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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

GRAND STEEPLE J-1

Courses / 19.05.2017

GRAND STEEPLE J-1

GRAND STEEPLE J-1

 

Francis Teboul : « Lorsque nous allons voir Mali Borgia devant le rail ditch and fence, le cœur va battre un peu plus vite… »

À quelques heures du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), dans lequel il sera représenté pour la première fois avec Mali Borgia (Malinas), Francis Teboul nous a accordé une interview.

 

Jour de Galop. - Mali Borgia est-il votre premier partant dans le Grand Steeple ?

Francis Teboul. - Mali Borgia est notre premier partant dans le Grand Steeple. Jusqu’à présent, j’ai eu très peu de chevaux de steeple. Mali Borgia est le seul qui ait eu la qualité pour participer à une course du niveau du Grand Steeple. Nous avons eu la chance de courir à deux reprises la Grande Course de Haies et de la gagner deux fois avec Gémix. Je pense que l’adrénaline doit être la même, si ce n’est que lorsque nous allons voir Mali Borgia devant le rail ditch and fence, notre cœur va battre très fort.

 

Que représente pour vous le fait de courir le Grand Steeple ?

Nous savons tous que le Grand Steeple est certainement la plus grande course dans cette discipline en Europe. Nous allons relever ce défi contre des chevaux extrêmement "qualiteux" et expérimentés. Dans tous les cas de figure, le principal était d’amener Mali Borgia au top de sa préparation. Je pense qu’il y a deux façons de préparer un cheval pour ce type d’événements, que ce soit en haies ou en steeple. C’est soit de s’astreindre au programme de France Galop ou de suivre une préparation adaptée à son cheval. Nous avions choisi la seconde option avec Gémix et cela nous avait réussi. Philippe et David Cottin ont concocté un programme spécifique pour Mali Borgia. Ils lui ont fait disputer le nombre de courses nécessaires en souhaitant lui éviter d’affronter les concurrents que nous aurons dimanche. Compte tenu de sa morphologie, ils lui ont également évité deux parcours, intérieur et extérieur, à Auteuil en peu de temps. Nous préférions lui garder toute son énergie et sa motivation pour le grand jour, étant entendu que ses trois victoires consécutives nous ont fortement encouragés à le présenter pour ce grand événement.

 

Pensez-vous que Mali Borgia a vraiment franchi un palier ou qu’il est simplement redevenu le bon cheval qu’il a toujours été ?

Le cheval a eu un passage à vide il y a un an et demi. Nous avions l’impression qu’il était en régression. Finalement, l’option de l’envoyer chez Philippe Cottin a été prise de façon à préparer le meeting de Pau pour lui confier des tâches moins difficiles. Nous avions le sentiment qu’il faisait un rejet d’Auteuil. Ensuite, Philippe l’a amené sur le Grand Prix de Pau (Gr3). Nous avons été battus de peu par Winneyev (Goldneyev). Ensuite, nous l’avons mis au repos pendant six mois. Si nous voulions le récupérer, il fallait lui redonner du moral et l’envie de repartir sur de nouveaux "challenges". Je pense que cela lui a été très profitable. Il a fait ensuite trois courses de rentrée faciles pour arriver sur le Grand Prix de Pau où, cette année, il était plus fort que jamais. Il a été victime d’un tassement et son jockey est tombé. Il s’est largement rattrapé dans le Prix Gaston Phoebus qu’il a remporté avec facilité. Ensuite, nous nous sommes dirigés sur le Prix Robert de Clermont-Tonnerre (Gr3) qu’il a remporté également. Son entraîneur avait enfin prévu une dernière course préparatoire en haies, dont il est sorti vainqueur. Philippe lui a fait une préparation pour lui, sans se préoccuper du programme. Je suis persuadé que le Grand Steeple est une course très difficile sur laquelle il faut arriver au meilleur de sa condition physique. Ce sont 6.000m menés tambour battant et j’ai toujours pensé que, sur ce type d’événements, la forme primait la classe. Ensuite, les conditions de courses doivent vous être favorables. So French (Poliglote) est un champion, il a déjà gagné le Grand Steeple. Respect ! Maintenant, une course reste une course et tout peut arriver.

 

Pouvez-vous détailler votre association avec Philippe Cottin ?

