PRIX DE DIANE LONGINES (GR1) - Oser pour réussir

Courses / 18.06.2017

PRIX DE DIANE LONGINES (GR1) - Oser pour réussir

DIMANCHE, À CHANTILLY

Le pari était assez osé : courir Senga (Blame) à quinze jours dans le Prix de Diane Longines (Gr1), après sa troisième place dans le Prix de Sandringham (Gr2) et un peu plus d’un mois après l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches (Gr1)…

C’était osé mais c’était réfléchi et bien pensé. Car l’entourage de la pouliche a su l’écouter. Dans le Sandringham, elle avait fini vite, enclenchant tardivement. « De la distance », était-elle en train de dire, et les 500m de plus ce dimanche lui ont été bénéfiques. Montée aux petits oignons par Stéphane Pasquier, Senga a montré encore une fois que son accélération était sa grande force car elle avait pas mal de chemin à refaire dans la ligne droite. Senga décroche son premier Gr1 ce dimanche et permet aux couleurs de la famille Niarchos et à Pascal Bary de décrocher un nouveau Diane, douze ans après celui de la championne Divine Proportions (Kingmambo). Pour Stéphane Pasquier, c’est le premier.

 

Un Diane mouvementé. Senga a peut-être fait un peu peur à son entourage derrière les stalles, où elle s’est montrée tendue. Il a même fallu lui mettre le bonnet pour qu’elle accepte de rentrer dans sa stalle. La pouliche a eu un bon parcours dans le sillage de Shutter Speed (Dansili), annoncée comme la pouliche à battre. Les deux ont évolué sur une ligne extérieure, ce qui leur a aussi permis d’échapper à différents incidents de course. Le premier, c’est l’arrêt de Rhododendron (Galileo) dans la seconde partie du tournant final. La pouliche a été victime d’une hémorragie pulmonaire importante et Ryan Moore l’a vite arrêtée, en essayant de gêner le moins possible ceux derrière lui. Le second, c’est la chute d’Onthemoonagain (Cape Cross), qui a galopé dans les postérieurs d’une adversaire à mi-ligne droite. La pouliche la plus malheureuse de la course est Sistercharlie (Myboycharlie), qui a ensuite fini vite pour prendre la deuxième place à une longueur de Senga. Terrakova (Galileo) s'octroie le second accessit, comme sa mère, Goldikova (Anabaa), en son temps. Elle s’est inclinée d’un nez face à Sistercharlie, en fin de course. Shutter Speed, qui est allée chercher l’appui de la corde, est quatrième, ne pouvant suivre l’accélération de ses adversaires, avec Turf Laurel (Footstepsinthesand) cinquième à un nez. Les autres sont à quatre longueurs. Après enquête, l’arrivée a été maintenue.

Écouter et comprendre. Pascal Bary remporte un second Prix de Diane. Le premier avait aussi été décroché pour la famille Niarchos, avec Divine Proportions. L’entraîneur tentait un pari en courant Senga à quinze jours et pour la quatrième fois en l’espace de deux mois. La pouliche décroche son premier Gr1 mais il était attendu depuis le 2 octobre 2016. Souvenez-vous : la ligne droite qu’elle avait tracée dans le Total Prix Marcel Boussac (Gr1) était l’une des plus belles impressions du week-end du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1)…

Pascal Bary est un homme de peu de mots, mais il est précis. Il a su écouter sa pouliche : « Elle n’est pas née pour tenir les 2.100m mais elle avait montré qu’elle demandait plus. Son papier maternel est composé de milers et de chevaux de vitesse. Elle a un pedigree et un modèle formidables. Peut-être me suis-je trop fixé sur le mile avec ses origines, alors qu’elle demandait plus de distance. Elle a une accélération fantastique. Les 2.400m ? Ce n’est pas tout à fait la même chose mais si on n’essaye pas, on ne saura jamais… Pour l’instant, nous allons la récompenser en la laissant tranquille ! »

