Le bloc-notes de Franco Raimondi - Minding peut-elle être battue en 2017 ?

Courses / 02.05.2017

Le bloc-notes de Franco Raimondi - Minding peut-elle être battue en 2017 ?

 

Chaque mardi, Franco Raimondi vous ouvre désormais son bloc-notes. Un carnet précieux, dans lequel il consigne les bonnes… et moins bonnes impressions de la semaine écoulée !

 

Le plus dur pour une femelle de 4ans, c’est de garder un certain intérêt pour les courses. Minding (Galileo) ne l’a pas perdu. Elle l’a prouvé en faisant une démonstration ce lundi dans les Mooresbridge Stakes (Gr2). La pensionnaire d’Aidan O’Brien n’a connu la défaite que quatre fois en treize sorties : lors de ses débuts, au mois de juin de ses 2ans ; dans les Debutante Stakes (Gr2), lorsqu’elle n’avait pas réussi à revenir sur Ballydoyle (Galileo) ; en terrain collant, dans les Irish 1.000 Guineas (Gr1) ; et dans "un jour sans" au cours duquel elle s’était classée troisième des Irish Champion Stakes (Gr1), bien loin de sa véritable valeur.

Selon les échellistes anglais, la course de lundi de Minding vaut un Racing Post rating de 122. C’est-à-dire une livre de moins que son meilleur niveau en 2016. Si elle progresse, on peut logiquement s’attendre à ce qu'elle atteigne une valeur comprise entre 125 et 126. Pour la battre dans les Grs1, il faudra un mâle capable d’être crédité d'un Racing Post rating de l’ordre de 128 ou de 129. Actuellement, je n'en connais qu’un. Il habite Pau et s’appelle Almanzor (Wootton Bassett). Malheureusement, on ne le reverra que dans la deuxième partie de la saison. Aidan O’Brien peut choisir un chemin protégé pour sa championne. Il lui suffira d’éviter les extrêmes, c’est-à-dire ne pas être tenté de la raccourcir sur 1.600m ou de la rallonger sur 2.400m. Sur 2.000m, dans la filière des courses pour femelles, Minding peut réussir une saison parfaite.

Les Mooresbridge Stakes de Minding : https://youtu.be/EOho2nITRf4

 

Zarak va-t-il enfin gagner son premier Gr1 ? Même si Zarak (Dubawi) n’a pas gagné ce lundi, sa performance m’a rassuré. Le fils de Zarkava (Zamindar) va trouver son Gr1. Et il n’aura pas besoin d’aller en Allemagne ou aux États-Unis. Il n’ira pas non plus en Italie, car le seul Gr1 qui reste à ce pays est réservé aux femelles. La cravache perdue par Christophe Soumillon l’a empêché de gagner le Ganay. Mais cet incident nous a fait découvrir une autre facette de ce cheval. Tous les regards sont tournés vers lui depuis sa naissance. Il a trop vite été condamné par d’éternels mécontents. Zarak est le fils de Zarkava mais il n’est pas Zarkava au masculin. Entre la mère et son fils, il y a certainement un écart de valeur proche d’une dizaine de livres. C’est toute la différence entre une championne invaincue et un très bon cheval. Pour gagner à coup sûr un Gr1 en France, en Angleterre ou en Irlande, il faut avoir un cheval crédité d’un rating international situé entre 122 et 123. Lundi à Saint-Cloud, on a vu la meilleure performance de la carrière de Zarak. Selon le Racing Post rating, il a progressé de deux livres. Pour ne pas me faire mentir, mon ami Zarak n’a que deux options : soit il progresse encore de trois ou quatre livres, soit Alain de Royer Dupré glisse un trèfle à quatre feuilles sous le tapis de selle. Il y a aussi une troisième solution que j’ai apprise chez un vieil entraîneur italien de trotteurs. Quand un cheval n’arrivait pas, en jouant de malchance, à trouver sa course, il demandait au maréchal-ferrant de mettre un billet de 10.000 lires entre le fer et le pied du cheval. Ce n’est pas très scientifique comme méthode mais je crois me souvenir de très bons résultats…

 