Il est vrai que nous avions beaucoup entendu parler de Philippe Cottin. Nous l’avons baptisé "l’homme qui murmure à l’oreille des chevaux". Je suis persuadé que c’est un grand homme de cheval. Il s’exprime peu et pas souvent, et uniquement à bon escient. Il est d’une honnêteté, d’une rigueur et d’un respect avec ses chevaux qui sont remarquables. Nous lui avons demandé d’entraîner Mali Borgia compte tenu de la proximité qui s’est établie avec David. Ce dernier nous a apporté les plus grandes joies que des propriétaires puissent vivre en obstacle. Et quoi qu’il arrive ce dimanche, Philippe a gagné notre respect et notre amitié.

 

Comment s’était passé l’achat de Mali Borgia après un succès dans un réclamer ?

Pour tout vous dire, nous l’avons acheté au lendemain de la première victoire de Gémix, dans la Grande Course de Haies. C’était le jour de mon anniversaire et mon ami Paul Basquin m’a téléphoné pour m’informer qu’il avait vu un cheval gagner très facilement à Auteuil. J’ai regardé la course et nous avons mis le juste bulletin, car, comme vous pouvez l’imaginer, nous n’étions pas tout seuls à avoir remarqué sa brillante fin de course. Nous l’avons placé sous la responsabilité de Marcel Rolland. Il a gagné en haies puis a remporté le Prix Morgex (Gr3).

 

Avec Jimmy Two Times, dont vous êtes co-éleveur avec Jean Boniche, Lady Paname dont vous êtes copropriétaire et co-éleveur avec Élie Lellouche et Mali Borgia, dont vous êtes copropriétaire avec Michel Haski et votre fils Benjamin, vous réalisez un superbe printemps. Peut-on dire que c’est votre plus belle année ?

Il est difficile de parler de plus belle année, car nous avons très peu de chevaux. C’est d’ailleurs ce qui, je l’espère, peut donner de l’espoir à d’autres propriétaires. En moyenne, nous en avons entre 8 et 10 à l’entraînement, ce qui n’est pas un effectif énorme. Lorsque vous avez déjà eu un Gémix qui vous gagne deux Grandes Courses de Haies successives, c’est difficile d’affirmer que c’est notre plus belle année. En 2017 et après deux années de disette, nous avons des résultats dans les deux disciplines, avec Mali Borgia en obstacle, mais également en plat, cette fois-ci en tant qu’éleveur avec Jimmy Two Times, que nous avons élevé avec mon ami et associé Jean Boniche. Ce qui nous arrive est un vrai conte de fées puisqu’il va courir les Queen Anne Stakes (Gr1) le 21 juin, à Royal Ascot. Nous allons d’ailleurs nous y rendre, car c’est un événement qui ne nous arrivera peut-être qu’une fois dans notre vie. Lady Paname, notre espoir en plat pour l’année 2017, sort de notre élevage avec Élie Lellouche, mon entraîneur de cœur depuis vingt ans. Voilà un élevage qui nous donne de jolies satisfactions. J’achète également des chevaux en vente publique. Vous verrez bientôt en piste la sœur de Sistercharlie, qui va courir le Prix de Diane Longines (Gr1). Elle s’appelle My Sister Nat. Je l’ai acquise par l’intermédiaire de mon ami Paul Nataf. Il y a aussi notre étalon Gémix qui va faire une année assez exceptionnelle. Les premiers produits sont magnifiques, avec de la taille, ce qui pouvait être la crainte des éleveurs, mais aussi de l’os et d’excellents aplombs. Notre plus belle récompense est de voir les éleveurs revenir solliciter Gémix. Aujourd’hui, nous collaborons avec Alix Vanhaecke à qui nous avons demandé, avec mon associé Michel Haski, de nous rejoindre pour prendre en charge la responsabilité de la communication et de la promotion de l’étalon, ce qu’elle fait avec enthousiasme. Alix est notre manager depuis deux ans. C’était un pari difficile qu’elle a fait et nous lui devons les très bons résultats que nous obtenons particulièrement sur cette troisième année de monte. Par le passé, j’ai eu la chance d’acheter à réclamer Denham Red, qui avait gagné le Prix Wild Monarch (L) et qui a produit notamment Un de Sceaux, authentique champion outre-Manche, qui a battu Gémix à deux reprises dans les Prix Hypothèse et Léon Rambaud. « On n’est jamais trahi que par les siens ! » (rires)

 

Pour vous, était-ce dans la logique des choses de se lancer de nouveau dans l’étalonnage avec Gémix ?

