UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DU PATRON DE QIPCO - Cheikh Fahad : « Nous croyons beaucoup dans la filière des courses et dans son avenir »

Courses - International / 05.05.2017

UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DU PATRON DE QIPCO - Cheikh Fahad : « Nous croyons beaucoup dans la filière des courses et dans son avenir »

UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DU PATRON DE QIPCO

Cheikh Fahad : « Nous croyons beaucoup dans la filière des courses et dans son avenir »

Le Prix du Jockey Club a trouvé un sponsor sur mesure : QIPCO (Qatar Investment & Projects Development Holding Company), la compagnie qui appartient au cheikh Fahad Bin Abdullah Al Thani et à ses cinq frères. C’est la même griffe qui soutient depuis 2011 les British Champion Series et le British Champion Day ainsi que les Irish Champion Stakes et l’hippodrome d’Ascot.

Jour de Galop. – Pourquoi avoir décidé de sponsoriser des courses ?

Cheikh Fahad Bin Abdullah Al Thani. – Nous avons fait le choix du sponsoring parce que nous croyons beaucoup dans la filière des courses et dans son avenir. Des courses plus riches engendrent plus d’intérêt pour tous les acteurs. Si les propriétaires ont un espoir de gain plus élevé, ils seront plus actifs sur le marché des yearlings et les éleveurs pourront investir à leur tour en achetant des saillies. L’investissement de QIPCO dans les courses, c’est un investissement sur une de ses activités et nous pouvons en espérer un retour bénéfique rapide. C’est un cercle vertueux.

Et pourquoi le Prix du Jockey Club ?

Nous voulions une course symbolique et moderne. Le Prix du Jockey Club, depuis le changement de distance, est devenu une course qui produit des étalons. Ce sont les résultats qui disent cela et le marché cherche de plus en plus des chevaux qui ont fait leurs preuves sur 2.000m. Le French Derby est très bien positionné dans le calendrier européen et nous donne en plus l’opportunité de soutenir un autre pays de courses et d’élevage. À présent, nous sommes donc présents en Angleterre, là où se situe la plus grande partie de nos opérations, ainsi qu’en Irlande et en France. C’est la dimension internationale que QIPCO cherche depuis toujours : avoir de meilleures courses, pour de meilleurs chevaux et dans le contexte d’une industrie en bonne santé.

Avez-vous imaginé parrainer une autre course française ?

Nous n’avons pas eu un seul doute dans notre choix et trouver un accord avec le président Édouard de Rothschild a été très rapide. Nous regardions dans la même direction… Avec cet accord, nous nous sommes associés à la meilleure course et nous allons aussi pouvoir la transformer en un événement social, comme l’est déjà le Prix de Diane Longines. Notre approche est toujours la même : les courses et l’élevage en premier. Soutenir les courses, c’est bénéfique pour toute l’activité de Qatar Racing et Qatar Bloodstock. Nous avons des étalons, et nous élevons des yearlings qui sont à vendre. Donc, booster la santé des courses, c’est booster notre business.

Le Prix du Jockey Club se dispute sur 2.100m – une distance très proche de celle de deux autres grandes courses parrainées par QIPCO : les Irish Champion Stakes et les Champion Stakes. Peut-on imaginer une nouvelle Triple Couronne européenne autour de 2.000m, plus moderne ?