Jusqu’où peut-aller Straight Shooter ? Je vous l’accorde, c’est une question un peu triviale, car ce cheval n’a que 3ans et n’affrontait qu’un lot d’inédits, lundi à Saint-Cloud. Mais Straight Shooter  (Frankel) a des foulées impressionnantes, un peu comme celles de son demi-frère Naaqoos (Oasis Dream). Il a terminé son parcours en effectuant 400m en 22”98. C’est 44 centièmes de moins qu’un très bon cheval comme Jimmy Two Times (Kendargent). Le Racing Post lui offre un alléchant rating de 94. C’est énorme pour une valeur attribuée par des Anglais dans une course pour inédits en France. Straight Shooter a fait la une sur Turf Talk, la newsletter du galop en Afrique du Sud, avec une jolie photo et une interview de Derek Brugman, représentant de Mayfair Speculators. Il a raconté au journaliste sud-africain sa conversation au téléphone après la course avec André Fabre. Brugman a posé la question suivante au Cantilien : « André, c’est un poulain très impressionnant, non ? » La réponse du maître entraîneur fut : « Oui. C’est exactement cela. » Brugman a aussi expliqué dans cet article que la France est le meilleur pays d’Europe pour acheter des chevaux et les faire courir. Le secret ? Un bon rapport qualité-prix et surtout la prime. Mayfair Speculators a seize chevaux enregistrés chez France Galop. Dix sont chez André Fabre et six chez Nicolas Clément.

Straight Shooter a été élevé par Serge Boucheron. Il avait acheté chez Tattersalls Straight Lass (Machiavellian), sa mère, en 2002, pour 190.000 Gns, avec l’aide de Marc-Antoine Berghgracht. La jument était pleine de Barathea  (Sadler’s Wells) ; 190.000 Gns, soit presque 315.000 €, c’est beaucoup d’argent pour un acheteur français. Tous les produits de Straight Lass sont passés à Deauville, sauf une pouliche par Oasis Dream qui a été vendue foal chez Tattersalls. Le chiffre d’affaires, pour neuf sujets, est de 2.180.000 €. L’éleveur a investi 691.000 € dans les saillies. Le bénéfice brut avoisine donc 1.174.000 €. En tenant compte des frais de pension, des commissions, des transports, des assurances… on arrive à une somme beaucoup plus raisonnable. Mais nous sommes sur le cas d’une poulinière qui a tout de suite bien réussi à l’élevage. Elle a été gérée avec professionnalisme et n’a jamais croisé un mauvais étalon. L’élevage de haut niveau peut être une réelle activité économique, mais ce n’est pas le pays de cocagne.

 

Churchill va-t-il gagner les 2.000 Guineas ? Le 8 octobre, après son succès dans les Dewhurst Stakes (Gr1), les bookmakers proposaient Churchill (Galileo) à 7/4 dans les 2.000 Guineas. C’est-à-dire l’équivalent de 2,75/1 en France. Mardi matin, à quatre jours de l’épreuve classique, sa cote est descendue à 13/8, soit 2,62/1. Je ne me souviens pas d’un antepost betting aussi stable sur un cheval. La cote de Churchill n’a presque pas fluctué de l’hiver. Pourtant, les informations et les bruits sur son compte n’ont pas fleuri avec le printemps. En regardant entre les lignes de l’antepost betting, on peut comprendre que Churchill a passé un bon hiver, qu'il a bien travaillé et n’a eu aucun pépin de santé. La seule explication logique à l’absence de variation de sa cote est l’arrivée en force d’autres chevaux dans le betting : le français Al Wukair (Dream Ahead), le Godolphin Barney Roy (Excelebration) et Eminent (Frankel). Ce trio est proposé entre 7/2 (4,5/1) et 11/2 (6,5/1). J’ai fait un petit calcul pour vous. Prenons un jeu à trois équipes : l’équipe Churchill contre ses trois adversaires les plus dangereux rassemblés, et les autres concurrents à part. Les cotes seraient : écurie Al Wukair, Barney Roy et Eminent à 1,75, Churchill à 2,62 et tous les outsiders à 7,14. Quelle est la logique derrière ce petit jeu ? Elle est simple et se résume en deux idées. Les parieurs anglais pensent qu’un des trois nouveaux candidats peut gagner les Guinées. De leur côté, les bookmakers ne veulent pas leur faire de cadeaux en poussant la cote de Churchill vers le haut. Outre-Manche, les paris sont un marché financier comme les autres…

