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LE MAGAZINE - Comment un petit haras allemand a sorti Monsun et la mère de Brametot

International - Élevage / 31.05.2017

LE MAGAZINE - Comment un petit haras allemand a sorti Monsun et la mère de Brametot

 

Première femme à la tête d’un haras en Allemagne, le Gestüt Isarland, Ulrike Castle est l’éleveur du chef de race Monsun (Königsstuhl). Elle a aussi élevé Morning Light (Law Society), la mère de Brametot (Rajsaman), favori de l’édition 2017 du Qipco Prix du Jockey Club.

Le croisement qui a donné Monsun. Ulrike Castle nous a récemment confié : « Quand on débute dans l’élevage, personne ne vient vous dire comment il faut faire pour produire des bons chevaux. Je me suis beaucoup inspirée des croisements réalisés par monsieur Jacobs du Gestüt Fährhof. Cela m’a fait prendre conscience du type d’inbreeding qui fonctionnait. Dans le cas de Monsun, sa mère avait deux fois Hyperion dans son papier. J’ai voulu la croiser avec un étalon qui, comme elle, descendait de Kaiserwürde (Bubbles), une jument qui a beaucoup marqué l’élevage allemand. Monsun l’a donc deux fois à cinq générations. Je ne suis pas le genre de personne qui s’enthousiasme pour le dernier nouveau-né du haras. Mais il avait vraiment quelque chose qui sortait de l’ordinaire. Pourtant c’était un premier produit. Il n’était ni très fort, ni très grand et était revenu en mauvais état de l’étranger où sa mère était partie à la saillie. »

Un cheval facile et courageux. « Lorsque Monsun est né, mon haras connaissait un passage à vide. Après des premières années fructueuses en piste, un changement d’entraîneur nous avait perturbés. Les acheteurs perdaient confiance. Beaucoup de gens ont failli acheter Monsun. Mais je l’ai finalement vendu au baron von Ullmann car je savais qu’il serait placé chez un bon entraîneur. À 2ans, il n’était pas du tout arrivé à maturité. L’équipe du Gestüt Schlenderhan a su l’attendre, Monsun a eu de la chance. Je ne suis pas certaine qu’il aurait connu une telle carrière en piste et au haras avec un autre entourage. Il a toujours été facile et courageux. Dans le Derby 1983, il n’a jamais lâché et s’est battu jusqu’au bout. Mais il a été surpris par le retour de Lando (Acatenango) et n’a pas eu le temps de réagir. Le scénario aurait été différent s’ils avaient lutté plus longtemps. »

Le Derby allemand 1983 : https://youtu.be/75dPtK0mLN0

Le coup de pouce de Walther Jacobs. «  Mes moyens étaient limités car mon haras devait se financer lui-même et me faire vivre également. Ce n’était pas une évidence dans l’Allemagne hippique des années 1990, où la plupart des haras étaient adossés à de grandes fortunes. J’ai cherché un étalon descendant d’Hyperion dont le prix de saillie était abordable. J’ai donc croisé Authi (Hyperion), un lauréat du Grand Premio del Jockey Club (Gr1) et deuxième du Prix Royal-Oak (Gr1), avec Monacensia (Kaiseradler). Cela m’a donné Monasia (Authi), la deuxième mère de Monsun et la troisième mère de Brametot. Elle s’est placée au niveau Listed. Pour Monasia, j’ai choisi Surumu (Literat), qui était alors déjà un étalon reconnu [six fois tête de liste des pères de gagnants en Allemagne, ndlr]. Je voulais réunir le sang de Birkhahn avec celui d’Hyperion. Le prix de saillie de Surumu était trop élevé pour mon budget. Il faisait la monte au Gestüt Fährhof. Monsieur Jacobs connaissait ma situation financière. La jument étant black type, il s’est montré conciliant. C’est ainsi qu’est né Mosella (Surumu), la mère de Monsun. Elle a gagné une Listed à 3ans et avait couru face à de très bons chevaux. Cette famille m’a donné des chevaux avec un bon mental, du courage, de la solidité, beaucoup de tenue, mais ils ne sont pas précoces. »

Brametot, en souvenir du Gestüt Isarland. Le Gestüt Isarland n’est plus en activité. La municipalité de Munich a souhaité récupérer ce terrain. Jusqu’en 2013, il était loué à Ulrike Castle qui élevait pour elle-même ou pour le compte de ses clients. Malgré des moyens réduits par rapport aux grandes maisons de l’élevage allemand, il a vu grandir – outre Monsun – des sujets de la qualité de Waky Nao (Premio Vittorio di Capua, Gr1), Flamingo Road (troisième du Derby allemand, Gr1), Madruzzo (deuxième du Derby allemand, Gr1), Speedmaster (Prix Vicomtesse Vigier, Gr2), Windlauf (gagnant de Gr2 en Allemagne)… Ulrike Castle nous a confié : « La victoire de Brametot dans la Poule d’Essai des Poulains m’a fait plaisir car j’ai toujours aimé cette famille et je suis heureuse de voir qu’elle continue à vivre. La fin du haras fut difficile. Après autant d’année de travail, ce fut un crève-cœur. Mais la pression immobilière était trop forte. Alors les performances de Brametot, et celle des descendants de Monsun me font penser que nous n’avons pas travaillé pour rien. Le fruit de notre travail continue à vivre dans les mains d’autres éleveurs. »