Senga, au-delà des modes

Courses / 20.06.2017

Senga, au-delà des modes

Par Adrien Cugnasse

Le succès de Senga vient récompenser plus de trois décennies et cinq générations de sélection sur la descendance de Coup de Folie (Halo). Élevée par la famille Niarchos, Senga a grandi aux États-Unis, où elle est née. Elle est arrivée en Europe alors qu’elle était yearling. Sa famille, très marquée par le sang américain, s’est principalement exprimée sur le vieux continent.

La renaissance de Denebola. Senga est une fille de de Beta Leo (A.P. Indy), gagnante d’une course sous l’entraînement de Pascal Bary. Elle est le deuxième produit de sa mère, qui a déjà donné Bolting (War Front), qui a enlevé le Prix du Pont-Neuf (L). Pascal Bary connaît bien la famille, puisqu’il a entraîné la deuxième mère, Denebola (Storm Cat), lauréate du Prix Marcel Boussac et deuxième du Prix de la Forêt (Grs1), avant de produire Ratiocination XX (Excelebration), troisième du Prix de Pontarmé (L). Avec Senga et Ratiocination, Denebola, qui fut dans un premier temps jugée décevante au haras (7 produits vus en piste, dont un seul black type), est certainement en train de faire mentir ses détracteurs.

Pedigree Weatherby : http://jourdegalop.com/wp-content/uploads/2017/06/senga.pdf

Coup de Génie, la bien nommée. La troisième mère de Senga, Coup de Génie (Mr Prospector), fut la meilleure 2ans française de la saison 1993 et notamment gagnante du Prix Morny et du Prix de la Salamandre (Grs1). Coup de Génie a produit 4 black types dont Loving Kindness (Seattle Slew), troisième du Prix Morny (Gr1). Mais elle est aussi et surtout la deuxième mère des étalons Bago (Nashawan) et Maxios (Monsun). Le premier nommé officie au Japon, après avoir gagné le Grand Prix de Paris,  l'Arc de Triomphe, le Ganay, le Jean Prat et le Critérium International (Grs1). Maxios a remporté le Prix d'Ispahan et le Prix du Moulin de Longchamp (Grs1). Il officie au Gestüt Fährhof, en Allemagne, où il a été très soutenu par les éleveurs allemands, mais aussi par la famille Niarchos. Maxios est certainement l’un des derniers mâles capables de pérenniser la lignée mâle de Monsun (Königsstühl) outre-Rhin.

Le Coup de Folie de Stavros Niarchos. L’histoire de Coup de Folie remonte à juillet 1983 à Keeneland. Pour cette petite-fille de Natalma (la mère de Northern Dancer), Stavros Niarchos avait largement dépassé le budget initialement prévu. Les enchères étaient montées jusqu’à 825.000 $ pour Coup de Folie (Halo). Ce "coup de folie" sur le ring fut payant en piste, puisque la pouliche a remporté le Prix d'Aumale (Gr3). Elle s’est aussi classée troisième du Prix Marcel Boussac (Gr1). Il fut encore plus payant au haras. Coup de Folie a donné six black types, dont Exit to Nowhere (Jacques Le Marois, Gr1), Machiavellian (Prix de la Salamandre et Prix Morny, Grs1) et Hydro Calido (deuxième de la Poule d'Essai des Pouliches, Gr1)... Machiavellian est ensuite devenu un bon père et un remarquable père de mères. Alan Cooper, le manager de l’écurie Niarchos, nous a expliqué : « C’est une grande joie pour toute l’équipe. Cela fait cinq générations que nous avons cette famille. Mon père, qui était courtier, avait tenté d’acheter Coup de Folie. Il fut battu aux enchères par Sir Philip qui officiait pour monsieur Niarchos. »

Blame ou l’art de ne pas suivre les modes. Senga est une fille de l’américain Blame (Arch). Elle est à ce jour son seul gagnant de Groupe en Europe et elle est aussi son premier lauréat de Gr1, toutes surfaces confondues. Et pour cause, l’utilisation des étalons stationnés dans le Kentucky pour produire des chevaux de gazon en Europe, très en vogue dans les années 1980 et 1990, n’est plus du tout à la mode. La dernière lauréate du Diane issue d'un cheval façonné par le programme américain remonte à 2003, avec Nebraska Tornado (Storm Cat). Blame ne fut pas black type à l’âge de 2ans. Lauréat de Gr2 à 3ans, il s’est véritablement révélé à l’âge de 4ans en battant la championne Zenyatta (Street Cry) sur le dirt du Breeders' Cup Classic (Gr1). Alan Cooper nous a confié : « C’est un cheval que nous avons beaucoup suivi dans sa carrière de course. Il faisait partie d’une grande génération américaine. Senga est issue de sa première génération. J’ai proposé que nous l’utilisions et cette suggestion a été acceptée par la famille Niarchos. » Lorsque nous lui avons demandé pourquoi l’élevage Niarchos était l’un des derniers en Europe à continuer à utiliser des étalons américains, il nous a expliqué : « Une partie de la réussite est lié à la vision internationale, au-delà des modes, de l’élevage. Il faut choisir l’étalon qui convient le mieux à une jument, où qu’il soit.»

Mais d’où vient la tenue ? Lors la conférence de presse, Pascal Bary a déclaré : « Sans doute me suis-je un peu trop fixé sur son appartenance à une famille de miler ou de chevaux de vitesse. Alors que la pouliche finissait bien ses courses et semblait demander plus de distance. » Bien qu’américaine de naissance et de pedigree, Senga est issue d’un père de mères, A.P. Indy (Seattle Slew), lauréat des Belmont Stakes (Gr1, 2.400m). Sur les 21 dernières lauréates du Diane, dix-sept (dont Senga) sont issues, en première ou en deuxième génération, d’un sujet performant sur 2.400m. Alan Cooper a précisé : « Blame a gagné le Breeder’s Cup Classic sur 2.000m et a pu apporter de la tenue à la pouliche. Mais la souche a fait très peu de chevaux capables d’aller au-delà de 1.600m. »

Kris S
Arch
Aurora
Blame
Seeking the Gold
Liable
Bound
SENGA XX (F3)
Seattle Slew
A.P. Indy
Weekend Surprise
Beta Leo
Storm Cat
Denebola
Coup de Génie

LES CHRONOS

TEMPS PARTIELS

Du départ à 1.000m : 1’05’’06

De 1.000m à 600m : 25’’29

De 600m à 400m : 12’’32

De 400m à 200m : 11’’45

De 200mà l’arrivée : 11’’85

Temps total : 2’05’’97