HISTOIRE, HISTOIRES…  Quelle réussite pour les français dans les 2.000 Guinées ?

Courses - International / 05.05.2017

HISTOIRE, HISTOIRES… Quelle réussite pour les français dans les 2.000 Guinées ?

HISTOIRE, HISTOIRES…

Quelle réussite pour les français dans les 2.000 Guinées ?

C’est à Newmarket que le gotha hippique se réunit ce week-end, avec les 2.000 Guinées samedi et les 1.000 Guinées le lendemain. L’entraînement français ne sera représenté que par un seul poulain, Al Wukair (Dream Ahead). Ce pensionnaire d’André Fabre a gagné le Prix Djebel (Gr3). Son propriétaire, Al Shaqab Racing, est le tenant du titre avec Galileo Gold (Paco Boy). Depuis la Seconde Guerre mondiale, neuf poulains et quatorze pouliches entraînés en France se sont imposés à Newmarket.

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

Le Prix Djebel, une bonne préparatoire ? Le Prix Djebel a donné six lauréats des 2.000 Guinées. La dernière victoire française remonte à 2010, avec Makfi (Dubawi). Il avait précédemment remporté le Prix Djebel pour l’entraînement de Mikel Delzangles. À Newmarket, il était monté par Christophe Lemaire et portait les couleurs de Mathieu Offenstadt, associé à Alain-Louis Dreyfus et Sylvain Fargeon. En 2012, French Fifteen (Turtle Bowl), vainqueur du Prix Djebel, et Hermival (Dubawi) représentaient l’entraînement français. Mais ils étaient tombés sur un os : Camelot (Montjeu). Ce dernier est ensuite passé proche du succès dans la Triple Couronne, après avoir gagné le Derby.

Deux succès pour André Fabre. André Fabre figure au palmarès des éditions de 1993 et de 1995. Zafonic (Gone West), Khalid Abdullah et Pat Eddery lui ont offert son premier succès. Thierry Jarnet portait les couleurs du cheikh Mohammed Al Maktoum quand Pennekamp (Bering) lui a donné le second. Si Zafonic avait terminé sur les talons de Kingmambo (Mr Prospector) dans le Prix Djebel, Pennekamp, quant à lui, avait enlevé l’épreuve de Maisons-Laffitte, encore labellisée Listed. Le fils de Bering est né dans le Kentucky. Il avait été élevé par Magalen Bryant, puis vendu 40.000 $ à Keeneland. Territories (Invincible Spirit), pensionnaire d’André Fabre, avait dû se contenter de la deuxième place en 2015, derrière Gleneagles (Galileo).

Est-il risqué de faire sa rentrée dans les Guinées ? A priori, non ! Les sept derniers gagnants d’Aidan O'Brien effectuaient leur retour à la compétition le jour des Guinées. D’ailleurs cette année, l’Irlandais présente Churchill (Galileo), un poulain qui n’a pas couru depuis octobre 2016. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Churchill est le favori, à 1,25/1. Le deuxième favori est Al Wukair que les bookmakers proposent à 4/1.

Des Anglais pas très inspirés ? Les Guinées ont été créées au début du 19e siècle. Le nom 2.000 Guinées fait référence au montant de l’allocation. Cette somme provenait de l’addition des vingt-trois souscriptions que les propriétaires avaient dû payer pour engager. Monnaie anglaise puis britannique en or frappée depuis 1663, l’appellation Guinée provient du pays d’Afrique, source d’or à l’époque. La création d’une épreuve pour femelles est apparue en 1814. Le prix n’était que de 1.000 Guinées (l’addition des dix droits d’entrée à 100 Guinées). Si les engagés avaient été plus nombreux, la course aurait peut-être eu une autre dénomination, comme les The 3.000 Guineas ! Nos amis anglais n’ont pas été très inspirés…

La triple couronne de Gladiateur. Ces Poules d’Essai à l’anglaise représentent la première étape de la triple couronne, un exploit que Nijinsky (Northern Dancer), en 1970, est le dernier à avoir réalisé. Cette distinction honorifique a également été décrochée par le français Gladiateur (Monarque), en 1865, sous les couleurs du Comte Frédéric de Lagrange. Depuis cette date, aucun autre poulain ou pouliche entraîné en France n’a pu en faire autant. Mais trente-deux sujets — dont vingt-trois après la Seconde Guerre mondiale – ont fait retentir la Marseillaise chez nos amis anglais lors des premières épreuves classiques de la saison.

