OTI Racing, ces Australiens qui ont fait le choix de la France

Courses - International - Élevage / 19.06.2017

OTI Racing, ces Australiens qui ont fait le choix de la France

Par Adrien Cugnasse

OTI Racing s’est distingué ces dernières années en France grâce à Gailo Chop (Prix Guillaume d'Ornano, Gr2), Prinz Hlodowig (2e du Prix de Condé, Gr3), Montclair (Prix de Barbeville, Gr3)… Terry Henderson en est le directeur dénéral depuis 1999. Il nous a 

Jour de Galop. – Ce mercredi, Fastnet Tempest va courir la Royal Hunt Cup à Royal Ascot. Est-ce important pour des investisseurs comme vous d’avoir des partants dans les meetings de prestige en Europe ?

Terry Henderson. – Le cheval a eu une bonne course préparatoire, il est en forme, mais la concurrence sera relevée. Nous sommes donc confiants, tout en gardant une certaine prudence ! L’ensemble des personnes impliquées dans sa carrière est honoré de pouvoir participer au meeting de Royal Ascot. Six membres australiens du Syndicat feront spécialement le déplacement pour voir courir ce pensionnaire de William Haggas. Pour eux, la Melbourne Cup est bien sûr le "Graal". Mais ils savent qu’il n’y a qu’une seule Melbourne Cup par an et que c’est un challenge très difficile. Ils apprécient donc aussi de pouvoir courir les grandes courses du monde entier.

Depuis le lancement d’OTI Racing, vous avez décroché certains de vos plus beaux succès grâce à des chevaux acquis en France. Pourquoi aimez-vous acheter et faire courir dans l’Hexagone ?

Manighar (Linamix) et Gailo Chop (Deportivo), achetés clé en main en France, ont remporté quatre Grs1 sous nos couleurs. Nous aimons les courses françaises pour plusieurs raisons. Les conditions d’entraînement sont vraiment très bonnes, tout comme les allocations. La politique de l’élevage, avec notamment les primes, est excellente. Nous sommes arrivés ici il y a une décennie et nous avions été extrêmement bien reçus par France Galop et Arqana. Un climat de confiance s’est établi et ce fut le départ d’une très bonne relation de travail avec les acteurs de la filière française. Nous avons ensuite eu l’occasion d’apprécier le professionnalisme des entraîneurs français, à Chantilly comme dans le Sud-Ouest. Ces professionnels sont très respectueux des chevaux. Et lorsque certains prennent la direction de l’Australie à la fin de leur carrière européenne, ils ne sont ni surentraînés, ni usés en course. Leur potentiel est donc intact pour leur deuxième carrière. Nous ne sommes pas pressés. Si le cheval a besoin de temps, nous le lui donnons, car nous savons qu’il nous le rendra. Un cheval peut avoir des problèmes ou des contretemps dans sa carrière. Antoine de Watrigant et nous-mêmes avons été récompensés d’avoir su attendre Gailo Chop. Sa victoire dans les Mackinnon Stakes (Gr1) fut d’autant plus belle et Antoine a été surpris de découvrir que le public australien le connaissait !

Est-il difficile d’acheter des chevaux de tenue et de distance intermédiaire en Europe ?

Nous cherchons des chevaux capables d’aller sur 1.600m et au-delà. Ils sont difficiles à trouver en Australie. En Europe, il y a une décennie, la concurrence était moins rude. À présent, il y d’autres syndicats australiens avec des moyens importants, mais également le China Horse Club, Godolphin… Ils cherchent tous à avoir des sujets de tenue, avec bien sûr la Melbourne Cup en ligne de mire. En 2010, lorsque nous avons acquis Manighar, il était placé de Gr1. Face à la concurrence qui sévit sur ce type de profils, nous avons changé de stratégie. Nous prenons des participations dans des chevaux moins expérimentés et nous les laissons chez l’entraîneur qui les a façonnés. C’est notamment ce qui s’est passé avec Gailo Chop. Le cheval est resté pendant deux ans sous nos couleurs chez Antoine de Watrigant. C’est actuellement le cas d’Instant de Rêve (Vision d’État), qui évolue en France en association avec Corine Barande-Barbe.

Comment fonctionnent vos écuries de groupe ?

J’achète tous les chevaux, puis des partenaires se joignent à nous. Beaucoup sont à nos côtés depuis des années. Les résultats en piste les poussent à continuer à investir. En Australie, il y a énormément d’écuries de groupe de qualité et leur activité tire les courses vers le haut. Mais leur mode opératoire est différent du nôtre. Nos partenaires sont consultés comme de véritables investisseurs pour toutes les décisions importantes. Nous fonctionnons comme une banque privée, alors que la majorité des syndicats est comparable à des banques de détail. Compte tenu de l’environnement professionnel dans lequel nos investisseurs évoluent, ils sont habitués à des services et à une qualité de communication de premier plan. Nous devons donc être à la hauteur. Nous accordons une importance toute particulière à la communication, avec un suivi très régulier et une émission hebdomadaire, publiée sur internet. Récemment, nous avons créé une écurie de groupe réservée aux moins de 45 ans. Il est important d’attirer de jeunes propriétaires. Nous leur proposons d’investir sur de bonnes pouliches, en espérant avoir un retour sur investissement en piste, puis au haras.

Quels sont vos effectifs à travers le monde ?

Nous avons des chevaux chez dix entraîneurs en Europe [dont Antoine de Watrigant, Corine Barande-Barbe, Simone Brogi, Nicolas Clément, Mikel Delzangles, André Fabre et John Hammond, en France, ndlr] qui ont 35 chevaux sous leur responsabilité. En Australie, nous avons une soixantaine de chevaux à l’entraînement.

Investissez-vous dans l’élevage européen ?

Oui, dans les produits de Fastnet Rock (Danehill) nés chez Coolmore. Nous sommes associés avec eux sur une dizaine de poulains. Cet étalon fut un champion en Australie et ses produits sont plus faciles à acheter en Europe, car chez nous, ils sont très recherchés. Parmi ceux que nous avons acquis yearling en 2015, il y avait Casterton, lauréat du Prix des Marronniers (Maiden, 2.500m) dans un très bon style au mois de mai, à Deauville, mais aussi Fastnet Tempest. Nous achetons aussi quelques yearlings aux ventes en Europe. J’élève en France, au haras des Capucines. J’ai plusieurs poulinières en association avec ce haras.

Qui sont vos espoirs parmi vos jeunes chevaux basés en France ?

Il y a bien sûr Casterton, qui est estimé par André Fabre, mais aussi Araaja (Iffraaj). En accord avec Antoine de Watrigant, cette dernière n’a pas suivi la filière classique, qui venait trop tôt. Elle s’est récemment imposée dans une Classe 1 à Toulouse. La pouliche doit à présent se diriger les épreuves black types, comme les Prix Chloé (Gr3) ou de la Nonette (Gr2). Nous suivons avec attention l’évolution de Mantastic (Fastnet Rock). Ce pensionnaire de John Hammond s’est classé troisième pour ses premiers pas après avoir raté son départ.

Vous avez fait le pari de placer Chelkar, un ancien pensionnaire de Jean-Claude Rouget, chez Willie Mullins. Dans quel objectif ?

Willie Mullins est sous-estimé en tant qu’entraîneur de chevaux de plat ! Ses statistiques sont excellentes en Australie. N’oubliez pas qu’il s’est classé deuxième de la Melbourne Cup 2015 avec Max Dynamite (Great Journey). En ce qui concerne Chelkar (Azamour), il fait actuellement une pause de plusieurs mois.