Une Poule d’Essai à oublier. Il ne fallait pas perdre foi en Senga, se souvenir de cette ligne droite du Boussac, de son accélération pour sa rentrée dans le Prix de la Grotte, de sa fin de course dans le Sandringham. Il ne fallait pas se fier à sa onzième place dans l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), où elle n’avait pas son action habituelle. La vérité n’était pas à Deauville, cette performance était trop mauvaise pour être exacte. Pascal Bary ne se l’explique d’ailleurs pas totalement, comme il nous l’a dit : « Dans la Poule d’Essai, je ne suis pas certain que seul le terrain était en cause. Si elle avait terminé quatrième, alors nous aurions pu dire que c’était le terrain. Mais j’avais plusieurs partants ce jour-là avec Senga, Thaïs (Rio de la Plata) et Monroe Bay (Makfi) et elles avaient toutes mal couru. Depuis, elles ont gagné. Je ne m’explique pas ce qu’il s’est passé. »

Le Sandringham, un test concluant… mais inattendu ! Senga était très en vue dans le Prix de Sandringham, trois semaines après la Poule d’Essai. Elle y a conclu troisième mais elle était l’une des meilleures impressions de la course, ayant tardé à trouver son action. Le Prix de Sandringham devait servir de test en vue des Coronation Stakes (Gr1) de Royal Ascot mais, finalement, il a servi d’indicateur pour le Prix de Diane, comme Pascal Bary l’a expliqué : « Je n’avais pas vraiment peur de courir rapproché. Elle avait gagné brillamment le Prix de la Grotte il y a un mois et demi, dans un terrain un peu trop souple à son goût. Peut-être y avait-elle pris plus dur que ce que je pensais. Elle a couru très plate dans la Poule d’Essai. J’ai trouvé qu’elle revenait bien pour le Sandringham et, le surlendemain de cette épreuve, je l’ai trouvée magnifique. Stéphane Pasquier pensait aussi qu’il fallait la rallonger. J’ai donc demandé à ses propriétaires s’ils acceptaient de courir le Prix de Diane… » Le reste est désormais dans l’histoire.

 

Un premier Diane pour Stéphane Pasquier

Stéphane Pasquier, ou "Paquito" tel qu’on le surnomme, décroche ce dimanche sa première victoire dans le Prix de Diane Longines, pour le compte de ses patrons, la famille Niarchos. Une victoire acquise suite à une bonne lecture de la course, comme il l’a expliqué : « J’ai suivi Lanfranco Dettori, car il sait où il va ! (rires). Elle a parfaitement répondu quand je lui ai demandé d’accélérer. C’est génial ! »

 

Les larmes d’Electra Niarchos. De cette victoire de Senga, on retiendra aussi les larmes d’Electra Niarchos. Femme de cheval, Electra est passionnée et presque habitée lorsqu’elle en parle. Cavalière émérite, elle a mis de côté les concours de CSO pour se consacrer à l’élevage familial et aux courses. Elle est là pour les encourager. Après la course, son émotion était palpable et sa philosophie se résume en quelques mots : « Je monte moins en concours. Les courses, c'est ma vie à présent. C'est ma famille. C'est tout pour moi. Rien ne peut atteindre le niveau d'émotion des courses… »

Tout de suite après le retour de Senga au rond, les yeux encore humides, elle nous a dit : « C’est magnifique… C’est une course magnifique à gagner. Je remercie vraiment tous ceux qui ont participé à la préparation de la pouliche. Pascal, son entraîneur, Charlotte, qui s’en occupe tous les jours. C’est une journée magnifique. » Désormais, Electra Niarchos va certainement s’envoler pour Royal Ascot, afin de soutenir Ulysses (Galileo) dans les Prince of Wales’s Stakes (Gr1) et la 2ans Alpha Centauri (Mastercraftsman), engagée dans les Albany Stakes (Gr3). Deux belles chances de victoire, encore…

La famille Niarchos remporte ce Prix de Diane pour la quatrième fois. Le premier, c’était Northern Trick en 1984. Le deuxième, East of the Moon en 1994. Le troisième, Divine Proportions en 2005 et Senga s’ajoute à cette liste de grandes championnes.