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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Élie Hennau : « L’amateurisme est une filière importante pour les courses »

Courses / 26.07.2017

Élie Hennau : « L’amateurisme est une filière importante pour les courses »

Élie Hennau : « L’amateurisme est une filière importante pour les courses »

Ce week-end, la Fegentri fait étape à Deauville. Élie Hennau a été élu président de cette fédération en mars dernier, à la suite de Nathalie Bélinguier. Dans les bureaux du groupe Axa, à côté des Champs-Élysées, il a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, son rôle au sein de la Fegentri et sa passion pour les courses.

Jour de Galop. – Pourquoi avoir accepté de prendre la présidence de la Fegentri ?

Élie Hennau. – C’est Nathalie Bélinguier qui m’a demandé de lui succéder au mois de mars dernier. C’est un honneur pour moi et j’espère pouvoir poursuivre l’œuvre que Nathalie Bélinguier a réalisée pendant les dix années de sa présidence. Des personnalités comme le baron de Montesquieu ont également beaucoup apporté, non seulement à la Fegentri, mais aussi à l’amateurisme en France. Quand Nathalie Bélinguier m’a sollicité, j’ai eu un moment d’hésitation, car je suis très occupé. Mes enfants comptent beaucoup et j’ai peu de temps pour moi. Mais j’ai finalement pensé à tout ce que les courses m’avaient apporté et j’ai eu envie de donner et transmettre à mon tour. Indirectement, il est important pour moi d’aider l’amateurisme dans l’Hexagone. J’ai voulu ainsi réaffirmer les liens entre la Fegentri et la France en nommant une Secrétaire générale française, Agnès Sibers. La Fegentri, c’est du bénévolat. Je le fais avec beaucoup de plaisir car j’ai l’impression que, d’une certaine manière, je réalise un de mes rêves de gamin. Je ne suis pas devenu entraîneur mais j’aide l’Institution…

Le weekend international des amateurs à Deauville. Le premier week-end du meeting de Deauville fait la part belle à l’amateurisme, avec six épreuves en trois jours. Trois courses internationales seront réservées aux amateurs : le Prix du Clos Fleuri - Château Montlau, le 62e Prix Georges Courtois - Equidia Live et le Championnat du monde Longines Fegentri - Prix Royal Barrière.

Quel est votre lien avec le monde des courses hippiques ?

Je suis Belge, né et élevé en Belgique ! Mon père était entraîneur. Mon grand-père était éleveur et le frère de mon grand-père a fondé le PMU en Belgique. Mon autre grand-père était vétérinaire et propriétaire de chevaux. Je suis donc issu d’une famille de gens de chevaux. De plus, mon arrière-grand-père, Élie Hennau, a créé un des plus grands haras que la Belgique ait connus. On peut dire que je suis tombé dans le chaudron lorsque j’étais petit. J’ai eu mon premier poney à 4 ans. Je faisais des courses dans les allées, le long de l’hippodrome de Sterrebeek, avec les fils des jockeys et entraîneurs belges. Comme nous n’avions qu’un poney, nous faisions des courses contre la montre, au chronomètre. J’étais et je suis toujours passionné par les chevaux. J’ai eu la chance de passer toutes mes vacances scolaires chez Henri van de Poële. Ce fut une expérience clef.

Quand avez-vous commencé à monter en course ?

Ma première selle était une selle de jockey récupérée. Elle avait été utilisée par Freddy Barrix, un des jockeys belges qui montait pour mon père. Il avait entre 60 et 70 chevaux à l’entraînement, à côté de l’hippodrome. J’ai monté ma première course à l’âge de 16 ans, pour mon père. Et je l’ai gagnée. À cette occasion, je battais Cédric Boutin, dont le papa, Jean-Jacques Boutin, entraînait en Belgique. À vingt ans, j’ai reçu ma première Cravache d’or. J’ai monté un peu en obstacle. Mais je dois avouer avoir eu peur dans cette discipline. J’ai dû monter entre 800 et 900 courses pour environ 95 à 100 victoires. J’ai dû me battre contre le poids car j’étais trop lourd et trop grand. Cela a été une lutte permanente pendant 15 ans. En France, j’ai monté pour et chez Christiane Head-Maarek. Et en Belgique, en dehors de ma famille, j’ai pu m’exercer sur des pensionnaires de la famille Martens, de Guy Heymans et de Jean-François Gribomont. Ce fut un plaisir de faire mes armes avec eux.

Vous avez représenté la Belgique au sein de la Fegentri, qu’avez-vous ressenti ?

