LA GRANDE INTERVIEW - Laurent Eichinger lance "Equidia Max", une chaîne pensée pour les sociopros

Institution / Ventes / 06.07.2017

LA GRANDE INTERVIEW - Laurent Eichinger lance "Equidia Max", une chaîne pensée pour les sociopros

Par Christopher Galmiche

Nommé fin 2016, le nouveau patron, Laurent Eichinger, a livré sa première grande interview à JDG.

Et il a deux très bonnes nouvelles à annoncer. Premièrement, Equidia va poursuivre sa politique d’économies – en ne jetant plus 7 millions d’euros par la fenêtre d’Equidia Life. Et deuxièmement, Laurent Eichinger va lancer Equidia Max : ce nouveau service facilement accessible via Internet permettra de suivre une réunion en intégralité sur Internet, en partant de trente minutes avant la première course et jusqu’à trente minutes après la dernière ! Enfin, on pourra voir les ronds, les canters, revoir plusieurs fois la ligne droite, entendre les interviews des professionnels, etc. Comme à la grande époque d’Equidia, lorsqu’il n’y avait qu’une seule réunion l’après-midi !

Jour de Galop. – Quel regard portez-vous sur le Pôle média depuis votre arrivée à sa direction ?

Laurent Eichinger. - Fort d’une expérience de plus de vingt ans dans le domaine des média, je suis arrivé dans l’Institution des courses en janvier. J’ai reçu deux missions très claires. La première est de définir une stratégie à moyen/long terme pour le Pôle média. La deuxième est de mettre en place une gouvernance pour activer cette stratégie. Elle porte sur trois ans, jusqu’en 2019, et sera cadencée par des optimisations et des développements.

Effectivement, ma mission n’est pas uniquement d’optimiser. C’est aussi de retrouver des marges de manœuvre pour développer un certain nombre de produits. Ça n’a aucun sens de ne faire que des optimisations dans le contexte actuel. S’en tenir à une stricte optimisation exclurait tout développement.

 

Comment s’est articulée la mutualisation des structures ?

Jusqu’à présent, les structures travaillaient individuellement. Les présidents ont souhaité les mutualiser au travers du Pôle média, composé de huit entités.

Les trois principales sont Equidia, le G.T.H.P. et le Pôle TV multimédia, qui diffusent Equidia et qui gèrent le marketing et l’achat des programmes. Ces trois entités sont intégrées dans le Pôle média comme un ensemble d’autres structures : la régie de Vincennes, toutes les régies de contribution du Galop, la régie de Cagnes-sur-Mer et le pôle audiovisuel de la F.N.C.H.

Les présidents ont décidé de regrouper l’ensemble et de me nommer comme patron de ce Pôle média. Dans le cadre de la mise en place d’une nouvelle gouvernance, je reporte à un Conseil d’administration, constitué des trois présidents de France Galop, du Trot et du PMU. C’est un vrai changement de gouvernance : les trois présidents décident ensemble et au même moment autour de la table.

Les équipes du Pôle média ont travaillé intensément ces six derniers mois pour définir cette stratégie à moyen/long terme. J’ai beaucoup échangé avec les équipes, mais aussi des membres de l’Institution, des parieurs, des socioprofessionnels, des entraîneurs… J’ai également rencontré beaucoup de personnes, en France comme à l’étranger, pour comprendre comment fonctionnait le monde des courses.

Quels sont les sujets mis en avant pour atteindre l’optimisation du Pôle média ?

La route pour atteindre nos objectifs comprend une première partie qui est l’optimisation. Elle s’articule autour de trois axes. Le premier axe est de mettre en place un plan d’économie qui va toucher l’ensemble des structures du Pôle média. L’objectif est d’économiser entre trois et quatre millions d’euros.

Le deuxième axe concerne la modernisation de nos moyens techniques qui va nous permettre également de réaliser des économies.

Et le troisième sujet concerne Equidia Life. Il a été dit, et je le confirme, que l’Institution des courses ne pourra plus supporter ses coûts, environ 7 millions d’euros, à partir de janvier 2018.

