LE BLOC-NOTES DE CHRISTOPHER GALMICHE - À travers champs

Courses / 07.07.2017

LE BLOC-NOTES DE CHRISTOPHER GALMICHE - À travers champs

LE BLOC-NOTES DE CHRISTOPHER GALMICHE

À travers champs

 

L’été est une saison qui n’est logiquement pas celle des sauteurs. À l’ombre des réunions du meeting de Clairefontaine, quelques hippodromes proposent de bonnes épreuves en obstacle, avec des chevaux que l’on pourrait voir ou revoir à Paris. Ce nouveau carnet vous emmène donc à travers champs, de la Bretagne aux Vosges, en passant par la Gironde.

 

Calnutz en balade à Vittel, le frère de Rubi Ball s’affirme sur le cross

« On ne peut pas voler de course à Vittel. La configuration de l’hippodrome ne le permet pas. C’est un hippodrome avec un très grand dernier tournant et les chevaux qui attaquent à l’amorce de ce tournant sont à 900m du poteau. Il faut les enrouler les 900m ! » Après la victoire de son protégé Burn Out (Saddler Maker) dans le Prix Robert de Lipowski, à Auteuil, en novembre 2016, Guillaume Macaire nous avait expliqué la particularité de l’hippodrome de Vittel, un site sélectif et qui prépare bien à Paris. Dimanche, à l’occasion d’une nouvelle réunion sur cette piste, Calnutz (Balko) s’est baladé sur le steeple. Malgré quelques hésitations, et bien qu’il ait paru décontenancé par le profil des tournants, il a creusé l’écart dans le tournant final pour l’emporter de dix-huit longueurs. Même si ces dernières performances n’ont pas été emballantes, il faut se souvenir qu’il avait gagné l’important Prix de l’Yonne à Auteuil. Un succès qu’il a eu du mal à assumer. Mais ses deux dernières victoires vont lui avoir fait du bien au moral et on pourrait peut-être retrouver le poulain qui nous avait plu sur la butte Mortemart.

Également à Vittel, un autre AQPS s’est distingué. Il s’agit de Very Ball (Robin des Champs), vainqueur du Prix Général Christian de Castries, un cross de 5.200m. Frère du champion Rubi Ball (Network), gagnant de deux Prix La Haye Jousselin et d’un Prix Ferdinand Dufaure (Grs1), il est en train de s’affirmer en cross puisque, en trois sorties dans la discipline, il n’a pas fini plus loin que troisième. Avec le temps, il peut devenir un très bon élément dans ce sport.

 

Steel du Turf, un "Chaillé-Chaillé" sur le cross

Arnaud Chaillé-Chaillé a eu peu de partants sur le cross ces dernières années. Pourtant, dimanche, il a remporté le Grand Steeple-Chase Cross Country de Corlay-Prix Carcaradec, épreuve longue de 5.600m et comptant pour le Championnat de France de Cross, grâce à Steel du Turf (Walk in the Park). Barré sur le steeple et les haies, il a trouvé sa voie en cross. Âgé de seulement 7ans, il a signé sa première victoire dans un Grand Cross et peut-être pas la dernière. D’autant que le cross de Corlay n’est pas seulement bucolique et beau à voir (vrai passage de route et passage de champs sont au programme), il est aussi sélectif. Vite en tête, détaché, il n’a pas fait beaucoup de fautes. Parfois, il a laissé des rivaux le relayer, mais il a pris définitivement le meilleur dans le tournant final, pour l’emporter très sûrement sous la selle de Thomas Coutant.

Toujours sur le charmant hippodrome de Corlay, Poligroom (Tiger Groom) a remporté le Prix de la Ville de Morlaix de huit longueurs. Doué dans sa jeunesse, le protégé de Patrice Quinton s’était imposé sur les haies d’Auteuil. Grand cheval, il a fait ses preuves dans les handicaps et, pour sa deuxième sortie en steeple, une discipline qui devrait lui convenir, il s’est donc imposé. Vite parmi les animateurs, il a pris le meilleur dans le tournant final pour l’emporter nettement. Au vu de ses titres, Poligroom pourrait faire parler de lui sur le steeple parisien.

 

Dire Light laisse une belle impression à La Teste

Bonne note lorsqu’elle avait conclu troisième sur les haies d’Enghien, en novembre 2016, l’AQPS Dire Light (Network) a trouvé son jour en s’imposant dans le Prix de l’hippodrome de Pompadour, le 5 juillet à La Teste. Après avoir galopé en quatrième position, la pouliche de Franck Deliberos et François Nicolle a été prise de vitesse à l’amorce du tournant final. Sollicitée entre les deux dernières haies, elle a trouvé son action à la fin, repartant facilement sur le plat pour gagner de sept longueurs et demie. Grande pouliche, Dire Light devrait s’épanouir avec le temps. Élevée par Patrice et Valérie Vagne, c’est une nièce de Rubi Light (Network), triple lauréat de Groupe sur le steeple, dont un Gr1 à Punchestown, et multiple placé à ce niveau. Dire Light a donc tout pour elle, la qualité et le pedigree.

