Amer, le Galileo des pur-sang arabes, est mort

19.06.2017

Amer, le Galileo des pur-sang arabes, est mort

Le chef de race de pur sang arabe Amer (Wafi) est mort à l’âge de 33 ans. Né en 1984, il fut un bon cheval de course, en particulier sur le mile. Mais c’est au haras qu’il s’est véritablement révélé. Il est devenu l’équivalent de Galileo (Sadler’s Wells) chez les pur-sang arabes, dans le sens où, comme le sire de Coolmore, il a battu le record historique du nombre de victoires de Groupe décrochées par la production d’un étalon à travers le monde (dans sa race).

Une influence considérable. Les produits d’Amer ont remporté plus de cent trente Groupes, dont quatre-vingts Groupes I PA. Un score jamais atteint auparavant. Son influence est considérable sur le stud-book pur-sang arabes. En France, la base de données du SIRE a répertorié dix-neuf de ses fils au haras. Sept des neufs dernières Qatar Arabian World Cups ont été remportées par des descendants d’Amer. En 2016, au palmarès des étalons pur-sang arabes en France, Amer devance son fils Dahess. Deux autres de ses fils, Af Albahar et Majd Al Arab, occupaient respectivement la cinquième et la sixième place de ce classement. En 2017, son prix de saillie (en insémination artificielle) était annoncé à 40 000 euros hors taxes, un tarif jamais atteint dans sa race.

Un améliorateur. Alban de Mieulle est l’entraîneur de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani. Il a entraîné certains des meilleurs produits d’Amer et dirige le haras du Grand Courgeon, où le grand étalon a passé ses dernières années. Il nous a confié ce mercredi : « Le cheval était fatigué ces derniers temps et nous l’avons retrouvé mort ce matin dans son box. Il est arrivé au Grand Courgeon en 2010. Le cheval n’est plus disponible en France, le stock de semence étant extrêmement limité. Cela fait très longtemps qu’il n’était plus prélevé. Ses nombreux fils et filles assurent la pérennité de son sang. J’ai eu la chance d’entraîner certains de ses meilleurs produits comme Dahess (vingt-sept victoires dont dix Groupes I PA), General (double vainqueur de la Qatar Arabian World Cup, Gr. I PA), Al Dahma (lauréate de douze Groupes I PA)… C’était un bon cheval de course, mais pas de la classe d’un crack comme son petit-fils Al Mourtajez (Dahess), par exemple. Il a été très améliorateur, produisant mieux qu’il ne l'était lui-même en piste. Amer a produit des chevaux capables de gagner sur toutes les distances, mais ils n’étaient pas très précoces. Il faut les préserver à 3 ans car ils se révèlent souvent plus tard. Son fils General produit à son image, avec beaucoup de qualité, mais peu précoce. Une des qualités d’Amer, c’est d’avoir excellemment bien croisé avec les bonnes souches françaises et tunisiennes. Il a transmis son excellent caractère et du gabarit. Ses produits, souvent froids, étaient meilleurs l’après-midi que le matin. Lui-même était vraiment oriental dans sa manière de se déplacer et son expression. Il est à la base de l’élevage de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani. »

Un miler qui n’aimait pas le terrain léger. Val Bunting a été l’un des entraîneurs d’Amer. Elle nous avait confié il y a quelques mois : « C’est certainement le meilleur cheval que j’aie entraîné, avec Djelmila (Manganate) et Djebbel (Djelfor). Sa distance favorite était le mile. Je l’ai entraîné en 1989 et en 1990. Il a gagné quatre courses et fut deuxième une fois au Qatar, dans les épreuves pour chevaux élevés localement. De 1991 à 1996, il n’a pas pu courir pour des raisons administratives. En 1996, nous l’avons envoyé en Grande-Bretagne où il a couru, mais il avait déjà 12 ans. Même s’il avait peu d’expérience, il avait vraiment conservé l’envie de courir. Étant donné que nous voulions avant tout qu’il devienne étalon, nous avions fait en sorte de ne le courir que dans les épreuves où il avait une première chance. Je n’ai par exemple pas pris le risque de la courir en France à l’époque. Il n’a pas failli à la tâche, en gagnant à chaque fois, sauf dans les Dubai Stakes où il s’est classé troisième. Mais le terrain était trop léger pour lui, ce qu’il n’aimait pas. »

Calme et facile. « C’était vraiment un cheval très facile à entraîner. Il était très calme, je pouvais le monter moi-même le matin. En course, il était tout aussi facile. On pouvait le faire courir devant ou derrière, même s'il préférait aller devant. Je pense que la tenue de ses produits était assez liée à celle de la mère. Il a d’ailleurs merveilleusement – mais pas exclusivement – bien croisé avec les origines française. C’est un cheval qui n’a eu aucun problème en particulier, si ce n’est aux pieds, mais cela était plutôt dû à des conditions d’élevage et au climat. Une crise de fourbure avait laissé des séquelles. D’ailleurs il n’a pas transmis ces problèmes de pied. » Ce mercredi, Val Bunting a précisé : « Comme beaucoup de pur-sang arabes, il était très malin. Néanmoins, il faisait preuve d’un grand sérieux en piste. Il était tellement facile à entraîner que parfois, je me dis que c’est lui qui m’entraînait, et non l’inverse ! Pour atteindre un tel âge, il avait une constitution très forte. On peut dire qu’il a été bien supérieur au haras qu’en compétition, car c’est un étalon exceptionnel. »