Dans l’avenir, pourquoi pas ? Il faut créer les conditions pour arriver à cela parce que jusqu’à maintenant, chaque pays a ses règles et son jardin à protéger. Le souci de QIPCO est de garder la tradition des courses, mais dans le même temps, de proposer quelque chose de plus moderne. Notre image va toujours dans ce sens. L’impact de QIPCO sur les courses des British Champions Series et du British Champions Day a été très positif. Le premier gagnant d’une course des British Champions Séries ne fut autre que Frankel et il a brillé à deux reprises dans le British Champions Day. Le niveau des Champions Stakes a pris de la force. Le mérite en revient toujours aux chevaux. Les Irish Champion Stakes montent en puissance, grâce aux efforts conjoints de QIPCO et de l’hippodrome de Leopardstown qui a joué le jeu, en assurant la présence d’un champion comme Almanzor, le lauréat des trois courses que vous mentionnez. Sur ce point, il faut dire bravo à Jean-Claude Rouget. Pour un entraîneur français, il n’était pas facile de renoncer à l’Arc de Triomphe…

Le sponsoring des Champions Series et du British Champions Day, ce n’est pas seulement injecter de l’argent dans les courses. Pouvez-vous nous expliquer quelle a été votre démarche ?

Ce que QIPCO a cherché avec ses partenaires, c’est à lancer un nouveau concept, pour rendre le spectacle des courses plus simple pour le grand public. Le point de départ était de souligner l’importance des événements tout au long de la saison, ce qui n’est pas facile à comprendre pour qui ne suit pas les courses tous les jours. Avant les Champions Series, on avait de grandes courses par ici et par là, mais le public ne le savait pas. Le Champions Day est l’aboutissement des Champions Series. En fin de saison, il faut avoir un grand événement qui consacre les champions. C’est ainsi dans tous les sports. C’était l’esprit d’origine de la Breeders’Cup. Mais elle a évolué, avec la division en deux journées et la présence de courses d’un niveau inférieur en début de réunion. Je pense qu’une finale doit sacrer le champion et ne pas garantir un titre à tous.

La grande nouveauté des courses en 2017 est la Pegasus World Cup, inventée par Frank Stronach, et imitée par les Australiens avec l’Everest. Engagerez-vous pour un million de dollars un cheval dans l’une de ces courses ?

Cette année j’ai acheté Neolithic (Harlan’s Holiday), un cheval qui avait couru la Pegasus, mais après la course. Il a aussi pris la troisième place dans la Dubaï World Cup. J’ai l’impression d’avoir acheté un bon cheval ! Je ne crois pas que débourser un million pour engager un cheval dans une course à 12 millions est sensé quand il existe une course comme la Dubaï World Cup avec 10 millions de dollars et un engagement à 100.000 $... C’est une question de business. J’attends de voir les chiffres de la répartition des revenus entre les propriétaires qui ont engagé leurs chevaux. Cela pourrait changer mon point de vue, mais le principe d’acheter une place avec le droit de la négocier n’arrive pas à me convaincre. Et pour l’Everest, c’est encore pire : l’engagement coûte 600.000 $ avec une obligation de trois ans. Cela peut mettre hors-jeu beaucoup de propriétaires. Même si je ne suis pas séduit par l’Everest, l’Australie a créé un modèle de courses qui fonctionne très bien et il y a beaucoup de choses très positives à copier.

Le making of

Jeudi, Franco Raimondi et Fanny Cyprès étaient à Newmarket pour rencontrer le cheikh Fahad. Les deux collaborateurs de JDG ont été longuement reçus par le cheikh dans son centre de préentraînement et de convalescence de Longholes, où trône une statue de Dunaden – premier champion acheté par le cheikh.

Le cheikh Fahad n’est pas seulement un propriétaire, éleveur et cavalier mordu par les courses. QIPCO, dont il est l’un des directeurs, n’est pas une griffe de haute couture ou une fabrique d’automobiles en quête d’une exposition médiatique. Au travers de Qatar Bloodstock et Qatar Racing, deux compagnies subsidiaires sous la présidence du cheikh Fahad, QIPCO fait partie de l’industrie des courses. Et cet élément est déterminant dans l’association entre la société qatarie et le Jockey Club, notre vivier de futurs étalons.

Aujourd’hui, il explique sa stratégie en matière de sponsoring… et dans une seconde partie d’interview, que nous publierons fin mai, il nous parlera aussi de courses et d’élevage.