 

L’incroyable après-midi de François Nicolle

Remporter la moitié des courses du programme, soit cinq épreuves sur dix, n’est pas une sinécure, surtout en obstacle. Il faut non seulement que les chevaux soient suffisamment prêts dans leur catégorie, mais aussi qu’ils ne connaissent pas d’ennuis de parcours et sautent bien. C’est donc un véritable exploit qu’ont accompli François Nicolle et Gaëtan Masure à la finition mardi à Clairefontaine. Ils se sont imposés avec Arry (Boris de Deauville), Gryffichop (Soave), Mysterious Boy (Myboycharlie), Kaldou Euanas (Kaldou Star) et Deca de Thaix (Network). Une mention spéciale pour Arry, Mysterious Boy et Deca de Thaix dont on va reparler à l’automne. « Nous n’avons pas encore tout sorti », a précisé François Nicolle après ce coup de cinq. C’est là aussi que le professionnel de Saint-Augustin a été très fort : il a su bien gérer son effectif et engager dans les bonnes courses au bon moment. Chapeau ! Et vivement cet automne, car s’il se passe pour lui sur le même tempo que le printemps et l’été, il pourrait finir tout près de Guillaume Macaire.

 

L’heure du bilan après les ventes de stores

La Derby Sale, la plus grande vente de stores au monde, et la vente d’été Arqana ont eu lieu. L’heure est désormais au bilan. La semaine passée, j’avais déjà souligné l’inquiétude que peut susciter le fait de voir de plus en plus de top prices et de champions anglais provenir de bonnes souches d’obstacle françaises. Inquiétude qui s’est renforcée après la vente à Deauville de Miss Country (Country Reel), la mère de Frodon (Nickname), à un grand éleveur anglais. Sans compter que de nombreux chevaux ont quitté la France pour alimenter en partants de qualité nos voisins d’outre-Manche. Peu à peu, nous dilapidons notre capital génétique et sportif et les Anglais et Irlandais auront peut-être un jour moins besoin de venir chez nous pour acheter des sauteurs. Le marché se régulera donc de lui-même, à moins de le réguler en amont pour éviter une fuite trop importante des talents… Leur élevage de sauteurs est en train de se renforcer à la vitesse d’un pur-sang lancé dans l’Abbaye de Longchamp. Et la qualité de leurs courses aussi. Car les french breds sont non seulement vendus sur les rings à prix d’or, mais ils sont aussi vendus à tour de bras après chaque course de 3 et 4ans, à Paris comme en province. Ainsi peut-on surnommer des courses comme les Prix de l’Yonne, Isopani, Rush, Wild Monarch ou encore Finot (Ls), les grands prix des courtiers. Bien sûr, il est normal d’avoir un marché actif. Tant mieux pour l’obstacle s’il est si fort. Et tant mieux pour les éleveurs également. Mais à terme, ce marché risque de s’écrouler, car nous aurons trop vendu. Et avec lui, ce seront nos courses d’obstacles qui couleront. Car nous n’aurons plus de partants, plus d’enjeux et plus d’intérêts sportifs… L’une des bonnes notes que je ressortirais de la vente d’été est qu’au cours du premier jour, de nombreux chevaux ont été acquis par des Anglais pour rester en France, à l’image du Champion de Decize et Cercy, Flashkille (Network), acquis par James-Douglas Gordon, fidèle aux courses françaises, et aux hommes qui lui ont apporté du succès comme David Cottin, le mentor de l’élève de Jacques Cyprès et Patrice Rabineau.

 

Un peu de mansuétude

Au cours des dernières semaines, certains professionnels du plat se sont émus, que ce soit sur les hippodromes ou les pistes d’entraînement, de la souplesse des terrains. La cible implicite ? Les courses d’obstacle. Je voulais juste remettre les choses dans leur contexte : à l’heure où le galop et le trot ne se présentent pas unis face à l’État, il serait de bon ton que le plat et l’obstacle ne fassent pas de même. D’autant que l’obstacle a déjà payé assez cher pour le plat avec la fermeture d’Enghien. Et à ce moment-là, aucun professionnel de l’obstacle n’avait tiré à boulets rouges sur le plat…