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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Trot et galop adoptent deux stratégies opposées pour convaincre l’État

Autres informations / 21.06.2017

Trot et galop adoptent deux stratégies opposées pour convaincre l’État

Par Mayeul Caire, directeur de Jour de Galop

Comme le notaient hier nos amis de Paris-Turf, le galop et le trot ont choisi deux voies différentes pour gérer la crise actuelle. À Boulogne, on réduit les encouragements ; rue d’Astorg, pas touche aux allocations : elles devraient rester inchangées en 2017, 2018 et 2019, malgré un déficit de 35 M€ en 2017. Il est vrai que les modèles économiques sont très différents, puisque les trotteurs tirent quasiment 100 % de leurs recettes des prix de courses, alors que l’équilibre des galopeurs repose aussi sur le marché (des réclamers aux ventes d’août, en passant par un niveau de prix de saillie plus élevé et des juments plus chères).

Vous pourrez lire ci-contre le discours prononcé lundi, au Croisé-Laroche, par Dominique de Bellaigue. Cela s’appelle le "plan de pérennisation du trot". L’analyse du patron des trotteurs est intéressante. Mais ce n’est pas son discours en lui-même qui nous a interpellés… c’est la différence fondamentale entre son analyse et celle d’Édouard de Rothschild, alors que tous les deux espèrent une aide de l’État. Or on ne peut s’empêcher de penser que les chances d’obtenir une aide de l’État seront plus faibles si le trot et le galop ne parlent pas le même langage et s’ils ne font pas les mêmes choix en même temps…

Disons même les choses plus brutalement. La stratégie de France Galop, c’est de montrer à l’État sa bonne volonté, en proposant de grosses économies ; de se comporter en bon élève pour espérer s’attirer les bonnes grâces du maître… pour, au final, ne pas avoir à faire tout ce qui a été annoncé. La stratégie du trot, c’est exactement le contraire ! On dit à l’État : impossible de couper dans les allocations, sinon il va y avoir des morts ; alors intervenez vite, car si vous ne venez pas nous sauver, vous aurez la disparition de la filière sur la conscience. Il ne nous appartient pas de dire laquelle des deux sociétés-mères a raison. Mais ce qui est absolument certain, vu que leurs stratégies sont diamétralement opposées, c’est que si l’une doit fonctionner, l’autre ne fonctionnera pas. Et ça, ça veut dire quoi ? Que l’État aidera l’une des sociétés et pas l’autre ? Cela me semble impossible. Le plus probable est donc que, pris au piège face à deux attitudes opposées, l’État n’aide personne – refusant de trancher entre le fils modèle et le fils prodigue. Ou, pour rester dans les équidés, que nous mourrions de faim et de soif parce que, tel l’âne de Buridan, l’État n’aura pu choisir entre le picotin d'avoine et le seau d'eau.

On nous rebat les oreilles du marketing commun des courses, de la mise en commun des fonctions supports, etc., etc., etc., ad nauseam… et dès que l’on est en difficulté, chaque joueur de la grande "équipe" des courses pense "exploit personnel" au lieu de penser "effort collectif". Sincèrement, c’est très inquiétant et très énervant.

 

Le discours de Dominique de Bellaigue

« Les administrateurs de la Société, dont nous sommes les porte-parole cet après-midi avec Pascal Boey et Jean Lesne, ont souhaité tenir informés les acteurs des courses au trot en région de la situation de la société-mère et partager avec vous cet après-midi, le plan de pérennisation de la filière trot tel qu’ils l’ont validé il y a quelques jours.

Face aux difficultés rencontrées par l’Institution des courses depuis quelques années, les administrateurs se sont réunis au cours d’un séminaire de réflexion au mois de février dernier pour déterminer les moyens d’action, les marges de manœuvre à leur disposition, pour que la société-mère du trot puisse assurer sa mission première : la distribution d’encouragements aux propriétaires, éleveurs, entraîneurs ou drivers, c'est-à-dire ses membres.

À un moment où certaines inquiétudes légitimes s’expriment, nous avons jugé indispensable de vous présenter les décisions qui ont été validées à ce jour mais aussi pour vous écouter et partager avec vous la vision qui est la nôtre pour les années à venir.

Ce travail s’est accompagné d’une volonté forte des administrateurs de réaffirmer les valeurs qui sont celles du trot, valeurs qui ont toujours animé notre action comme celle de nos prédécesseurs.

Nous voulons les valider avec vous aujourd’hui afin de porter cette parole auprès du nouveau gouvernement, des sénateurs, des députés, dont le renouvellement massif intervenu après les élections législatives hier nous oblige à expliquer de nouveau ce que la filière cheval représente dans notre pays.

Je ne doute pas que vous aurez beaucoup de questions à nous poser et nous sommes là, avec Jean Lesne et Pascal Boey, pour y répondre.

[puis, après les échanges, le président de Bellaigue a repris la parole] 

Pour conclure cette présentation, je voudrais tout d’abord saluer l’engagement bénévole des administrateurs de la Société, bien sûr mais aussi celui des membres du Comité et des élus régionaux, qui ont été élus et qui participent chaque année à de nombreuses réunions des instances nationales.

Ils sont vos représentants, ils sont avant tout une force de propositions indispensable, ils sont les experts au quotidien de notre activité et surtout, par le temps qu’ils y consacrent, ils permettent le bon fonctionnement d’une institution qui a fait ses preuves. Nous devons tout faire pour préserver notre organisation et valoriser son action.

Comme vous l’avez entendu, des décisions importantes doivent être prises pour faire face à une situation économique. Nous en sommes parfaitement conscients et elles s’imposent à tous. Que ce soit au niveau de la société-mère, des organismes communs ou encore des sociétés de courses régionales. La détermination des administrateurs est totale.

Mais il nous importe aussi d’obtenir de l’État un soutien fort, qui doit se traduire par un partenariat renouvelé et une politique des jeux équilibrée, tenant compte du rôle économique, social et environnemental de la filière cheval. Comme cela était clairement stipulé dans la loi de 2010 sur l’ouverture du marché des jeux en ligne, la concurrence ne doit pas se traduire par une déstabilisation de notre secteur d’activité qui serait irréversible en peu d’années.

Il en va de l’avenir de la filière et le nouveau gouvernement et les parlementaires doivent en être conscients.

Pour conclure, je n’oublie pas le rôle que la France – via les sociétés-mères et le PMU –  doit jouer sur le plan européen. La situation des courses hippiques n’est pas florissante dans beaucoup de pays et l’évolution du marché des paris est préoccupante. Les courses hippiques et tous les métiers qui y sont liés doivent se faire entendre auprès des instances européennes pour anticiper leurs décisions. L’exemple du dossier de la T.V.A. nous le rappelle.

Mes chers amis, je compte sur votre soutien pour mener à bien les réformes indispensables que nous devons mener tous ensemble.

Je vous remercie de votre attention et nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions. »