'Essai des PoulichesPrécieuse (1re)Son père Tamayuz
Abu Dhabi Poule d'Essai des PoulichesSea of Grace (2e)Son père Born to Sea
Abu Dhabi Poule d'Essai des PoulainsRivert (3e)Son père de mère Galileo

La suite d’une incroyable saison 2016. L’an dernier, 40 % des places sur les podiums classiques en France, Irlande et Angleterre ont été occupées par des descendants d’Allegretta (en tenant compte de la lignée mâle et de la lignée femelle). Mais ces 16 citations classiques n’ont pas rassasié l’alezane qui a abordé le mois d’octobre 2016 avec une ambition intacte. Les Français s’en souviennent encore. Lors du plus beau week-end du galop français en 2016, Chantilly a accueilli 12 Groupes, dont le Prix de l’Arc de Triomphe. Sur les 36 pur-sang ayant figuré sur le podium de l’une de ces épreuves, un tiers (12 chevaux) présente dans le pedigree le sang d’Allegretta. Si l’on ne regarde que les épreuves courues sur 2.000m ou plus, on arrive à presque la moitié d’entre eux (8 sur 18). Le point d’orgue fut bien sûr les trois premières places de la production de Galileo dans l’Arc.

Allegretta est morte en 2005, il y a seulement douze ans. Elle a laissé derrière elle 8 reproducteurs (7 poulinières, dont Urban Sea, et 1 étalon, King’s Best). Pour marquer son époque, un bon étalon peut compter sur plusieurs centaines de produits. Dès lors, moins de dix sujets, c’est presque une goutte d’eau dans un océan. Mais cela atteste aussi de la puissance de son patrimoine génétique.

LES ÉTALONS DESCENDANTS D’ALLEGRETTA
Étalon (1)Meilleure performance (2)Distance maximale (3)Production classique
Anabaa BluePrix du Jockey Club (Gr1, 1er)2.400mPère d’un 2e du Derby allemand
AnzilleroDeutschland Preis (Gr1, 1er)2.400mEtalon d’obstacle
Black Sam BellamyTattersalls Gold Cup (Gr1, 1er)2.400mPère d’un 2e du Derby allemand
Born to SeaDerby d’Irlande (Gr1, 2e)2.400mPère d’une 2e de l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches
GalileoKing George (Gr1, 1er)2.400m30 victoires classiques (GB, IE, FR)
King’s Best2.000 Guinées anglaises (Gr1, 1er)1.600mDerby Anglais et Japonais
MasterstrokePrix de l’Arc de Triomphe (Gr1, 3e)2.400mPas encore de partants
Sea the StarsIrish Champion Stakes (Gr1, 1er)2.400m4 victoires classiques
TamayuzJacques le Marois (Gr1, 1er)1.600mAbu Dhabi Poule d'Essai des Pouliches

 

Vous avez dit tenue ? Le fait d’armes de la carrière d’Allegretta fut une deuxième place dans les Oaks Trial Stakes (Gr3, 2.400) à Lingfield. Son père, Lombard (Agio), a gagné le St Leger allemand (Gr3, 2.800m) et trois fois le Preis von Europa (Gr1, 2.400m). Il avait raté de peu la Triple couronne allemande en se classant deuxième d’un Derby entaché de faux départs. Le père de ce dernier, Agio (Tantième), troisième du Derby allemand, avait lui aussi remporté le St Leger allemand. Anno (Lombard), le propre frère d’Allegretta, a également gagné un classique sur 2.800m. Dans un contexte où la vitesse prime et imprègne profondément les pedigrees européens, les descendants d’Allegretta apportent bien souvent ce supplément de tenue qui permet d’atteindre le graal classique.

Une histoire de kidnapping et de nazis. En remontant dans le pedigree d’Allegretta, on retrouve une impressionnante famille allemande, celle d’Asterblute (Pharis), sa quatrième mère. Pendant l’été 1941, les nazis ont pillé les haras français, enlevant notamment Pharis (Pharos) pour le placer en Allemagne, où il a sailli jusqu’en 1945. L’un des derniers produits de sa période allemande fut Asterblute. Née en 1946, cette dernière fut une pouliche d’exception, réalisant notamment un rarissime coup de trois outre-Rhin : 1.000 Guinées, Oaks et Derby. Elle s’était aussi classée deuxième des 2.000 Guinées et du St Leger allemands. Depuis 1869, seulement 11 femelles ont remporté le Derby allemand. Les dernières en date furent Borgia (1997), Lustige (1955), Asterblute (1945) et Schwarzgold (1940). Borgia est la deuxième mère de Baltic Baroness (Prix Vermeille, Gr1). Asterblute est l’aïeule de Galileo et d'Urban Sea. Schwarzgold, issue, comme Allegretta, du Gestüt Schlenderhan, est à la base d’une grande souche allemande, celle de Sagace (Arc 1984), Slip Anchor (Derby d’Epsom 1985), Stacelita (Diane 2009) ou, plus récemment, Sommerabend (Prix du Muguet, Gr2).