MARYLAND HUNT CUP 2017 - Les coulisses de l’exploit de Gonzague Cottreau

Courses - International / 05.05.2017

MARYLAND HUNT CUP 2017 - Les coulisses de l’exploit de Gonzague Cottreau

MARYLAND HUNT CUP 2017

Les coulisses de l’exploit de Gonzague Cottreau

Le 29 avril, Gonzague Cottreau est devenu le premier Européen à remporter la Maryland Hunt Cup. Cette épreuve mythique est le sommet de l’obstacle américain. Il faut franchir les terribles "timbers" sur plus de 6.000m pour espérer décrocher les 100.000 $ de l’allocation. Celui qui a porté les couleurs de la France lors de la Fegentri nous a ouvert les coulisses de son exploit.

Jour de Galop. – Comment avez-vous préparé cette épreuve ?

Gonzague Cottreau. - Il y a environ trois mois, Eric Poretz, un amateur que j’ai connu lors de la Fegentri, m’a proposé de venir monter la Maryland Hunt Cup. Il m’a mis en contact avec l’entraîneur Joseph Davies. Je suis arrivé dix jours avant la course. Cela m’a permis de monter la préparatoire, le Grand National, de découvrir le cheval et les "timbers", les obstacles des courses locales. Ce jour-là, j’ai été très nettement battu par les favoris de la Maryland Hunt Cup.

https://youtu.be/lNjk5ndlrY8

Quel type de chevaux faut-il pour venir à bout de ce type de parcours ?

Il faut de très bons sauteurs qui sautent presque comme des chevaux de concours hippique. Ils doivent être très respectueux, car les "timbers" sont des barres en bois qui sont fixées entre 1m60 et 1m40 en fin de parcours. Il faut d’ailleurs se méfier de ces dernières, car les chevaux se relâchent dans la dernière partie. Dès qu’ils se négligent, la sanction est immédiate : c’est la chute. Pendant quelques mois, les chevaux courent sur les "timbers" et le reste de l’année, ils chassent à courre. La course, sur 6.400m, se déroule à un rythme peu élevé. Il faut laisser le cheval faire, en l’amenant sur des foulées décroissantes.

Quel a été votre sentiment au passage du poteau ?

Ce fut une grande joie. Sur le coup, j’ai eu du mal à réaliser. Mais en constatant l’effervescence de l’entourage, j’ai rapidement compris. Le propriétaire a déclaré que c’était le plus beau jour de sa vie. Cela fait trente ans qu’il a des chevaux de course. Il n’avait jamais réussi à gagner. Ma monture, Derwins Prospector (Van Nistelrooy) est un ancien cheval de plat. Il n’avait plus gagné depuis 2011. Nous étions donc des outsiders.

Qui sont les participants de la Maryland Hunt Cup ?

Les gens qui prennent part à ces épreuves sont des amateurs. Ils montent assez long et ont beaucoup d’expérience sur ces obstacles. Moi-même, j’ai commencé par les sports équestres, que j’ai pratiqués jusqu’à mes dix-neuf ans. Cela m’a été utile sur ces obstacles qu’il ne faut pas toucher. J’ai monté différents parcours de cross-country en France. Mais la Maryland Hunt Cup, c’est encore autre chose. C’est vraiment particulier. Les chevaux ne peuvent se relâcher à aucun moment. La moindre erreur ne pardonne pas.

Comment s’est déroulée la course ?

Le favori est tombé au troisième obstacle. Au sixième saut, nous n’étions plus que quatre en course. Après une chute à l’avant-dernier obstacle, il ne restait plus que deux concurrents en lice. Derwins Prospector venait énormément dans le pied. Nous prenions donc du retard sur les sauts. Mais je l’ai laissé faire, car il le faisait bien. Il n’a pas fauté une seule fois. Les chutes ont rendu le train de course moins sélectif ce qui aidé mon cheval.

Comment se finance une telle épreuve ?

Les Américains courent pour la beauté du sport. C’est assez chic et mondain. L’ambiance est un peu comparable au Prix de Diane Longines. La piste n’accueille qu’une seule course par an, la Maryland Hunt Cup qui se déroule le dernier samedi d’avril à 16 h. L’allocation est de 100.000 $ et l’organisation refuse tout sponsoring. Elle se finance grâce aux entrées (40 $) et aux places de parkings des personnes qui viennent pique-niquer (100 $ par personne). Les bookmakers sont interdits. La veille, les partants sont virtuellement à vendre aux enchères. L’argent est redistribué le lendemain aux parieurs. Derwins Prospector avait par exemple été virtuellement vendu 600 $.

Que représente cette course pour les Américains ?

J’ai été très surpris par l’engouement que cette épreuve suscite localement. C’est leur grande course. Il lui accorde la même importance que les gens de la région de Pardubice au Grand National. Les médias généralistes en parlent. Il y a par exemple eu un reportage avant la course sur CBS News dans « 60 minutes » [le plus connu des magazines d'information de la télévision américaine, NDLR].

Tenterez-vous de conserver votre titre en 2018 ?

J’aimerais bien remonter cette épreuve, mais avec un très bon sauteur ! Je retourne là-bas pour monter quelques courses la semaine prochaine. Cet automne, je vais également chasser à courre avec Derwins Prospector. Il est possible que l’Américain Eric Poretz vienne pour le Prix Maréchal Foch, la belle épreuve réservée aux amateurs lors de la journée du Grand Steeple Chase de Paris.