Stéphane Pasquier : jockey… entre autres !

Courses / 19.06.2017

Stéphane Pasquier : jockey… entre autres !

Par Adeline Gombaud

Lundi matin, en terrasse d’un petit café de Gouvieux. Ici, Stéphane Pasquier, c’est avant tout le père de William. Des parents d’élèves de l’école du garçonnet s’arrêtent : « Les petits n’ont pas gagné face à Marseille mais ils ont bien joué et ils étaient ravis. Et toi, alors, comment s’est passé ton dimanche ? » Stéphane Pasquier nous explique : « Ici, tout le monde adore William ! Donc je suis d’abord le père de William avant d’être jockey. Son école de football était en déplacement à Marseille ce week-end pour un tournoi de jeunes… »

Mais pour la journaliste hippique que je suis, Stéphane Pasquier, c’est surtout le lauréat du Prix de Diane Longines. Senga XX (Blame), une pouliche en laquelle il a toujours cru, lui a offert un premier succès dans ce classique… « Quand je me suis réveillé ce matin, j’ai demandé à Olivia [son épouse, ndlr] quel jour on était. Quand elle m’a répondu lundi, j’étais soulagé ! C’était normal que le réveil n’ait pas sonné, et ce Diane n’était pas qu’un rêve ! »

Déjà, dans le Boussac… Il doit s’interrompre. Plusieurs personnes viennent le féliciter. Il se lève pour serrer les mains. On retourne à la course : « Quand on gagne, c’est facile de dire que tout s’est passé comme prévu ! J’avais un bon numéro à la corde, le 8, au milieu des autres, ce qui me permettait de suivre qui je voulais. Pour moi, les pouliches côté corde n’étaient pas forcément les meilleures, donc j’ai préféré suivre Lanfranco Dettori à l’extérieur. C’était une super roue, car il m’a emmené très loin, et j’avais une porte de sortie vers l’extérieur. » Senga, battue dans l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches, tient son classique. Pas forcément celui que l’on attendait. Mais pas une surprise du tout pour son jockey : « Dans la Grotte, elle était fraîche et avait été sur le mors très rapidement. Je crois que ce jour-là, elle a trompé tout le monde. Mais je me rappelle comme si c’était hier de son Boussac. Sur une piste archi-rapide, sur laquelle on ne revenait pas, c’est la seule à avoir refait du terrain dans la ligne droite. Dans la Poule, en fait, on l’a utilisée à contre-emploi. »

Travailler pour l’avenir. Stéphane Pasquier, 39 ans, tient son Diane. « Ce sont des courses vraiment difficiles à gagner. Il faut des chevaux avec de la tenue, de la vitesse, et assez précoces pour arriver sur l'épreuve avec une certaine expérience. Je suis surtout content de remporter la victoire pour l’entourage de la pouliche. La famille Niarchos, c’est une écurie formidable, des gens humains, qui vivent leur passion. C’est un vrai bonheur de travailler pour eux. Electra est vraiment passionnée et Alan Cooper est un homme extraordinaire. Quand une écurie a la chance d’avoir un tel manager, cela ne peut que réussir. Et on a envie de se transcender pour eux ! » La casaque sied bien au bonhomme. La relation qui en découle aussi : « J’aime bien ne pas avoir à passer par plein d’intermédiaires pour parler des chevaux. La communication, c’est une des grandes forces de cette écurie. On échange beaucoup ensemble. Et puis il y a l’élevage derrière… On travaille pour l’avenir. Cela aussi, ça me convient bien. Je ne suis pas un jockey "one shot". Je pense que c’est aussi pour cela qu’ils m’ont choisi… »

Et mardi, Royal Ascot. Stéphane Pasquier a un autre grand rendez-vous qui l’attend. À Royal Ascot, cette fois, avec Signs of Blessing (Invincible Spirit), candidat aux King’s Stand Stakes (Gr1). Le jockey est serein : « Je suis allé travailler le cheval à Deauville et il est très bien. Il a mis du temps à mûrir, mais désormais il est parfait. François Rohaut a choisi cette année la course sur 1.000m, car les deux fois où il a couru là-bas sur 1.200m, c’était un poil long. Sa rentrée à Deauville a été formidable. Personne n’a réussi à le suivre… Comme la famille Niarchos, ses propriétaires, Tony Forde, Ahmed Mouknass et Isabelle Corbani sont des gens passionnés et j’aime travailler pour eux. »

La passion revient souvent dans les propos de Stéphane Pasquier. Quand on lui demande quels sont ses objectifs, le mot revient comme un leitmotiv : « Plus jeune, j’étais vraiment dans la compétition. À présent, c’est la passion qui domine. Je ne veux pas aller partout pour gagner le plus de courses possible. Je veux trouver la course qui convient à chaque cheval, lui faire gagner sa course à lui. » Un travail d’équipe, dans lequel il n’oublie jamais ceux qui œuvrent le matin. Pour Senga, c’est Charlotte Susini. Effondrée après la Poule, tellement heureuse dimanche : « Senga, c’est vraiment sa pouliche de cœur. Elle vit ses courses avec les tripes. C’était génial de lui offrir cette victoire hier. Je suis très fier d’elle ! »

Cette petite balle blanche. Il est bientôt 9 h 45 et pour Stéphane Pasquier, il est temps de penser à autre chose. L’après-midi sera consacré à l’autre passion du jockey, le golf. Téléphone coupé. « Cette petite balle blanche t’obsède tellement que tu ne penses à rien d’autre. Cela me vide la tête. Oui, le golf m’a permis de me canaliser un peu… Je suis certainement moins fougueux que je ne l’étais. Et puis il y a les enfants, ma femme, une vraie assise familiale. C’est cela qui compte vraiment. » Une affiche annonce un spectacle de danse prochainement. « Olivia et ma fille, Valentine, y participent ! » Décidément, Stéphane Pasquier est bien plus qu’un jockey !