Quelles sont les voies de développement d’Equidia Live ?

La deuxième partie de notre stratégie est effectivement le développement de cette chaine. Nous avons quatre axes forts.

Le premier axe est la refonte de la grille d’Equidia Live de manière assez conséquente. Nous nous reconcentrons sur l’hippique, le parieur et les passionnés des courses. Et il y a plusieurs types de parieurs et de passionnés. Aujourd’hui, il y a une chaîne, Equidia Live, qui doit répondre à toutes ces particularités.

À mon sens, la juste façon de voir les choses est d’être demain en capacité de répondre à 100 % des besoins de nos clients. Nous allons recentrer la grille autour du parieur. Elle sera mise en place au premier trimestre 2018. Nous allons remettre des moyens éditoriaux, techniques sur notre cœur de grille, c’est-à-dire l’avant-courses et le direct des courses. Avant et après ces moments-là, nous allons être sur une notion de service avec de l’info et des pronos. Bien entendu, nous allons maintenir une émission de débats et un magazine de reportages. Également travailler un nouvel habillage.

L’un des points qui revient régulièrement dans mes rencontres est le calendrier des courses. Le nombre de réunions a tellement augmenté depuis plusieurs années que le temps d’avant-courses, qui est un élément très important pour les parieurs, est de plus en plus court. Et ce temps d’avant-courses est presque aussi important pour les parieurs et les socioprofessionnels que le direct de la course.

C’est pourquoi nous allons lancer un nouveau service, Equidia Max. Son appellation n’étant pas définitive. Il permettra, demain, de regarder la réunion en intégralité de trente minutes avant la première course à trente minutes après la dernière course, sur mobile, tablette et ordinateur.

Notre public verra toujours sur Equidia Live le multiplex des courses et des émissions. Et sur Equidia Max, il disposera de quatre canaux qui permettront de regarder les réunions en intégralité. Sur ces canaux, vous aurez à la fois l’image depuis les hippodromes, les statistiques, les courses de référence et des interviews. La promesse marketing pour toutes les réunions est la même, à savoir de regarder la réunion en intégralité.

Nous allons enrichir la réunion de l'événement, la réunion du Quinté, sur laquelle nous investirons un dispositif éditorial plus important. C’est vraiment une nouvelle offre, un nouveau service rendu aux parieurs. Cela répond à leur demande profonde.

 

Qu’en est-il pour l’aspect digital ?

Nous allons aussi refondre le digital. Pour faire simple, la clé de voûte est "un site, une application". Aujourd’hui, notre offre est dispersée. Nous allons réaménager tout ce qui permet de bien comprendre comment la course va se passer. Nous devons agréger l’ensemble des contenus autour de la vidéo, simplifier l’expérience et la personnaliser.

Le digital doit être un levier de recrutement d’un nouveau public, notamment les néophytes, grâce à une interface simplifiée et à la fois un levier de fidélisation, c’est-à-dire répondre à la demande de notre public d’experts qui nous regardent déjà, en mieux !

Quel choix a été fait pour le développement télévisuel des courses à l’international ?

Le deuxième axe de développement est effectivement l’international, un élément crucial pour le PMU et notamment la capacité d’envoyer des courses françaises à l’étranger afin de permettre aux joueurs de parier sur ces courses.

Aujourd’hui, nous ne pouvons envoyer qu’un seul signal à tous nos partenaires qui ont des besoins différents : diffuser uniquement du galop ou du trot, avec ou sans habillage, un bandeau des cotes et ou des sous-titres, etc…

Actuellement, nous ne sommes pas en capacité de leur envoyer le programme sur mesure.

Un certain nombre de pays concurrents, comme l’Angleterre, sont déjà assez avancés sur ces sujets. C’est pourquoi, nous allons créer des Equidia Pro Max pour permettre aux partenaires de sélectionner les éléments qui répondent à leurs propres besoins.