 

Le Japon aura-t-il enfin son Arc de Triomphe ? Kitasan Black (Black Tide) a battu le record de son oncle Deep Impact (Sunday Silence), ce dimanche dans le Tenno-Sho Printemps (Gr1). Il a bouclé les 3.200m en 3’12”5 (réduction kilométrique de 1’00”15). Le champion Deep Impact avait parcouru la même distance en 3’13”4 (réduction kilométrique de 1’00”4). À 5ans, il donne la sensation d’avoir encore progressé. Mais les échellistes anglais nous disent l’inverse : Kitasan Black a déjà été crédité cinq fois d’un Racing Post rating de 122, mais ce dimanche il s’est imposé avec une valeur de 119. Dès lors, on peut se poser la question de la qualité du lot. Satono Diamond (Deep Impact) est meilleur sur 2.400m et dimanche, il a fini troisième, battu par manque de tenue. Satono à la pointure pour gagner un Arc de Triomphe standard et sans véritable champion. Kitasan Black pourrait remporter l’Arc… sur 3.200m. Mais à cette heure, malgré l’enthousiasme de son entourage, nous n’avons pas encore été informés d’un changement de distance.

 

L’élevage italien est-il encore capable de sortir un Falbrav ? C’est mon ami et confrère Adrien Cugnasse qui m’a posé cette question lundi soir, en partant de Saint-Cloud. Je n’aime pas cracher dans la soupe mais ma réponse fut la suivante : « Peut-être que oui, mais ça sera un coup de chance. » Par rapport à l’époque où Falbrav  (Fairy King) est né, l’élevage italien a perdu les deux tiers de ses naissances (de 1.800 à 650 foals). Dans le même temps, plusieurs grands haras ont fermé leurs portes ou réduit la voilure. Au final, cela signifie que chaque année, l’Italie ne peut compter que sur 60 à 70 foals avec un pedigree international. À l’époque de Falbrav et jusqu’en 2010, l’Italie sortait un cheval crédité d’un Racing Post rating de 120 tous les trois ou quatre ans. Le dernier italien qui a dépassé le cap des 120 fut Worthadd (Dubawi), deux fois crédité de 123 en 2011. Beauty Only (Holy Roman Emperor) n’était pas loin de ce niveau, mais il est parti d’Italie après sa saison de 2ans. En plus de la question de l’élevage, il y a celle de la concurrence dans le programme. Quatre-vingts pour cent des meilleurs jeunes chevaux sont concentrés dans une seule écurie, celle de l’armada Botti. Cette année, lors des quatre courses pour le Derby italien, ces derniers ont présenté 22 partants, dont 16 entraînés par Alduino Botti. Les Botti ont fait 1-2-3 dimanche, dans le Prix Botticelli (L), 1-2-4 dans le Premio Emanuele Filiberto (L), 1-2-3 dans le Premio San Giuseppe et 1-3 dans le Premio Guido Clerici. Les chevaux italiens arrivent donc au Derby sans jamais avoir connu de vrai test. Ils peuvent gagner facilement leur maiden, avant qu'on leur choisisse une course à conditions sur mesure puis la bonne préparatoire. Un circuit de sélection sans confrontations ne peut pas produire des chevaux de haut niveau, même avec des sujets de talent au départ. Et pourtant, dans un jour pas si lointain, l’Italie aura ses nouveaux Falbrav (Premio Presidente della Repubblica, Gran Premio di Milano, Japan Cup, Prix d'Ispahan, Eclipse Stakes, International Stakes, Queen Elizabeth II Stakes et Hong Kong Cup, Grs1), Ramonti (Premio Vittorio di Capua, Queen Anne Stakes, Sussex Stakes et Hong Kong Cup, Grs1) et Electrocutionist (Gran Premio di Milano, International Stakes et Dubai World Cup, Grs1).