Les poulains français au palmarès avant-guerre. Les couleurs de Frédéric de Lagrange sont encore à l’honneur douze ans après l’exploit de Gladiateur, grâce à Chamant (Mortemer). Il a ensuite fallu attendre plus d’un demi-siècle, avec Rodosto (Épinard) en 1933, pour qu’un français s’impose à nouveau dans les 2.000 Guinées. Cerise sur le gâteau, Rodosto enlevait quinze jours plus tard la Poule d’Essai des Poulains, c’est-à-dire les Guinées françaises… Il provenait du haras de Nonant-le-Pin. Son éleveur Henri Corbière l’avait vendu 285.000 francs alors qu’il était yearlings. En 1937, Le Ksar (Ksar), un élève de Léon Volterra, vendu à Evremond de Saint-Alary, l’emporte devant un autre français, Goya (Tourbillon), propriété de Marcel Boussac, et Mid Day Sun (Solario), le futur vainqueur du Derby d’Epsom. En 1940, Djebel (Tourbillon) fait coup double en enlevant les 2.000 Guinées et la Poule d’Essai, courue cette année-là à Auteuil. Il deviendra le père du vainqueur français suivant, My Babu (ex Lerins), en 1948. Ce dernier a d’ailleurs établi un temps record, pour l’entraînement de Fred Armstrong à Newmarket. Élevé par Peter Beatty au Haras de Piencourt, il avait été retiré des ventes de yearlings puis vendu à l’amiable à un jeune propriétaire indien qui le renommera à 3 ans.

Six succès français dans les années 1950 et 1960. Le 30 avril 1952, Thunderhead (Merry Boy), un pensionnaire d’Étienne Pollet, élevé par Jean Desbons au Haras de Bastillac près de Tarbes, passe le poteau en tête à Newmarket. En 1959, le Prince Aly Khan réalise le doublé 1.000 et 2.000 Guinées avec Petite Étoile (Pétition), sous l’entraînement de Noël Murless, et Taboun (Tabriz), un pensionnaire d’Alec Head. Taboun avait enlevé le Prix Djebel. En 1964, Baldric II (Round Table) permet à l’entraînement français, en l’occurrence celui d’Ernest Fellows, de triompher. Il confirmera ensuite en octobre à Newmarket dans les Champion Stakes. Niksar (Le Haar) s’impose en 1965 pour un propriétaire anglais, Wilfred Harvey, qui l’avait acheté yearling au marquis de Nicolay, éleveur au Haras de Montfort dans la Sarthe. L’année 1966 est celle de Charles Bartholomew qui enlève les 2.000 Guinées après avoir fait sien le Prix Djebel grâce à Kashmir II (Tudor Melody) et le Prix de l’Arc de Triomphe avec Topyo (Fine Top).

Les (presque) trois victoires de François Boutin. Nonoalco (Nearctic) portait les couleurs de Mme Maria-Félix Berger quand il a enlevé les 2.000 Guinées en 1974. Il donne à François Boutin le premier de ses deux succès dans cette Poule anglaise qu’il enlève à nouveau en 1982 avec Zino (Welsh Pageant) pour les couleurs de Gerry Oldham. Si le premier était monté par Yves Saint-Martin, c’est Freddy Head qui était associé au second, lequel avait empoché également le Prix Djebel. François Boutin l’avait enlevé également avec Nureyev (Northern Dancer), mais les commissaires en ont décidé autrement ce qui fera l’affaire de Known Fact (In Reality), premier classique pour la casaque du prince Khalid Abdullah.