 

Y a-t-il d’autres pistes pour l’Institution ?

La création d’un "hub média" est l’axe suivant de notre stratégie de développement. Notre stratégie s’appuie sur la simplification de l’accès à l’ensemble de la vidéothèque. Aujourd’hui, le Pôle média est composé de huit structures, donc de huit systèmes d’archivage. Dans le futur, nous allons pérenniser le précieux patrimoine de l’Institution et nous aurons un accès aux images beaucoup plus simple via un unique système d’archivage

D’autre part, lorsque les instances de France Galop, du Trot ou du PMU ont besoin d’images, elles vont chacune travailler avec des prestataires différents. Demain, le Pôle média va développer une entité qui s’appelle la Factory et qui sera le guichet unique pour tous.

La mutualisation des moyens via l’archivage et la Factory démontre que nous fonctionnons dorénavant de façon transversale

Le Pôle média aujourd’hui est de 72 millions d’euros. En 2019, il coûtera dix millions de moins. Une part des économies sera, bien entendu, réinjectée dans les axes de développement.

Y-aura-t-il moins de caméras pour filmer les courses sur les hippodromes ?

Le dernier axe concerne la segmentation de notre offre. Aujourd’hui, nous captons les courses en fonction du jour de la semaine. Du lundi au vendredi, cela représente un niveau de captation, le samedi, c’est un niveau différent et le dimanche, c’en est un autre encore. Je souhaite sortir de cette règle de base parce qu’elle me paraît inadéquate : nous allons travailler dorénavant sur une segmentation par type de réunions, sur cinq catégories.

La première catégorie sera "standard". Toutes les réunions sont en catégorie standard par défaut. Sur cette catégorie, nous diminuons à la marge le nombre de caméras. Notre point essentiel de vigilance étant d’assurer zéro impact sur le ressenti du parieur, la régularité et la qualité des courses.

La deuxième catégorie est ce que l’on appelle "édito plus", qui doit nous permettre de répondre à l’actualité comme lorsque Bold Eagle court aux Sables-d’Olonne, quel que soit le jour de la semaine.

La troisième catégorie nous permet de définir un ensemble de réunions sur lesquelles nous allons impulser des moyens supplémentaires. L’objectif est de renforcer le dispositif de production.

La quatrième catégorie concerne les EpiqƎ Days et Series et la cinquième, les Grands Prix.

Pour moi, les courses, ce n’est pas "monobloc". Dans n’importe quel sport, vous avez différents segments.

Quelles sont les émissions qui vont disparaître de la grille ?

Les émissions qui s’arrêtent sont "Les Experts", "l’After Courses" et "Cordier sur la sellette".

Toutes les autres restent à l’antenne. Et j’espère, pour le plus grand bonheur de notre public.

Quel avenir pour Equidia Life ?

Laurent Eichinger a été clair : au 1er janvier 2018, la chaîne "bleue" ne devra plus coûter un centime aux courses !

« Aujourd’hui, du fait de sa situation financière, l’Institution ne peut plus faire face à elle seule à l’ensemble des charges de cette chaîne. Nous essayons donc de trouver un nouveau business model pour Equidia Life. Il y a beaucoup d’intentions très positives autour de cette chaîne, y compris lors des discussions que l’on peut avoir avec les partenaires, les sponsors, les distributeurs. Mais nous ne sommes que dans les intentions. Concrètement, nous essayons de changer le modèle économique de cette chaîne.

Les discussions ont commencé il y a déjà plusieurs semaines. Il n’y a pas qu’une solution, mais plusieurs. J’ai été le patron de Golf + pendant quelques années. On pourrait imaginer que le golf ressemble un peu à l’équitation. Le nombre de licenciés assez important, de l’ordre de 450.000, et pour l’équitation, ils sont 700.000. Ce sont également des passionnés, qui ont un pouvoir d’achat.

Nous allons prendre les décisions dans les semaines ou les mois qui viennent. Quelles que soient ces décisions, elles devront être effectives au 1er janvier 2018. »