C’est une décision que nous avons prise avec mon associé Michel Haski, qui est copropriétaire de Gémix. Nous avons eu des propositions de France et d’ailleurs pour le vendre, mais nous n’avons pas cédé aux chants des sirènes. Nous sommes, Michel Haski et moi-même, des compétiteurs et avons décidé de prendre en main l’avenir de Gémix. Grâce au travail conjoint d’Alix et de Roland Monnier, un grand nombre d’éleveurs ont fait le pari de venir sur ses premières années et nous espérons vivement qu’ils seront récompensés. Maintenant, le reste se fera sur la piste et là, j’ai une totale confiance en Gémix.

 

Gémix comme Denham Red ont été achetés à réclamer. Est-ce une façon d’acheter des chevaux à laquelle vous tenez particulièrement ?

À l’époque, c’était moins difficile qu’aujourd’hui où il y a une forte concurrence. J’avais mes critères d’achat basés sur le papier et les performances des chevaux que je souhaitais acquérir. Je reste à l’affût de chevaux de qualité, mais il est vrai qu’avec 10 poulinières, nous avons les moyens de bien faire avec notre production.

 

Avez-vous des critères précis pour choisir vos étalons ?

Aujourd’hui, c’est très simple, nous envoyons la quasi-totalité de notre jumenterie à Gémix. Nous avons également des poulinières plutôt orientées vers le plat, dont Steel Woman (Anabaa) qui nous a donné cette année une femelle de Makfi et qui est pleine de Kendargent, sa sœur Tchouktchouknougat (Hurricane Run) qui a produit un mâle de Makfi et qui est pleine de Kendargent. Nous avons Business Lawyer (Footstepsinthesand) qui a donné un mâle de Makfi et qui a été saillie par Kendargent, ainsi que la mère de Lady Paname, Business Class (Aussie Rules), qui a produit un mâle de Makfi et qui est pleine de Kendargent également.

 

De quelle manière êtes-vous arrivé dans les courses ?

C’était une tradition familiale, car j’avais un grand-père passionné de courses que j’ai accompagné durant toute ma jeunesse sur les hippodromes. C’est lui qui m’a fait partager cette passion. Bien plus tard, vous avez toujours un ami qui vous propose de prendre une patte de cheval. J’ai commencé par un trotteur, entraîné par Philippe Allaire, mais je ne suis pas tombé dans le trot. Nous l’avions acquis à réclamer et il a même, à l’époque, gagné sur l’hippodrome de Caen avec un jeune apprenti driver qui avait pour nom Pierre Vercruysse !

 

Votre fils Benjamin est également très présent à vos côtés et suit l’écurie avec passion…

Ce qui est très drôle avec mon fils, c’est qu’à l’époque, lorsqu’il pénétrait sur un hippodrome, on lui disait : « Vous êtes le fils de monsieur Teboul. » Et lorsque je rentre à mon tour aujourd’hui sur un hippodrome, j’entends : « Voilà le père de Benjamin ! » J’ai deux autres enfants qui nous accompagnent et qui sont très enthousiastes. Mais Benjamin est né dedans, il me suit depuis l’âge de cinq ans aux courses et aujourd’hui, c’est ma bible. Quand j’ai besoin d’un renseignement, je lui téléphone et j’ai la réponse. Je n’ai pas d’inquiétude, l’avenir de la casaque familiale est assuré. Il m’est indispensable de partager ces émotions avec lui. Il en est de même pour mes amis Jean Boniche, Michel Haski, Élie Lellouche, avec qui nous échangeons en permanence sur l’avenir de nos chevaux, ce qui nous permet d’éviter un grand nombre d’erreurs et de trouver régulièrement les réponses les plus adaptées aux questions qui se posent à nous au quotidien.

 

Que faut-il vous souhaiter pour dimanche ?

Il y a une citation que j’aime particulièrement : « Le courage est un juste milieu entre la peur et l’audace. » Alors, souhaitez-nous de ne pas avoir trop peur et d’avoir eu raison d’être audacieux.