J’ai monté pour la Fegentri pendant une dizaine d’année. Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de Français comme Pascal Adda, Robert Danloux, Christophe Mossé, Ludovic Maynard, Frédéric Spanu et Christophe Lemaire. J’ai eu la chance de gagner un peu partout dans le monde, en passant par Saint-Cloud et les hippodromes de province français. J’ai aussi été lauréat à Epsom d’une très jolie course, le Silver Magnum, sponsorisée par Moët et Chandon. À 25/1, j’ai battu Ryan Moore qui débutait comme amateur à l’époque. Ma dernière course a été à Saint-Moritz sur le lac, une course Fegentri, lors de leur 50e anniversaire. C’était probablement un signe !

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après des études de commerce en Belgique, j’ai travaillé chez Deloitte et Axa. Et aujourd’hui, je suis responsable de la stratégie de distribution et de la transformation de la distribution pour le Groupe Axa. Je partage ma vie entre Paris et la Belgique.

L’amateurisme est développé dans beaucoup de sports, mais que peut-il apporter aux courses ?

Je pense que l’amateurisme est une filière importante pour les courses. Le sport hippique a besoin de bénévoles, de futurs propriétaires, de commissaires des courses... La filière de l’amateurisme permet d’apporter quelque chose de relativement nouveau depuis une quinzaine d’années, avec, par exemple, une source de jockeys qui ne passent pas par l’Afasec. Je pense à Christophe Lemaire, Frédéric Spanu, Thierry Doumen qui est aussi devenu entraîneur, tout comme Carlos Laffon-Parias, Guy Henrot…

Nathalie Bélinguier avait œuvré au lancement d’un partenariat avec Longines. Quel est votre principal objectif sur ce sujet ?

Ma priorité, pour la Fegentri, est de sécuriser et d’assurer la pérennité de ce partenariat avec Longines. Les premiers contacts que j’ai eus avec monsieur Capelli et les équipes de Longines sont excellents. Nous voudrions apporter des nouveautés à la Fegentri et par ces changements, encore mieux répondre aux attentes de Longines à l’avenir. Pour Longines, l’élégance est importante. C’est l’une de nos valeurs, que ce soit au niveau de la Fegentri ou de l’amateurisme en général. Longines accorde aussi beaucoup d’importance au sport et à la persévérance. Nos valeurs sont donc exactement les mêmes. L’image de la Fegentri et celle de Longines se marient à merveille.

Avez-vous d’autres projets ?

Nous avons malheureusement perdu l’Angleterre et l’Irlande. Ces deux pays ont quittés la Fegentri, pour différentes raisons. J’ai été en contacts avec eux. Nos amis anglais seront présents pour le weekend de courses à Deauville, avec le Président et la Secrétaire Générale du Club Anglais. Je pense que nous sommes en train de renouer un dialogue afin qu’ils regagnent les rangs de la Fegentri dès l’année prochaine.

De plus, ces dernières années, les courses de cavalières ont pris une place très importante. J’aimerais que les courses de gentlemen rattrapent le retard pris entre temps. Il y a plus de courses de cavalières que de courses de gentlemen aujourd’hui. Je suis très heureux de cette évolution et je ne veux certainement pas, ni la freiner, ni la diminuer. Mais, j’aimerais ramener les courses de gentlemen au même rythme que les courses de cavalière.

La Fegentri ne souffre-t-elle pas d’un déficit d’image ?

La Fegentri est aujourd’hui un championnat qui se dispute dans de très nombreux pays. Il y règne un état d’esprit extraordinaire, une atmosphère géniale entre les riders. En revanche, je pense que oui, il y a un déficit d’image. Il faut retravailler la communication. Dans le monde des courses, cela doit avoir une signification et une retombée. Une de mes priorités est de m’atteler à la communication. L’image de la Fegentri doit aider à drainer plus de monde vers l’amateurisme. Nous devons nous baser sur l’idée de championnat du monde, qui est appréciée. Les champions font rêver et quand un amateur accède à ce titre, cela créé automatiquement des vocations. Un de mes principaux souhaits est que l’amateurisme apporte une contribution active et constructive à l’édifice commun que sont les courses hippiques. Nous sommes comme un afflux d’oxygène et un apport de sang neuf.

Le meeting de Deauville commence par le weekend international des amateurs, organisé par le Club Français. Quelles sont vos relations avec notre club ?

Le Club Français organise brillamment cet événement depuis de très nombreuses années et nous avons l’honneur et le plaisir de figurer au programme. Nos relations avec le Club Français sont plus qu’excellentes comme avec tous nos clubs membres de la Fegentri. Nous sommes même encore un peu plus proches du Club Français que des autres. Historiquement, la Fegentri a eu un président et un secrétaire général français. Le Baron de Montesquieu a été président pendant des années. Beaucoup d’épreuves de la Fegentri ont été courues en France et une grosse majorité des champions du monde étaient français, pour la simple et bonne raison que les amateurs français sont très bons et ont toujours de par le monde, véhiculés une image des courses françaises qui est une image d’excellence. C’est un élément important. De plus, le président du Club Français, Gérard de Chevigny, est vice-président de la Fegentri. Nous entretenons avec le club et son président d’excellente relation.